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Jeudi 29 janvier 2009

Requiem KV.626 de Mozart


Portrait de Wolfgang Amadeus Mozart (source: Wikipedia)

Portrait de Wolfgang Amadeus Mozart (source: Wikipedia)

L’œuvre d’aujourd’hui ne sera pas une grande nouveauté pour la plupart des lecteurs, tant elle est très célèbre et bien souvent considérée comme la plus belle musique jamais composée ; immense chef-d’œuvre du génie autrichien Wolfgang Amadeus Mozart (1756 - 1791), le Requiem KV.626 en ré mineur est célèbre autant par sa beauté que par les circonstances entourant sa composition.

Mozart est l’un des plus grands représentants de la période classique européenne ; éduqué par un père compositeur (Léopold Mozart), il se révèle rapidement être un musicien prodige : il commence la musique à 3 ans, le clavecin à 5 ans, et compose ses premières œuvres dès 6 ans. Il sait alors jouer violon, orgue, clavecin et commence à faire des tournées avec son père en Allemagne, Autriche puis Belgique, France, Pays-Bas et Suisse. Il écrit son premier opéra à 11 ans (Appolo et Hyacinthus), devient à 13 ans maître de concert du prince-archevêque de Salzbourg ; il rencontre Joseph Haydn à Vienne à l’âge de 17 ans, qui dit à son père “Je vous le dis devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse [...]“. Mozart se marie à Constanze Weber en 1782, et entre dans la franc-maçonnerie en 1785, appartenance qui influencera beaucoup son œuvre tardive ; nombre de ses grands opéras datent de cette époque : L’enlèvement au sérail (1782), Les Noces de Figaro,(1786) Don Giovanni (1787), Così fan tutte (1790). Mozart décède en 1781 à 35 ans des suites d’une maladie. Son triptyque de fin de vie (La Clémence de Tito, La Flûte Enchantée, le Requiem), inachevé, est resté célèbre par sa qualité et sa signification pour Mozart.

On retiendra parmi ses œuvres célèbres des pièces sacrées (la Messe en ut, l’Ave Verum Corpus et le Requiem), une quarantaine de symphonies (les dernières étant les plus connues), des concertos pour piano, des concertos pour clarinette, flûte et harpe, violon. Certaines de ses œuvres de musique de chambre sont également très célèbres, en particulier des quatuors à cordes, quintettes ou pièces pour piano.

Rappelons que le mot Requiem désigne en réalité une musique liturgique de circonstance, en l’occurrence une messe pour un enterrement ou une commémoration (on parle parfois de Messe des Morts). Il est important de savoir que seule une partie a véritablement été écrite par Mozart. Commencé au cours de l’année 1791, au cours de laquelle sa santé allait en empirant, Mozart laissa à sa mort le 5 décembre 1791 les premières mesures de l’Introït, les partie de chœur et basse continue du Kyrie, Dies Irae, Rex tremendae et Confutatis, ainsi que des esquisses des Tuba Mirum, Recordare, Domine Jesu Christe et Hostias ainsi qu’un début de Lacrimosa. C’est alors à son élève François-Xavier Sussmayr qu’échoit la lourde responsabilité de rendre le Requiem à la postérité. L’Histoire retiendra que Constanze ait avant tout voulu que l’œuvre soit terminée afin d’honorer la commande, et ne pas avoir à rembourser la première moitié du paiement ; malgré cette deuxième partie écrite par un autre compositeur, le Requiem de Mozart est devenu l’une des œuvres les plus célèbres de la musique classique, et a fortiori de la musique sacrée. La légende autour de la genèse de cette œuvre a largement été relayée auprès du grand public par le film Amadeus, qui veut que Mozart ait composé le Requiem en vue de sa mort prochaine.

Le Requiem, qui s’écoute mieux qu’il ne se décrit, comporte 14 mouvements ; comme il s’agit avant tout d’une messe, on trouve l’organisation Kyrie, Séquence, Offertoire, Sanctus, Agnus Dei, à laquelle sont ajoutées les pièces de circonstances, comme l’Introït (Requiem aeternam). Même si l’ensemble de l’œuvre est une merveille (en tout cas jusqu’au Hostias), plusieurs chœurs sont particulièrement célèbres et souvent repris hors contexte, comme le Kyrie (n°2), le Dies Irae (n°3), Rex tremendae (n°5), et le terrible Lacrimosa (n°8). L’exécution de l’œuvre dure environ 1h, au cours de laquelle chœurs et parties solistes sont assez équilibrés.

