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Jeudi 28 juillet 2011

Brockes-Passion TWV5:1 de Telemann


Chers lecteurs,

Brockes-Passion de Telemann, Harmonia Mundi / René Jacobs

Brockes-Passion de Telemann, Harmonia Mundi / René Jacobs

Après plusieurs articles et une longue écoute de la Passion selon saint-Matthieu BWV 244 de Bach, nous vous proposons ici d’écouter une œuvre similaire, d’un autre grand compositeur baroque allemand : Georg Philipp Telemann. Contemporain de Bach et de Haendel (1681-1767 pour Telemann, 1685-1750 pour Bach, 1685-1759 pour Haendel), il jouissait d’une renommée plus importante de son vivant - ce qui peut nous surprendre tant la redécouverte baroque du XIXè siècle lui a préféré Bach ou Haendel. Telemann a d’ailleurs connu l’un et l’autre des deux grands compositeurs, et était même le parrain du compositeur Carl Philipp Emanuel Bach, fils de J.-S. Bach.

Compositeur parmi les plus productifs de l’Histoire de la musique, il aurait composé plus de 6000 œuvres (dont seulement 3600 seraient répertoriées dans le catalogue TWV), touchant à tous les styles et tous les instruments.

Telemann a en particulier écrit 46 passions, dont seulement 23 nous sont parvenues ; nous avons choisi de proposer l’une d’entre-elles à l’écoute car, au-delà de son esthétique, elle permet de percevoir d’autres aspects de ce type d’œuvres, relativement biaisé par la force des saint-Matthieu BWV 244 et saint-Jean BWV 245 de Bach, œuvres magistrales et archi-connues de la musique occidentale.

L’œuvre d’aujourd’hui est un oratorio de la Passion, c’est-à-dire qu’à la différence des passion-oratorio allemands destinés à la liturgie et s’appuyant essentiellement sur des extraits stricts des évangiles, elle devait être représentée dans une salle de concert, et son livret, entièrement versifié, n’est qu’inspiré des évangiles. Pour Johann Mattheson (autre compositeur contemporain de Bach, Telemann et Haendel, également auteur d’une Brockes-Passion), on peut parler d’« opéra sacrés ».

Par analogie aux traductions des Matthauspassion et Johannespassion en « Passion selon saint-Matthieu » et « Passion selon saint-Jean », les Brockes-Passion sont souvent appelées « Passion selon Brockes ». Barthold Heinrich Brockes (1680-1747) n’est cependant pas un évangéliste ; impliqué dans la vie politique et municipale de Hambourg, c’est en tant que poète qu’il écrivit en 1712 un livret en vers sur la Passion du Christ : Der für die Sünden der Welt gemarterte und sterbende Jesus (Jésus martyrisé et mourant pour le péché du monde). Ce texte eut un grand succès, puisque 11 compositeur allemands l’utilisèrent pour écrire une Brockes-Passion (parmi lesquels Telemann, Haendel, Mattheson, Keiser, etc.).

Telemann composa la sienne en 1716: le texte comme la musique nous font effectivement beaucoup plus penser à un opéra et une mise en scène que les passions de Bach.

On pourra se référer au livret et à sa traduction pendant l’écoute, tous deux proposés sur ce site : http://oratoriosbaroques.fr/Traductions/Brockes_Passion.htm.

(la vidéo intégrée ici n’est que la première partie de l’œuvre, sur 7).

Enfin, Harmonia Mundi et René Jacobs ont effectué en 2009 un très bel enregistrement de cette œuvre, avec comme toujours un livret particulièrement fourni (commentaires, traductions complètes, etc.) et soigneusement préparé.


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Mardi 1 décembre 2009

Cantique de Jean Racine, de Gabriel Fauré


Gabriel Fauré, par John Singer Sargent vers 1889 (source: Wikipédia)

Gabriel Fauré, par John Singer Sargent vers 1889 (source: Wikipédia)

Nous écouterons aujourd’hui le Cantique de Jean Racine, une courte mais magnifique œuvre sacrée pour chœur et orchestre (ou orgue) composée par Gabriel Fauré en 1864.

Gabriel Fauré (1845 - 1924) est l’un des grands compositeurs français de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Élève de Camille Saint-Saëns, il sera l’organiste titulaire de l’église de la Madeleine à Paris, puis professeur de composition au conservatoire de Paris (succédant à Jules Massenet), et enfin directeur de cet établissement. Musicien réputé en son temps, il deviendra membre de l’Institut de France en 1909 et sera même décoré Grand-Croix de la Légion d’honneur en 1920, quelques années avant d’être atteint d’une pneumonie qui lui sera fatale.

On retiendra de son œuvre de nombreuses pièces, en particulier :

  • un Requiem op.48 (1887)
  • plusieurs pièces vocales pour choeur et orchestre, parmi lesquelles Pavane op.50 (1887), Pelléas et Mélisande op.80 (1898) ou encore le Cantique de Jean Racine op.11 (1864)
  • de nombreuses pièces pour piano solo ainsi que des sonates piano/violon, des trios, etc.

Le Cantique de Jean Racine est une œuvre écrite à l’origine pour chœur SATB + quintette à cordes et harpe, version suivie de peu par un arrangement pour choeur et orgue ou piano (les deux versions sont proposées à l’écoute ici). Elle commence par une introduction instrumentale ou à l’orgue, à la suite de laquelle chacune des voix rentre à son tour, en commençant par les basses. On retrouve un passage instrumental vers le milieu de la partition, dans lequel des modulations de tonalité amènent le sommet expressif de l’œuvre au 2ème couplet.