Voici le texte original en latin du Requiem ainsi que sa traduction :

Introitus
1. Requiem :
(Chœur)
Requiem aeternam dona eis, Domine,
et lux perpetua luceat eis.
(Soprano)
Te decet hymnus, Deus, in Sion,
et tibi reddetur votum in Jerusalem.
(Chœur)
Exaudi orationem meam,
ad te omnis caro veniet.
Requiem aeternam dona eis, Domine,
et lux perpetua luceat eis.
Introït
1. Requiem :
(Chœur)
Seigneur, donnez-leur le repos éternel,
et faites luire pour eux la lumière sans déclin.
(Soprano)
Dieu, c’est en Sion qu’on chante dignement vos louanges ;
à Jérusalem on vient vous offrir des sacrifices.
(Chœur)
Ecoutez ma prière,
Vous, vers qui iront tous les mortels.
Seigneur, donnez-leur le repos éternel,
et faites luire pour eux la lumière sans déclin.
2. Kyrie :
Kyrie eleison.
Christe eleison.
Kyrie eleison.
2. Kyrie:
Seigneur, ayez pitié.
Christ, ayez pitié.
Seigneur, ayez pitié.
Sequentia
3. Dies Irae:
Dies irae, dies illa
Solvet saeclum in favilla,
Teste David cum Sibylla.
Quantus tremor est futurus
Quando judex est venturus
Cuncta stricte discussurus.
Séquence
3. Dies Irae:
Jour de colère que ce jour-là,
où le monde sera réduit en cendres,
selon les oracles de David et de la Sibylle.
Quelle terreur nous envahira,
lorsque le Juge viendra
pour délivrer son impitoyable sentence!
4. Tuba Mirum:
(Basse)
Tuba mirum spargens sonum
Per sepulcra regionum
Coget omnes ante thronum.
(Tenor)
Mors stupebit et natura
Cum resurget creatura
Judicanti responsura.
Liber scriptus proferetur
In quo totum continetur,
Unde mundus judicetur.
(Contralto)
Judex ergo cum sedebit
Quidquid latet apparebit,
Nil inultum remanebit.
(Soprano)
Quid sum miser tunc dicturus,
Quem patronum rogaturus,
Cum vix justus sit securus?
(Tous les solistes)
Cum vix justus sit securus?
4. Tuba Mirum:
(Basse)
La trompette répandant la stupeur
parmi les sépulcres,
rassemblera tous les hommes devant le trône.
(Tenor)
La mort et la nature seront dans l’effroi,
lorsque la créature ressuscitera
pour rendre compte au Juge.
Le livre tenu à jour sera apporté,
livre qui contiendra
tout ce sur quoi le monde sera jugé.
(Contralto)
Quand donc le Juge tiendra séance,
tout ce qui est caché sera connu,
et rien ne demeurera impuni.
(Soprano)
Malheureux que je suis, que dirai-je alors ?
Quel protecteur invoquerai-je,
quand le juste lui-même sera dans l’ inquiétude ?
(Tous les solistes)
Quand le juste lui-même sera dans l’ inquiétude ?
5. Rex tremendae:
Rex tremendae majestatis,
Qui salvandos salvas gratis,
Salva me, fons pietatis.
5. Rex tremendae :
O Roi, dont la majesté est redoutable,
vous qui sauvez par grâce,
sauvez-moi, ô source de miséricorde.
6. Recordare
(Solistes)
Recordare, Jesu pie,
Quod sum causa tuae viae,
Ne me perdas illa die.

Quaerens me sedisti lassus,
Redemisti crucem passus,
Tamus labor non sit cassus.
Juste judex ultionis
Donum fac remissionis
Ante diem rationis.
Ingemisco tanquam reus,
Culpa rubet vultus meus,
Supplicanti parce, Deus.
Qui Mariam absolvisti
Et latronem exaudisti,
Mihi quoque spem dedisti.
Preces meae non sunt dignae,
Sed tu bonus fac benigne,
Ne perenni cremer igne.
Inter oves locum praesta,
Et ab haedis me sequestra,
Statuens in parte dextra.

6. Recordare :
(Solistes)
Souvenez-vous ô doux Jésus,
que je suis la cause de votre venue sur terre.
Ne me perdez donc pas en ce jour.
En me cherchant, vous vous êtes assis de fatigue,
vous m’avez racheté par le supplice de la croix :
que tant de souffrances ne soient pas perdues.
Ô Juge qui punissez justement,
accordez-moi la grâce de la rémission des péchés
avant le jour où je devrai en rendre compte.
Je gémis comme un coupable : la rougeur me
couvre le visage à cause de mon péché ;
pardonnez, mon Dieu, à celui qui vous implore.
Vous qui avez absous Marie-Madeleine,
vous qui avez exaucé le bon larron :
à moi aussi vous donnez l’espérance.
Mes prières ne sont pas dignes d’être exaucées,
mais vous, plein de bonté, faites par votre
miséricorde que je ne brûle pas au feu éternel.
Accordez-moi une place parmi les brebis
et séparez-moi des égarés
en me plaçant à votre droite.
7. Confutatis :
Confutatis maledictis
Flammis acribus addictis,
Voca me cum benedictis.
Oro supplex et acclinis,
Cor contritum quasi cinis,
Gere curam mei finis.
7. Confutatis :
Et après avoir réprouvé les maudits
et leur avoir assigné le feu cruel,
appelez-moi parmi les élus.
Suppliant et prosterné, je vous prie,
le cœur brisé et comme réduit en cendres :
prenez soin de mon heure dernière.
8. Lacrimosa :
Lacrimosa dies illa
Qua resurget ex favilla
Judicandus homo reus.
Huic ergo parce, Deus,
Pie Jesu Domine,
Dona eis requiem. Amen.
8. Lacrimosa :
Oh ! Jour plein de larmes,
où l’homme ressuscitera de la poussière :
cet homme coupable que vous allez juger :
Epargnez-le, mon Dieu !
Seigneur, bon Jésus,
donnez-leur le repos éternel. Amen.
Offertorium
9. Domine Jesu :
Domine, Jesu Christe, Rex gloriae,
libera animas omniurn fidelium defunctorum
de poenis inferni, et de profundo lacu:
libera eas de ore leonis,
ne absorbeat eas tartarus,
ne cadant in obscurum,
(Solistes)
Sed signifer sanctus Michael
repraesentet eas in lucem sanctam,
(Chœur)
Quam olim Abrahae promisisti et semini eius.
Offertoire
9. Domine Jesu :
Seigneur, Jésus-Christ, Roi de gloire,
délivrez les âmes de tous les fidèles défunts
des peines de l’enfer et de l’abîme sans fond :
délivrez-les de la gueule du lion,
afin que le gouffre horrible ne les engloutisse pas
et qu’elles ne tombent pas dans le lieu des ténèbres.
(Solistes)
Que Saint-Michel, le porte-étendard,
les introduise dans la sainte lumière.
(Chœur)
Que vous avez promise jadis à Abraham et à sa postérité.
10. Hostias :
Hostias et preces, tibi, Domine, laudis offerimus:
tu suscipe pro animabus illis,
quarum hodie memoriam facimus:
fac eas, Domine, de morte transire ad vitam,
quam olim Abrahae promisisti et semini eius.
10. Hostias :
Nous vous offrons, Seigneur, le sacrifice et les prières de notre louange:
recevez-les pour ces âmes
dont nous faisons mémoire aujourd’hui.
Seigneur, faites-les passer de la mort à la vie.
Que vous avez promise jadis à Abraham et à sa postérité.
Sanctus
11. Sanctus :
Sanctus, Sanctus, Sanctus,
Dominus Deus Sabaoth!
Pleni sunt coeli et terra gloria tua.
Osanna in excelsis.
Sanctus
11. Sanctus :
Saint, saint, saint le Seigneur,
Dieu des armées.
Le ciel et la terre sont remplis de votre gloire.
Hosanna au plus haut des cieux.
Benedictus
12. Benedictus :
(Solistes)
Benedictus qui venit in nomine Domini.
(Chœur)
Osanna in excelsis.
Benedictus
12. Benedictus:
(Solistes)
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.
(Chœur)
Hosanna au plus haut des cieux.
Agnus Dei
13. Agnus Dei :
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,
dona eis requiem.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,
dona eis requiem sempiternam.
Agnus Dei
13. Agnus Dei :
Agneau de Dieu qui enlevez les péchés du monde,
donnez leur le repos.
Agneau de Dieu qui enlevez les péchés du monde,
donnez leur le repos éternel.
Communio
14. Lux aeterna :
(Soprano, puis le chœur)
Lux aeterna luceat eis, Domine,
cum sanctis tuis in aeternum,
quia pius es.
(Chœur)
Requiem aeternam dona eis, Domine,
et lux perpetua luceat eis,
cum sanctis tuis in aeternum,
quia pius es.
Communion
14. Lux Aeterna :
(Soprano, puis le chœur)
Que la lumière éternelle luise pour eux, Seigneur,
au milieu de vos Saints et à jamais,
car vous êtes miséricordieux.
(Chœur)
Seigneur, donnez-leur le repos éternel
faites luire pour eux la lumière sans déclin.
Au milieu de vos Saints et à jamais,
Seigneur, car vous êtes miséricordieux.