Le texte à l’origine de l’œuvre a été écrit par le dramaturge Jean Racine (1639 - 1699 ; on l’appelle beaucoup plus souvent par son seul nom !), il s’agirait de la paraphrase d’un hymne attribué à saint Ambroise (Consors paterni luminis).

Verbe égal au Très-Haut, notre unique espérance,
Jour éternel de la terre et des cieux,
De la paisible nuit nous rompons le silence :
Divin sauveur, jette sur nous les yeux.
Répands sur nous le feu de ta grâce puissante ;
Que tout l’enfer fuie au son de ta voix ;
Dissipe ce sommeil d’une âme languissante
Qui la conduit à l’oubli de tes lois!
Ô Christ ! sois favorable à ce peuple fidèle,
Pour te bénir maintenant assemblé ;
Reçois les chants qu’il offre à ta gloire immortelle,
Et de tes dons qu’il retourne comblé.

On consultera l’article de Wikipédia pour plus de détails : Cantique de Jean Racine.

Cette œuvre très solennelle est devenue un grand classique pour les chœurs amateurs et professionnels. On en trouvera les partitions libres de droit au format PDF sur le site de l’International Music Score Library Project : Partitions du Cantique de Jean Racine de Gabriel Fauré.


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Vendredi 20 mars 2009

La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 6ème partie - final (62-78)


Pieta de Rogier van der Weyden (1450)

Pieta, de Rogier van der Weyden (1450)

Nous achevons aujourd’hui notre écoute de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Jean-Sébastien Bach, avec cette 6ème et dernière partie qui compte des numéros parmi les plus beaux de l’œuvre (62 à 78). L’épisode mis en musique est celui de la crucifixion et de la mise au tombeau de Jésus.
Cet article fait suite à la 5ème partie (condamnation de Jésus par la foule) ; on pourra également revenir à l’article d’introduction à la Passion selon saint Matthieu.

62. Récitatif : “Da nahmen die Kriegsknechte”

Jésus reçoit la couronne d’épines des soldats (Mt. 27:27-30).

Le choeur de turba “Gegrüßet seist du, Judenkönig !” des soldats moqueurs est un de ces magnifiques double chœur dont l’œuvre est parsemée.

62. Da nahmen die Kriegsknechte
Rezitativ
– Evangelist :
Da nahmen die Kriegsknechte des Landpflegers Jesum zu sich in das Richthaus und sammleten über ihn die ganze Schar und zogen ihn aus und legeten ihm einen Purpurmantel an und flochten eine Dornenkrone und setzten sie auf sein Haupt und ein Rohr un seine rechte Hand und beugeten die Knie vor ihm und spotteten ihn und sprachen :
– Chor :
Gegrüßet seist du, Judenkönig !
– Evangelist :
Und speieten ihn an und nahmen das Rohr und schlugen damit sein Haupt.
Récitatif
– L’évangéliste :
Jésus fut alors amené par les soldats au milieu du prétoire. Ceux-ci s’assemblèrent autour de lui, lui prirent sa robe et d’un manteau de pourpre le revêtirent ; ils enfoncèrent sur sa tête une couronne tressée d’épines, et lui mirent un roseau en main ; puis s’inclinant profondément, ils le raillaient ainsi :
– Chœur :
Ton règne arrive, Roi d’Israël !
– L’évangéliste :
Ils crachaient sur lui, prenaient le roseau et frappaient surtout son visage.

63. Choral: “O Haupt voll Blut und Wunden”

Ce choral emprunte de nouveau les mots de Paul Gerhardt (1656), plus précisemment les deux premières strophes du cantique “O Haupt voll Blut und Wunden”, d’où proviennent également le texte du choral du numéro 21 “Erkenne mich, mein Hüter”. Bach rappelle ici la grandeur du visage de Jésus malgré les outrages qu’il subit.

63. O Haupt voll Blut und Wunden
Choral
O Haupt voll Blut und Wunden,
Voll Schmerz und voller Hohn,
O Haupt, zu Spott gebunden
Mit einer Dornenkron
O Haupt, sonst schön gezieret
Mit höchster Ehr und Zier,
Jetzt aber hoch schimpfieret,
Gegrüßet seist du mir !
Du edles Angesichte,
Vor dem sonst schrickt und scheut
Das große Weltgerichte,
Wie bist du so bespeit ;
Wie bist du so erbleichet !
Wer hat dein Augenlicht,
Dem sonst kein Licht nicht gleichet,
So schändlich zugericht’ ?
Choral
Caché sous leurs souillures,
Blêmi par la douleur
Saignant de tes blessures,
Tu gardes ta splendeur.
Au milieu des outrages,
Plus pur plus radieux,
Tu brilles ô visage,
O face de mon Dieu !
O Toi dont la stature
Fait trembler l’imposteur
Maître de la Nature,
Tu t’offres à ma douleur
Lumière incomparable,
Même aux joyaux des cieux,
O visage admirable,
Qui a éteint tes yeux ?

64. Récitatif: “Und da sie ihn verspottet hatten”

Jésus est conduit par les soldats sur le lieu du supplice (Mt. 27:31-32).

Ils croisent sur le chemin Simon de Cyrène, qui est contraint d’aider Jésus à porter la croix.

Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix (source: Wikipedia)

Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix (source: Wikipedia)

64. Und da sie ihn verspottet hatten
Rezitativ
– Evangelist :
Und da sie ihn verspottet hatten, zogen sie ihm den Mantel aus und zogen ihm seine Kleider an und führeten ihn hin, daß sie ihn kreuzigten. Und indem sie hinausgingen, fanden sie einen Menschen von Kyrene, mit Namen Simon ; den zwangen sie daß er ihm sein Kreuz trug.
Récitatif
L’évangéliste :
Après l’avoir ainsi raillé, ils lui ôtèrent le manteau et mirent sur lui ses vêtements pour l’emmener enfin au lieu du supplice. Et voici que sur la route vint à passer un homme de Cyrène nommé Simon, qu’ils contraignirent à porter la croix .

65. Récitatif (basse): “Ja freilich will in uns das Fleisch und Blut”

Le soliste est ici accompagné de deux flûtes et d’une viole de gambe.

65. Ja freilich will in uns das Fleisch und Blut
Rezitativ (Bass)
Ja freilich will in uns das Fleisch und Blut
Zum Kreuz gezwungen sein ;
Je mehr es unsrer Seele gut,
Je herber geht es ein.
Récitatif (basse)
Oh ! Viens sur mes épaules, sainte croix,
Et mortifie ma chair
Car la céleste joie s’obtient
Par la douleur du corps.

66. Aria (basse): “Komm, süßes Kreuz”

Le soliste basse est accompagné par un motif complexe à la viole de gambe et le continuo. Il symbolise un croyant que la foi rend prêt à affronter les souffrances.

66. Komm, süßes Kreuz
Arie (Bass)
Komm, süßes Kreuz, so will ich sagen,
Mein Jesu, gib es immer her !
Wird mir mein Leiden einst zu schwer,
So hilfst du mir es selber tragen.
Aria (basse)
Viens, douce croix,
Jésus, laisse-moi t’aider
Lorsque ma souffrance me sera trop lourde
Tu m’aideras à la porter.

67. Récitatif: “Und da sie an die Stätte kamen mit Namen Golgatha”

On lui retire ses vêtements puis Jésus est crucifié (Mt. 27:33-40). On retrouve ici la foule railleuse dans un beau double choeur.

Partage des habits de Jésus, peinture de Bernhard Strigel, 1520 (source: Wikipedia)

Partage des habits de Jésus, peinture de Bernhard Strigel, 1520 (source: Wikipedia)

Le Golgotha (ou calvaire) est une colline où les romains crucifiaient les condamnés, à l’extérieur des remparts de Jérusalem. Son nom proviendrait de l’araméen signifiant crâne, soit du fait de la présence d’ossements, soit de la forme du sommet de la colline.

La colline du Golgotha (source: Wikipedia)

La colline du Golgotha (source: Wikipedia)

67. Und da sie an die Stätte kamen mit Namen Golgatha
Rezitativ
– Evangelist :
Und da sie an die Stätte kamen mit Namen Golgatha, das ist verdeutschet Schädelstätt’, gaben sie ihm Essig zu trinken mit Gallen vermischet ; und da er’s schmeckete,
wollte er’s nicht trinken. Da sie ibn aber gekre uziget hatten, teilten sie seine Kleider und warfen das Los darum, auf daß erfüllet würde, das gesagt ist durch den Propheten ; Sie haben meine Kleider unter sich geteilet, und über mein Gewand haben sie das Los geworfen. Und sie saßen allda und hüteten sein. Und oben zu seinem Haupte hefteten sie die Ursach seines Todes beschrieben, nämlich : Dies ist Jesus, der Juden König. Und da wurden zween Mörder mit ihm gekreuziget, einer zur Rechten und einer zur Linken. Die aber vorübergingen, lästerten ihn und schüttelten ihre Köpfe und sprachen :
– Chor :
Der du den Tempel Gottes zerbrichst und bauest ihn in dreien Tagen, hilf dir selber ! Bist du Gottes Sohn, so steig herab vom Kreuz !
– Evangelist :
Desgleichen auch die Hohenpriester spotteten sein, samt den Schriftgelehrten und Ältesten, und sprachen :
– Chor :
Andern hat er geholfen und kann sich selber nicht helfen. Ist er der König Israels, so steige er nun vom Kreuz, so wollen wir ihm glauben. Er hat Gott vertrauet ; der erlöse ihn nun, lüstet’s ihn ; denn er hat gesagt : Ich bin Gottes Sohn.
Récitatif
– L’évangéliste :
Puis étant arrivés au lieu que l’on nomme Golgotha, ce qui veut dire Calvaire, ils lui présentèrent à boire du fiel dans du vinaigre. Jésus l’ayant goûté n’en voulut pas boire. Après qu’ils l’eurent cloué sur la croix, ils firent plusieurs parts des habits, voulant les jouer aux dés : afin que s’accomplisse ce qu’annoncent les Ecritures : Entre eux, de mes habits ils ont fait le partage ; ils ont jeté les dés pour savoir qui aurait ma robe. Ils s’assirent non loin, veillant sur Jésus. Ensuite sur sa tête furent tracés quelques mots pour expliquer son supplice, ainsi : C’est Jésus, le Roi des Juifs. Avec lui deux brigands furent mis en croix, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche. Tous ceux qui passaient par là jetaient quelque injure ; ou bien secouant la tête disaient :
– Choeur :
Toi qui te flattes de démolir et rebâtir le temple en trois journées, qui t’empêche de te sauver, Toi le Fils de Dieu ! Descends de cette croix !
– L’évangéliste :
Les chefs des prêtres, les scribes et les anciens se moquaient aussi de Jesus et disaient :
– Choeur :
Tel dit sauver les autres qui pour lui-même est sans force ! Toi qui te dis Roi d’Israël descends de cette croix ! Et nous voulons te croire puisque Dieu t’envoie, qu’il délivre son Christ, son élu ; car n’as-tu pas dit : Je suis Fils de Dieu !