On trouve enfin les partitions libres au format PDF du Requiem ici sur le site de l’International Music Score Library Project ou encore ici sur le site de la Choral Public Domain Library (avec fichiers MIDI pour isoler les voix du choeur).


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Mardi 13 janvier 2009

Stabat Mater RV 621 de Vivaldi


Portrait dAntonio Vivaldi (source: Wikipedia)

Portrait d'Antonio Vivaldi (source: Wikipedia)

Pour ce court article, nous écouterons de nouveau une œuvre baroque sacrée, composée par Antonio Vivaldi (1678 - 1741) puisqu’il s’agira de son Stabat Mater. Tout comme le Stabat Mater de Pergolèse, celui de Vivaldi, écrit en 1712, fait partie des œuvres célèbres composées sur ce texte ; de dimensions plus réduites, il ne fait cependant intervenir qu’un seul soliste (contralto) accompagné par l’orchestre, et n’utilise que dix des vingts versets que comporte le texte original du moine Jacopone da Todi. Rappelons que ce texte raconte la douleur de Marie au pied de la croix où expire le Christ (plus de détails sur la page de Stabat Mater de Pergolèse). Cette œuvre est de nos jours l’une des compositions les plus connues de Vivaldi, en tout cas en musique sacrée. Anecodte : il s’agit pour une fois d’une commande pour une ville autre que Venise, puisque destinée à l’ordre des Philippines de Brescia en Lombardie.

Au niveau musical, chacun des mouvements du Stabat Mater est lent, dérangeant la courante alternance tempos vifs / tempos lents que Vivaldi a l’habitude de suivre, mais l’ensemble dure seulement une vingtaine de minutes. Il a réussi à y retranscrire la gravité du texte ainsi qu’une atmosphère de recueillement, et on perçoit dès les premières notes du Stabat Mater dolorosa un sentiment d’affliction ou incitant à la méditation. Notons cependant que l’œuvre s’achève sur une lumière finale inattendue grâce à la tierce picarde sur l’accord de fa majeur, alors que l’œuvre est intégralement en fa mineur (effet qui s’entend très facilement, au delà du solfège).

Au cours de l’écoute, on constatera en particulier que dans la construction de l’œuvre, les mouvements 4, 5 et 6 reprennent exactement la musique des mouvements 1, 2 et 3 :

1 Stabat Mater dolorosa
2 Cujus animam
3 O quam tristis
4 Quis est homo
5 Quis non posset
6 Pro peccatis
7 Eja mater
8 Fac ut ardeat
9 Amen

Attention, il manque le mouvement “Quis est homo” dans la version proposée en écoute ci-dessous … Comme évoqué plus haut, seules les paroles le font différer du mouvement Stabat Mater dolorosa.


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Lundi 12 janvier 2009

Oratorio de Noël BWV 248 de Bach


Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Nous resterons aujourd’hui dans la période baroque, pour présenter l’œuvre inévitable que constitue l’ Oratorio de Noël de Jean-Sébastien Bach (1685 - 1750). Cette œuvre, composée en 1734, est un oratorio, c’est-à-dire une œuvre lyrique, presque proche de l’opéra mais destinée à être donnée dans une église pour une occasion particulière. Bach écrira plusieurs oratorios dont les références au catalogue BWV sont proches, parmi lesquels : la Passion selon Saint Jean (BWV 245), la Passion selon Saint Matthieu (BWV 244), l’Oratorio de Noël (BWV 248), mais aussi l’Oratorio de Pâques (BWV 249) ou encore l’Oratorio de l’Ascension (BWV 11). Nous aurons l’occasion de revenir sur certaines de ces œuvres lors d’articles à venir, tellement elles sont importantes dans la musique baroque.

Nous ne attarderons que peu sur la biographie de Jean-Sébastien Bach car celle-ci fera l’objet d’un article dédié. Rappelons seulement qu’il s’agit d’un compositeur allemand (originaire d’Eisenach en Thuringe mais ayant principalement vécu à Leipzig  dans la Saxe), dont l’œuvre symbolise l’apogée de la musique baroque. On considère d’ailleurs généralement que c’est après sa mort en 1750 que la musique baroque a laissé la place à la musique classique. Certains le considèrent de nos jours comme le plus grand compositeur ayant jamais existé, bien que d’autres contestent ce choix (pour certains, Bach est connu car son œuvre a été particulièrement étudiée, effort historique qui n’a pas été fait pour beaucoup d’autres).

Quoiqu’il en soit, beaucoup de musiciens qui lui sont postérieurs ont reconnu en lui un génie (parmi lesquels Mozart et Beethoven), en particulier dans sa rigueur, son inspiration, la richesse de ses harmonies et mélodies, sa pédagogie (Bach écrira de nombreuses œuvres “didactiques”), ou encore sa maîtrise technique. Nous aurons l’occasion de revenir sur certaines des techniques utilisées par Bach lors de futurs articles. Notons cependant que la musique de Bach sera oubliée après sa mort et ne sera vraiment étudiée que beaucoup plus tard (une de ses plus belles œuvres, la Passion selon Saint Matthieu, sera redécouverte par Félix Mendelssohn en 1829, bien que jouée pour la première fois en 1729).

L’Oratorio de Noël (Weihnachtsoratorium) a donc été composé en 1734, sous la forme d’une cantate sacrée, c’est-à-dire une une œuvre vocale et instrumentale qui comporte plusieurs mouvements, jouée dans une église sans mise en scène ; voici les 6 parties qui la composent :

  1. Pour le jour de Noël : 25 décembre
    La naissance de Jésus. Elle est constituée des mouvements N°1 à 9 dans le lecteur ci-dessous.
  2. Pour le deuxième jour de Noël : 26 décembre
    L’Annonciation (annonce faite par l’archange Gabriel de la naissance de Jésus). Mouvements N°10 à 23
  3. Pour le troisième jour de Noël : 27 décembre
    L’adoration des bergers pour le nouveau-né. Mouvements N°24 à 35
  4. Pour la Fête de la circoncision du Christ : 1er janvier
    L’adoration du nom de Jésus. Mouvements N°36 à 42
  5. Pour le dimanche après le Jour de l’an : 2 janvier (en 1734)
    1ère partie du récit des Rois Mages. Mouvements N°43 à 53
  6. Pour la Fête de l’épiphanie : 6 janvier
    2ème partie du récit des Rois Mages. Mouvements N°54 à 64

Sur le plan musical, on distinguera les différents mouvements présents dans les oratorios :

  • les chœurs : mouvements destinés à être chantés par un chœur et non par des solistes ; on les distinguera chez Bach -comme chez la plupart des compositeurs baroques d’ailleurs - des chorals, dans lequel le chœur chante d’une manière beaucoup plus formalisée et en cadence ; dans les oratorios, on reconnaitra souvent dans les chœurs les interventions de la foule dans l’histoire, tandis que les chorals disent en général les louanges des croyants, amenées comme des commentaires au texte (et donc beaucoup moins liées à l’avancement de la narration). Exemples de chœur dans l’œuvre : chœur d’introduction N°1, chœur N°24, chœur chanté par les bergers N°26
  • les chorals : genre musical par excellence de Jean-Sébastien Bach, les chorals sont des chants articulés autour de plusieurs phrases courtes (les périodes), écrites sous forme d’une harmonie à 4 voix autour d’une mélodie (généralement la voix la plus aigüe, chantée par les sopranos). Aux paroles près, les chorals sont jouables à l’orgue. Nous reparlerons de ce genre musical dans un article dédié ; à titre d’exemple nous pourrons écouter les mouvements N°5, 9, 33 mais aussi le final N°64, magnifique choral aux périodes coupées par les cordes et les cuivres.
  • les récitatifs : voix de soliste accompagnée par des instruments ou un basse continue (orgue par exemple) ; les récitatifs de l’évangéliste chez Bach font avancer l’action par la narration de l’histoire. Comme les textes de l’Oratorio de Noël sont inspirés des évangiles de Saint Luc et de Saint Matthieu, l’évangéliste a bien la fonction narrative de chanter son texte (début du premier récitatif : “En ce temps-là …”). On distinguera les récitatifs de l’évangéliste, dits secs car ayant seulement un accompagnement musical minimal, des récitatifs des protagonistes de l’oratorio qui sont dits accompagnés car avec l’orchestre ou une partie de l’orchestre. A titre d’exemple on écoutera attentivement les 2ème et 3ème pistes qui sont respectivement un récitatif de l’évangéliste et un récitatif de Marie (alto).
  • les arias : mélodies expressives chantées : écouter par exemple le premier aria de l’œuvre au N°4, chanté par Marie.
  • les ariosos : à mi-chemin entre les arias et les récitatifs (exemple : N°40)
  • les duos, trios etc. : mélodies expressives dans lesquelles interviennent plusieurs solistes.
  • les sinfonias : court mouvement instrumental ; il y a une sinfonia au N°10.