68. Récitatif: “Desgleichen schmäheten ihn auch die Mörder”

68. Desgleichen schmäheten ihn auch die Mörder
Rezitativ
– Evangelist :
Desgleichen schmäheten ihn auch die Mörder, die mit ihm gekreuziget wurden.
Récitatif
– L’évangéliste :
Jusqu’aux brigands auprès de Lui en croix qui l’accablaient de leurs invectives.

69. Récitatif (alto): “Ach, Golgatha, unsel’ges Golgatha !”

La soliste est accompagnée ici dans sa plainte par deux hautbois de chasse et les échos du continuo.

69. Ach, Golgatha, unsel’ges Golgatha !
Rezitativ (Alt)
Ach, Golgatha, unsel’ges Golgatha !
Der Herr der Herrlichkeit muß schimpflich hier verderben ,
Der Segen und das Heil der Welt
Wird als ein Fluch ans Kreuz gestellt.
Dem Schöpfer Himmels und der Erden
Soll Erd und Luft entzogen werden.
Die Unschuld muß hier schuldig sterben,
Das gehet meiner Seele nah ;
Ach, Golgatha, unsel’ges Golgatha !
Récitatif (alto)
Ah ! Golgotha, funeste Golgotha !
Le Roi des Rois périt ici comme un esclave.
La paix du monde et son salut
Ont pour rançon le sang divin,
Au Créateur de toutes choses,
La terre et l’air sont refusés ;
Le juste meurt pour les coupables :
Mon coeur se brise de douleur.
Ah ! Golgotha, funeste Golgotha !

70. Aria (alto) et choeur: “Sehet, Jesus hat die Hand”

Dans cet aria qui nous ramène à une tonalité plus joyeuse, les croyants sont invités à vivre avec Jésus, sachant que celui-ci est avec eux.

70. Sehet, Jesus hat die Hand
Rezitativ (Alt) mit Chor
Sehet, Jesus hat die Hand
Uns zu fassen ausgespannt.
Kommt – Wohin ? – in Jesu Armen !
Sucht Erlösung, nehmt Erbarmen,
Suchet – Wo ? – in Jesu Armen !
Lebet, sterbet, ruhet hier,
Ihr verlass’nen Küchlein ihr,
Bleibet – Wo ? – in Jesu Armen !
Récitatif (alto) et choeur
Peuple, vois, ô peuple, vois Jésus
Et sa main vers nous tendue.
Viens ! – Où donc ? – Où Jésus t’offre un doux asile,
Appuie ta tête sur sa poitrine,
Viens ! – Où ? – Sur sa poitrine.
Vivre, et puis s’éteindre dans ses bras
Tel doit être ton espoir.
Reste ! – Où ? – Sur sa poitrine.

71. Récitatif: “Und von der sechsten Stunde”

Les dernières paroles de Jésus et sa mort (Mt. 27:45-50).

Jésus prononce ses dernières paroles, à l’intention de Dieu : “Eli, Eli, lama asabthani” (Mein Gott, mein Gott, warum hast du mich verlassen ; Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?). On notera en particulier l’absence - unique dans l’oeuvre - de l’auréole du quatuor à cordes autour de ces paroles du Christ ; le seul continuo étant présent, on peut interprèter ce changement comme l’image de l’abanbon divin.

71. Und von der sechsten Stunde
Rezitativ
– Evangelist :
Und von der sechsten Stunde an ward eine Finsternis über das ganze Land, bis zu der neunten Stunde. Und um die neunte Stunde schriee Jesus laut und sprach :
– Jesus :
Eli, Eli, lama asabthani ?
– Evangelist :
Das ist : Mein Gott, mein Gott, warum hast du mich verlassen ? Etliche aber, die da standen, da sie das höreten, sprachen sie :
– Chor :
Der rufet den Elias.
– Evangelist :
Und bald lief einer unter ihnen, nahm einen Schwamm und füllete ihn mit Essig und steckete ihn auf ein Rohr und tränkete ihn. Die andern aber sprachen :
– Chor :
Halt ! laß sehen, ob Elias komme und ihm helfe ?
– Evangelist :
Aber Jesus schriee abermal laut und verschied.
Récitatif
– L’évangéliste :
Et, vers la sixième heure, l’obscurité se fit dans l’univers entier jusqu’à la neuvième heure. Et, vers la neuvième heure, Jésus poussa ce cri :
– Jésus :
Eli, Eli, lama sabachthani ?
– L’évangéliste :
C’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Or tous les gens qui l’entouraient, en entendant ces mots, se disaient :
– Choeur :
Sa voix appelle Eli.
– L’évangéliste :
Et l’un d’entre eux courut sur l’heure, prit une éponge, et l’ayant remplie de vinaigre, il la fixa à un roseau et la lui tendit. Et tous alors disaient :
– Choeur :
Non, non, arrête, voyons si Eli vient et le sauve !
– L’évangéliste :
De nouveau Jésus poussa un grand cri et mourut.

72. Choral: “Wenn ich einmal soll scheiden”

On retrouve de nouveau dans ce choral un texte emprunté au O Haupt voll Blut und Wunden de Paul Gerhardt, ici la 9ème strophe. Comme pour les autres chorals, la mélodie est de Hans Leo Hassler.

72. Wenn ich einmal soll scheiden
Choral
Wenn ich einmal soll scheiden,
So scheide nicht von mir,
Wenn ich den Tod soll leiden,
So tritt du dann herfür !
Wenn mir am allerbängsten
Wird um das Herze sein,
So reiß mich aus den Ängsten
Kraft deiner Angst und Pein !
Choral
Quand sonnera notre heure,
Ne nous délaisse pas !
Console ceux qui pleurent,
Adoucis leur trépas !
Par toute ta détresse,
Par ta mort sur la croix
Soutiens dans leur faiblesse
Les coeurs tremblant d’effroi !

73. Récitatif: “Und siehe da, der Vorhang im Tempel zerriß”

Les éléments se déchainent suite à la mort de Jésus ; les protagonistes comprennent leur “erreur” et réalise que Jésus était bien le Messie ; Joseph d’Arimathie demande le corps du Christ (Mt. 27:50-58).

On trouve au milieu du récitatif de l’évangéliste un court choeur - de 15 secondes à 1 minute selon l’interprétation -, discret mais chargé de signification dans le drame qui est relaté et dans le message que transporte l’oratorio aux croyants et au public en général. C’est seulement à ce moment de l’histoire de la Passion que les protagonistes comprennent ce qui vient d’arriver sous leurs yeux, que la vérité leur apparaît, et qu’alors la foi devient comme une évidence pour eux ; musicalement, on passe alors d’un choeur de la foule spontané ou d’un double choeur railleur à un choeur uni, puissant, sublime et contemplatif sur les paroles “Wahrlich, dieser ist Gottes Sohn gewesen” (En vérité, c’était bien le Fils de Dieu).

Pour plusieurs spécialistes, ces deux mesures prises isolément font partie des plus belles jamais composées pour un choeur.

Nous vous proposons ci-dessous plusieurs versions à l’écoute, dans lesquelles le choeur survient après la premiere partie du récitatif.

73. Und siehe da, der Vorhang im Tempel zerriß
Rezitativ
– Evangelist :
Und siehe da, der Vorhang im Tempel zerriß in zwei Stück von oben an bis unten aus. Und die Erde erbebete, und die Felsen zerrissen, und die Gräber taten sich auf, und stunden auf viel Leiber der Heiligen, die da schliefen, und gingen aus den Gräbem nach seiner Auferstehung und kamen in die heilige Stadt und erschienen vielen. Aber der Hauptmann und die bei ihm waren und bewahreten Jesum, da sie sahen das Erdbeben und was da geschah, erschraken sie sehr und sprachen :

– Chor :
Wahrlich, dieser ist Gottes Sohn gewesen.

– Evangelist :
Und es waren viel Weiber da, die von ferne zusahen, die da waren nachgefolget aus Galiläa und hatten ihm gedienet, unter welchen war Maria Magdalena und Maria, die Mutter Jakobi und Joses, und die Mutter der Kinder Zebedäi. Am Abend aber kam ein reicher Mann von Arimathia, der hieß Joseph, welcher auch ein Jünger Jesu war,
der ging zu Pilato und bat ihn um den Leichnam Jesu. Da befahl Pilatus, man sollte ihm ihn geben.

Récitatif
– L’évangéliste :
On vit alors la voile du temple se déchirer en deux depuis le haut jusqu’en bas. Et la terre se mit à trembler, les rochers se fendirent, les sépulcres furent ouverts, des saints ressuscitèrent en ce moment de leur tombe ; ils la quittèrent quand Jésus fut ressuscité, et dans Jérusalem ils allèrent et beaucoup les virent. Mais tous les gardes et les centenier qui veillaient avec eux, en voyant sur la terre arriver tous ces prodiges, saisis de frayeur, dirent :

– Choeur :
Oui, cet homme était le Fils de Dieu, du Dieu vivant.

– L’évangéliste :
Plusieurs femmes se trouvaient là, qui de loin regardaient, et qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée en l’entourant de soins, parmi elles étaient Marie-Madeleine, et Marie, la mère de Joseph et de Jacques, et la mère des fils de Zébédée. Le soir, arriva un homme riche d’Arimathée nommé Joseph, lui aussi disciple de Jésus. Il vint vers Pilate et demanda le corps de Jésus, qui lui fut remis sur l’ordre de Pilate.

74. Récitatif (basse): “Am Abend, da es kühle war”

Ce récitatif très calme est à l’image de la “paix conclue avec le ciel” dont il est question, suite au rachat des péchés humains par Jésus.