L’œuvre étant très longue (environ 2h30), nous vous proposons d’écouter certains mouvements assez représentatifs, mais nous invitons bien entendu les lecteurs intéressés à prendre le temps pour écouter intégralement l’oratorio :

  • N°1 : célèbre chœur d’introduction “Jauchzet, frohlocket” (Jubilez, réjouissez-vous !”)
  • N°4 : aria de Marie (alto) “Bereite dich Zion” (“Prépare toi, Sion, à recevoir avec tendresse bientôt en ton sein le plus beau, le plus cher des tiens”)
  • N°10 : la sinfonia, intermède instrumental entre la naissance de Jésus et l’annonciation. Très beau mouvement reposant.
  • N°24 : chœur ponctué par les cuivres
  • N°45 (piste 10 du deuxième lecteur) : chœur fugué des Mages mêlé à un récitatif ; ici les Mages disent avoir vu son étoile en Orient et cherchent Jésus ; Marie leur répond. Le chœur s’inscrit dans la narration.
  • N°64 (piste 29 du deuxième lecteur) : choral accompagné par les cuivres et les cordes ; louange des croyants à Jésus.

Une traduction du texte de  l’Oratorio de Noël est disponible ici au format PDF, et il est très intéressant de prendre le temps d’écouter l’œuvre avec sa traduction.

Parties 1, 2 et 3
Numéros 1 à 35
Parties 4, 5 et 6
Ajouter 35 au numéro de la piste pour avoir le numéro dans l’œuvre (36 à 64)

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Jeudi 8 janvier 2009

Stabat Mater de Pergolèse


Portrait de Jean-Baptiste Pergolèse (source: Wikipedia)

Portrait de Jean-Baptiste Pergolèse (source: Wikipedia)

Nous reviendrons aujourd’hui à la musique sacrée baroque pour présenter l’une de ses oeuvres majeures, le Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolesi (1710 - 1736), Pergolèse en français.

Pergolèse n’aura vécu que 26 ans mais aura laissé de très belles musiques à la période baroque : se démarquant dès sa jeunesse par ses dons en musique, il poursuit des études dans un conservatoire catholique à Naples.Il écrit très rapidement des opéras, des intermèdes (courtes pièces jouées durant les entractes d’opéras, parmi lesquelles “La Serva Padrona” (la Servante Maîtresse), et bien entendu de la musique religieuse. Dans ce dernier registre sont particulièrement connues de nos jours son Salve Regina et son Stabat Mater, qu’il composa peu de temps avant de mourir en 1736 de la tuberculose, déjà retiré pour se reposer dans un monastère. La légende voudrait qu’il soit décédé avant d’en terminer l’écriture - comme le mythe entourant le Requiem de Mozart, dont la véracité est attestée  -, mais les études historiques prouveraient le contraire.

De nombreux compositeurs ont écrit des oeuvres sur le texte du Stabat Mater, à toutes les époques ; parmi les plus célèbres : Palestrina (renaissance), Vivaldi et Pergolèse (baroque), Haydn (classicisme viennois), Rossini, Schubert et Dvořák (romantisme), Poulenc (moderne). Il s’agit d’une séquence, c’est-à-dire une pièce musicale de la liturgie catholique romaine, qui relate les souffrances de Marie lors de la crucifixion de son fils Jésus Christ. Le texte latin proviendrait du moine franciscain Jacopone da Todi, et daterait donc du 13ème siècle.