74. Am Abend, da es kühle war
Rezitativ (Bass)
Am Abend, da es kühle war,
Ward Adams Fallen offenbar ;
Am Abend drücket ihn der Heiland nieder.
Am Abend kam die Taube wieder
Und trug ein Ölblatt in dem Munde.
O schöne Zeit ! O Abendstunde !
Der Friedensschluß ist nun mit Gott gemacht,
Denn Jesus hat sein Kreuz vollbracht.
Sein Leichnam kommt zur Ruh,
Ach, liebe Seele, bitte du,
Geh, lasse dir den toten Jesum schenken,
O heilsames, o köstlich’s Angedenken !
Récitatif (basse)
Quand la fraîcheur du soir tombait,
Adam commit le grand péché :
Le soir aussi fut expiée la faute.
C’est vers le soir que la colombe,
Vint apporter le vert rameau.
O doux moment ! Heure ineffable !
Voici la paix conclue avec le ciel,
Scellée par Jésus sur la croix,
Son corps repose enfin.
Ah ! dans mon âme, ô Seigneur,
Viens ! je réclame aussi le corps du Maître :
Trésor sans prix, d’amour sublime gage !

75. Aria (basse): “Mache dich, mein Herze, rein”

Dans cet aria, les violons doublés par un cor anglais accompagnent le soliste.

75. Mache dich, mein Herze, rein
Arie (Bass)
Mache dich, mein Herze, rein,
Ich will Jesum selbst begraben.
Denn er soll nunmehr in mir
Für und für
Seine süße Ruhe haben.
Welt, geh aus, laß Jesum ein !
Aria (basse)
Pare-toi, mon coeur, pour lui ;
Tu vas être le sépulcre où Jésus dort et repose,
Car c’est en toi désormais,
C’est en toi qu’il veut faire sa demeure ;
Monde, adieu, descends en moi,
O Jésus, descends en moi !

76. Récitatif: “Und Joseph nahm den Leib”

La mise au tombeau du Christ par Joseph d’Arimathie (Mt. 27:59-66).

Dans un superbe choeur (double sur “Herr, wir haben gedacht” puis simple à partir de la fugue sur “Ich will nach dreien Tagen”), les grands prêtres et les pharisiens demandent à Pilate que l’on scelle le tombeau afin d’éviter que les disciples de Jésus n’enlèvent son corps pour faire croire à la résurrection.

76. Und Joseph nahm den Leib
Rezitativ
– Evangelist :
Und Joseph nahm den Leib und wickelte ihn in ein rein Leinwand und legte ihn in sein eigen neu Grab, welches er hatte lassen in einen Fels hauen, und wälzete einen großen Stein vor die Tür des Grabes und ging davon. Es war aber allda Maria Magdalena und die andere Maria, die setzten sich gegen das Grab. Des andern Tages, der da folget nach dem Rüsttage, kamen die Hohenpriester und Pharisäer sämtlich zu Pilato und sprachen :
– Chor :
Herr, wir haben gedacht, daß dieser Verführer sprach, da er noch lebete : Ich will nach dreien Tagen wieder auferstehen. Darum befiebl, daß man das Grab verwahre bis an den dritten Tag, auf daß nicht seine Jünger kommen und stehlen ihn und sagen zu dem Volk : Er ist auferstanden von den Toten, und werde der letzte Betrug ärger, denn der erste.
– Evangelist :
Pilatus sprach zu ihnen :
– Pilatus :
Da habt ihr die Hüter ; gehet hin und verwahret’s, wie ihr’s wisset.
– Evangelist :
Sie gingen hin und verwahreten das Grab mit Hütern und versiegelten den Stein.
Récitatif
– L’évangéliste :
Et Joseph prit le corps et l’enveloppa d’un linceul blanc, puis il le mit dans un tombeau neuf qu’il s’était fait tailler pour lui-même dans le roc ; ensuite, il roula devant l’entrée une grosse pierre, et s’en alla. Mais toujours étaient là Marie-Madeleine avec l’autre Marie, assises auprès du tombeau. Le jour d’après, qui suivait la préparation, les chefs des prêtres vinrent avec les Pharisiens devant Pilate, et dirent :
– Choeur :
Tous ici savent bien que lui, l’imposteur, a dit pendant sa vie : Dès le troisième jour, je ressusciterai. Ordonne donc qu’on garde le sépulcre jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples n’enlèvent son corps, et viennent dire alors : Seul le Christ a pu briser sa tombe, voilà qui serait fausseté pire que les autres !
– L’évangéliste :
Pilate répondit :
– Pilate :
Des gardes sont là : allez donc les placer comme il vous plaît.
– L’évangéliste :
lls s’en allèrent entourer le tombeau de gardes ; et la pierre en fut scellée.

77. Récitatif (solistes) et choeur: “Nun ist der Herr zur Ruh gebracht”

77. Nun ist der Herr zur Ruh gebracht
Rezitativ (Soli) mit Chor
– Bass :
Nun ist der Herr zur Ruh gebracht.
– Chor :
Mein Jesu, gute Nacht !
– Tenor :
Die Müh ist aus, die unsre Sünden ihm gemacht.
– Chor :
Mein Jesu, gute Nacht !
– Alt:
O selige Gebeine,
Seht, wie ich euch mit Buß und Reu beweine,
Daß euch mein Fall in solche Not gebracht !
– Chor :
Mein Jesu, gute Nacht !
– Sopran :
Habt lebenslang
Vor euer Leiden tausend Dank,
Daß ihr mein Seelenheil so wert geacht’.
– Chor :
Mein Jesu, gute Nacht !
Récitatif (solistes) et choeur
– Basse :
Voici le Maître enseveli.
– Choeur :
Mon Jésus, dors en paix !
– Ténor :
La coupe amère, il l’a vidée jusqu’à la lie.
– Choeur :
Mon Jésus, dors en paix !
– Alto :
Dépouilles bien-aimées,
Ah ! devant vous je pleure et me repens
Pour le mal causé par mes péchés !
– Choeur :
Mon Jésus, dors en paix !
– Soprano
Soyez bénis
Pour vos souffrances chaque jour,
O vous dont les tourments nous ont sauvés !
– Choeur :
Mon Jésus, dors en paix !

78. Choeur final: “Wir setzen uns mit Tränen nieder”

Le célèbre et bouleversant choeur final de la Passion selon saint Matthieu.

Malgré son titre “En larmes, nous nous asseyons” et sa tonalité (ut mineur), il faut noter le message explicite de ce choeur conclusif, qui met en avant le repos et le calme céleste par rapport à la douleur terrestre de la mort.

Notons pour les passionnés que l’on retrouve le thème de ce choeur final dans la suite BWV 997 pour luth (et en particulier explicitement dès le début de la sarabande).

78. Wir setzen uns mit Tränen nieder
Chor
Wir setzen uns mit Tränen nieder
Und rufen dir im Grabe zu :
Ruhe sanfte, sanfte ruh !
Ruht, ihr ausgesognen Glieder !
Euer Grab und Leichenstein
Soll dem ängstlichen Gewissen
Ein bequemes Ruhekissen
Und der Seden Ruhstatt sein.
Höchst vergnügt schlummern
da die Augen ein.
Choeur
Christ bien-aimé, nos larmes coulent,
Entends l’adieu jailli du coeur :
Dans la tombe, dors en paix !
Corps sanglant, couvert d’outrages,
Sur ta tombe l’âme lasse et désolée accourra
Chercher un calme et solitaire abri.
O sommeil souriant, viens fermer mes yeux !
Christ bien-aimé, nos larmes coulent,
Entends l’adieu jailli du coeur :
Dans la tombe, dors en paix !

Voici une sélection d’interprétations de la passion selon saint Matthieu, parmi lesquelles se trouve la version Karl Richter en écoute sur ce site :

  1. Version Philippe Herreweghe - Collegium Vocale Gent (avec Andreas School) : comme toujours la version Herreweghe est un enregistrement de grande qualité sonore, dans une version très dynamique
  2. Version Karl Richter : cette version de 1958 est celle qui est en écoute sur le site ; malgré l’âge, la qualité sonore reste très bonne ; cette sublime version annonce la redécouverte romantique des œuvres baroques dans la 2ème moitié du 20ème siècle. A posséder !
  3. Version Herbert von Karajan - Berliner Philharmoniker : une version “controversée” et déroutante mais cependant appréciée de beaucoup ; tempo très lent, sonorités éloignées de la musique baroque, etc.
  4. Version Klemperer : version plus romantique que baroque, mais d’une grandeur fascinante

Le livret de l’œuvre (textes + traduction en français) est disponible en PDF : Livret et traduction de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach (source: Ensemble Orchestral de Paris). Comme toujours, les musiciens trouveront partitions libres de droit (au format PDF) et fichiers MIDI de l’oeuvre en téléchargement sur le site de l’IMSLP (http://www.imslp.org/wiki/St._Matthew_Passion,_BWV_244_(Bach,_Johann_Sebastian)), et surtout sur la Choral Public Domain Library : http://www.cpdl.org/wiki/index.php/Matth%C3%A4uspassion%2C_BWV_244_(Johann_Sebastian_Bach).


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Mardi 17 mars 2009

La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 5ème partie (49-61)


Pilate présentant Jésus à la foule 'Ecce Homo' (Voici l'Homme) par Antonio Ciseri (1821-91)

Pilate présentant Jésus à la foule

Nous approchons de la fin de l’écoute de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Jean-Sébastien Bach ; l’article d’aujourd’hui porte sur les numéros 49 à 61, qui relatent la condamnation de Jésus par le peuple juif. On pourra revenir à la partie précédente (”L’interrogatoire”), ou encore à l’article d’accueil pour la Passion selon saint Matthieu.

49. Récitatif : “Des Morgens aber hielten alle Hohenpriester”

Judas a des remords d’avoir livré Jésus (Mt. 27:1-4).
Ceux qui avaient donné de l’argent à Judas pour qu’il leur livre Jésus refusent qu’il les leur rende et le renvoient dans un double choeur de turba.

49. Des Morgens aber hielten alle Hohenpriester
Rezitativ
– Evangelist :
Des Morgens aber hielten alle Hohenpriester und die Ältesten des Volks dnen Rat über Jesum, daß sie ihn töteten. Und banden ihn, führeten ihn hin und überantworteten ihn dem Landpfleger Pontio Pilato. Da das sahe Judas, der ihn verraten hatte, daß er verdammt war zum Tode, gereuete es ihn und brachte herwieder die dreißig Silberlinge den Hohenpriestern und Ältesten und sprach :
– Judas :
Ich habe übel getan, daß ich unschuldig Blut verraten habe.
– Evangelist :
Sie sprachen :
– Chor
Was gehet uns das an ? Da siehe du zu !
Récitatif
– L’évangéliste :
Le matin même les anciens du peuple avec les chefs des prêtres au sujet de Jésus s’assemblèrent afin de le perdre. L’ayant lié, on le fit sortir pour être remis au gouverneur dont le nom était Ponce Pilate. Judas vit alors, lui qui livra son Maître, que tous voulaient son supplice. Saisi d’un grand remords, il vint pour remettre les trente pièces d’argent à ceux dont il les tenait, et dit :
– Judas :
J’ai mal agi devant Dieu, car j’ai livré le sang de l’innocent.
– L’évangéliste :
Ils dirent :
– Chœur :
Que nous importe à nous ? C’est ton affaire.