Le Stabat Mater de Pergolèse est cependant considéré comme l’un des plus beaux Stabat Mater, et constitue l’une des oeuvres les plus poignantes de la musique baroque ; écrit simplement pour deux voix (en général alto et soprano, haute-contre et soprano), basse continue et cordes, il comporte 12 séquences alternant solos et duos. Chaque mouvement a son caractère et sa mélodie propre, au contraire de nombreuses oeuvres dans lesquelles les mouvements sont très liés ; on remarquera en particulier la beauté grave du premier mouvement Stabat mater dolorosa.

Afin de mieux percevoir les sentiments restitués par Pergolèse, voici ci-dessous le texte latin original ainsi que la traduction ; à noter que le texte diffère légèrement des Stabat Mater composés à d’autres époques, et que d’autre part la découpe des mouvements est entièrement laissée au choix du compositeur (ex. celui de Haydn comporte 14 mouvements distincts, contre 10 pour celui de Dvořák).

1. Stabat mater dolorosa
Juxta crucem lacrimosa
dum pendebat Filius.
1. Debout, la Mère des douleurs,
Près de la croix était en larmes,
Quand son Fils pendait au bois.
2. Cuius animam gementem,
contristatam et dolentem,
pertransivit gladius.
2. Alors, son âme gémissante,
Toute triste et toute dolente,
Un glaive le transperça.
3. O quam tristis et afflicta
fuit illa benedicta
Mater Unigeniti.
3. Qu’elle était triste, anéantie,
La femme entre toutes bénie,
La Mère du Fils de Dieu !
4. Quae moerebat et dolebat,
Pia Mater cum videbat
Nati poenas incliti.
4. Dans le chagrin qui la poignait,
Cette tendre Mère pleurait
Son Fils mourant sous ses yeux.
5. Quis est homo qui non fleret,
Matrem Christi si videret
in tanto supplicio?

Quis non posset contristari,
Christi Matrem contemplari
dolentem cum Filio?

Pro peccatis suae gentis
vidit Iesum in tormentis
et flagellis subditum.

5. Quel homme sans verser de pleurs
Verrait la Mère du Seigneur
Endurer si grand supplice ?

Qui pourrait dans l’indifférence
Contempler en cette souffrance
La Mère auprès de son Fils ?

Pour toutes les fautes humaines,
Elle vit Jésus dans la peine
Et sous les fouets meurtri.

6. Vidit suum dulcem natum
moriendo desolatum,
dum emisit spiritum.
6. Elle vit l’Enfant bien-aimé
Mourir tout seul, abandonné,
Et soudain rendre l’esprit.
7. Eia Mater, fons amoris,
me sentire vim doloris
fac, ut tecum lugeam.
7. Ô Mère, source de tendresse,
Fais-moi sentir grande tristesse
Pour que je pleure avec toi.
8. Fac ut ardeat cor meum
in amando Christum Deum,
ut sibi complaceam.
8. Fais que mon âme soit de feu
Dans l’amour du Seigneur mon Dieu :
Que je lui plaise avec toi.
9. Sancta mater, istud agas,
crucifixi fige plagas
cordi meo valide.

Tui nati vulnerati,
tam dignati pro me pati,
poenas mecum divide.

Fac me vere tecum flere,
Crucifixo condolere,
donec ego vixero.

Juxta crucem tecum stare,
te libenter sociare
in planctu desidero.

Virgo virginum praeclara,
mihi iam non sis amara:
fac me tecum plangere.

9. Mère sainte, daigne imprimer
Les plaies de Jésus crucifié
En mon cœur très fortement.

Pour moi, ton Fils voulut mourir,
Aussi donne-moi de souffrir
Une part de ses tourments.

Donne-moi de pleurer en toute vérité,
Comme toi près du crucifié,
Tant que je vivrai !

Je désire auprès de la croix
Me tenir, debout avec toi,
Dans ta plainte et ta souffrance.

Vierge des vierges, toute pure,
Ne sois pas envers moi trop dure,
Fais que je pleure avec toi.

10. Fac ut portem Christi mortem,
passionis fac consortem,
et plagas recolere.

Fac me plagis vulnerari,
cruce hac inebriari
ob amorem Filii.

10. Du Christ fais-moi porter la mort,
Revivre le douloureux sort
Et les plaies, au fond de moi.

Fais que ses propres plaies me blessent,
Que la croix me donne l’ivresse
Du sang versé par ton Fils.

11. Inflammatus et accensus
per te, Virgo, sim defensus
in die judicii.

Fac me cruce custodiri,
morte Christi praemuniri,
confoveri gratia.

11. Je crains les flammes éternelles;
O Vierge, assure ma tutelle
A l’heure de la justice.

Fais que la croix soit ma protection,
La mort du Christ ma garantie,
sa grâce mon soutien.

12. Quando corpus morietur
fac ut animae donetur
Paradisi gloria.
Amen.
12. À l’heure où mon corps va mourir,
À mon âme, fais obtenir
La gloire du paradis.

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Mardi 6 janvier 2009

Gloria RV 589 de Vivaldi


Portrait dAntonio Vivaldi (source: Wikipedia)

Portrait d'Antonio Vivaldi (source: Wikipedia)

Pour ce deuxième article, nous changerons complètement de domaine et présenterons une œuvre baroque de musique sacrée, composée par le vénitien Antonio Vivaldi, particulièrement connu du public pour ses “Quatre Saisons”. Il s’agit de son Gloria en ré majeur (catalogué RV 589), assez célèbre dans la musique sacrée baroque et très représentatif de la musique de l’époque (il fût composé entre 1714 et 1716).

Compositeur très influent du mouvement baroque italien, Antonio Vivaldi (1678 - 1741) était également un grand violoniste, comme en témoignent ses nombreuses oeuvres pour violon (parmi lesquels les concertos pour violon dits des “Quatre Saisons”) ; il composa également de nombreux opéras baroques ainsi que des oeuvres sacrées. Né d’un père violoniste, Antonio Vivaldi devint rapidement un instrumentiste et un compositeur surdoué, au point qu’il renonca à l’âge de 28 ans à sa vocation de prêtre afin de se consacrer entièrement à la musique. Les talents au violon ou en composition du “prêtre roux” - il était connu sous ce nom, en référence à la couleur de ses cheveux - allèrent alors en s’amplifiant tout au cours de sa vie, et c’est en voyage à Vienne qu’il mourut en 1741. Pour en savoir plus sur la vie de Vivaldi, l’article Wikipédia est recommandé car assez détaillé et très bien illustré.

Le Gloria présenté ici fait donc partie de son répertoire sacré ; il s’agit en fait de l’un des cinq principaux chants que l’on retrouve dans la liturgie de la messe catholique (dans l’ordre : Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei), ici sous forme d’une partie détachée des autres. Si l’on trouve fréquemment chez d’autres compositeurs l’ensemble des chants de la messe dans une seule œuvre (ex. la Messe en si mineur BWV 232 de Jean-Sébastien Bach, la Missa Solemnis de Beethoven ou encore les différents requiems, etc.), les paroles restent les mêmes et définissent les 12 mouvements :

1 Gloria in excelsis Deo, Gloire à Dieu, au plus haut des cieux,
2 Et in terra pax hominibus bonae voluntatis. Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
3 Laudamus te. Benedicimus te. Adoramus te. Glorificamus te. Nous te louons, nous te bénissons, nous t’adorons, nous te glorifions,
4 Gratias agimus tibi Nous te rendons grâce,
5 Propter magnam gloriam tuam Pour ton immense gloire,
6 Domine Deus, rex caelestis Seigneur Dieu, Roi du ciel,
7 Domine Fili unigenite, Jesu Christe Seigneur, Fils unique, Jésus Christ,
8 Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris, Seigneur Dieu, Agneau de Dieu,le Fils du Père.
9 Qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Toi qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous
Toi qui enlèves le péché du monde, reçois notre prière ;
10 Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis. Toi qui es assis à la droite du Père, prends pitié de nous.
11 Quoniam tu solus sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Jesu Christe Car toi seul es saint, Toi seul es Seigneur, Toi seul es le Très-Haut, Jésus Christ,
12 Cum Sancto Spiritu in gloria Dei Patris. Amen. avec le Saint-Esprit. Dans la gloire de Dieu le Père. Amen.

Le titre Gloria provient donc des premières paroles Gloria in excelsis Deo (“Gloire à Dieu au plus haut des cieux”).

Le Gloria correspond aux 12 premières pistes dans le lecteur ci-dessous. Nous vous recommandons pour une écoute rapide les mouvements suivant, qui sont à la fois très beaux et représentatifs de l’œuvre :

  • N°1 : Gloria in excelsis Deo (chœur d’introduction, assez connu)
  • N°3 : Laudamus te (duo de soprani)
  • N°5 : Propter magnam gloriam tuam (chœur sous forme d’une légère fugue)
  • N°12 : Cum Sancto Spiritu (chœur final fugué, également assez connu)

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