50. Récitatif : “Und er warf die Silberlinge in den Tempel”

Judas se pend, et les prêtres - deux chœurs de basse - refusent de conserver le “prix du sang” dans le temple (Mt. 27:5-6).

50. Und er warf die Silberlinge in den Tempel
Rezitativ
– Evangelist :
Und er warf die Silberlinge in den Tempel, hub sich davon, ging hin und erhängete sich selbst. Aber die Hohenpriester nahmen die Silberlinge und sprachen :
– Pontifices :
Es taugt nicht, daß wir sie in den Gotteskasten legen, denn es ist Blutgeld.
Récitatif
– L’évangéliste :
Il jeta alors les pièces dans le temple, et se levant, sortit, et sur l’heure se pendit. Alors les chefs des prêtres prirent les trente pièces et dirent :
– Les souverains sacrificateurs :
Défense, défense est faite de laisser dans le trésor du temple le prix du sang.

51. Aria (basse) : “Gebt mir meinen Jesum wieder !”

Comme dans le numéro 47 (Erbarme dich, mein Gott), un violon solo se détache du quatuor à cordes pour répondre à l’air dynamique de la basse.

51. Gebt mir meinen Jesum wieder !
Arie (Bass)
Gebt mir meinen Jesum wieder !
Seht, das Geld, den Mörderlohn,
Wirft euch der verlorne Sohn
Zu den Füßen nieder !
Aria (basse)
Rendez-moi mon Roi, mon Maître,
Cet argent, ce prix du sang
Nul n’en veut, il fait horreur,
A vos pieds il reste.

52. Récitatif : “Sie hielten aber einen Rat”

Un champ est acheté avec ” l’argent du sang “, puis Pilate interroge Jésus (Mt. 27:7-14).

Ce “champ du sang” maintenant appelé Akeldama en araméen, était un lieu dont la terre servait aux potiers, puis qui fut utilisé comme cimetière pour les non-juifs.

L’histoire diffère selon les sources : alors que d’après saint Matthieu le champ aurait été acheté après la mort de Judas, les Actes des Apôtres relatent que Judas aurait acheté le champ avec “le salaire de la trahison”, et qu’il aurait alors reçu une punition divine (”Or, celui-ci avait acquis un champ avec le salaire de la trahison ; il tomba la tête la première, son ventre éclata, et toutes ses entrailles se répandirent”).

Akeldama (source: Wikipedia)

Akeldama (source: Wikipedia)

52. Sie hielten aber einen Rat
Rezitativ
– Evangelist :
Sie hielten aber einen Rat und kauften einen Töpfersacker darum zum Begräbnis der Pilger. Daher ist derselbige Acker genennet der Blutacker bis auf den heutigen Tag. Da ist erfüllet, das gesagt ist durch den Propheten Jeremias, da er spricht : Sie haben genommen dreißig Silberlinge, damit bezahlet ward der Verkaufte, welchen sie kauften von den Kindern Israel, und haben sie gegeben um einen Töpfersakker, als mir der Herr befohlen hat. Jesus aber stand vor dem Landpfleger ; und der
Landpfleger fragte ihn und sprach :
– Pilatus :
Bist du der Juden König ?
– Evangelist :
Jesus aber sprach zu ihm :
– Jesus :
Du sagest’s.
– Evangelist :
Und da er verklagt ward von den Hohenpriestern und Ältesten, anr vorteu er nichts. Da sprach Pilatus zu ihm :
– Pilatus :
Hörest du nicht, wie hart sie dich verklagen ?
– Evangelist :
Und er antwortete ihm nicht auf ein Wort, also, daß sich auch der Landpfleger sehr verwunderte.
Récitatif
– L’évangéliste :
Ils décidèrent en conseil d’en acheter le champ d’un potier pour qu’y soient enterrés les étrangers. Et c’est depuis lors que ce champ prit le nom de “champ du sang” qu’il garde encore maintenant. Ainsi arriva ce qu’avait prédit le prophète Jérémie, quand il dit : ils sont allés prendre trente pièces d’argent, prix du marché conclu pour celui qui fut vendu par les enfants d’Israël ; et ils les ont données pour payer le champ d’un potier, ainsi que Dieu me l’inspira. Mais Jésus était devant Pilate, et Pilate, l’interrogeant, lui dit :
– Pilate :
Es-tu le Roi des Juifs ?
– L’évangéliste :
Mais il leur dit ces paroles :
– Jésus :
Tu dis vrai.
– L’évangéliste :
Aux faux témoignages que les chefs des prêtres dressaient contre lui, il ne répondait rien. Alors Pilate lui dit :
– Pilate :
N’entends-tu pas de quels faits l’on te charge ?
– L’évangéliste :
Il resta de nouveau sans dire un seul mot, si bien qu’un grand étonnement saisit Pilate.

53. Choral: “Befiehl du deine Wege”

Une fois de plus, Bach utilise la première strophe d’un cantique de Paul Gerhardt (1607 - 1676).

Le commentaire porte ici sur le silence de Jésus face à Ponce Pilate.

53. Befiehl du deine Wege
Choral
Befiehl du deine Wege
Und was dein Herze kränkt
Der allertreusten Pflege
Des, der den Himmel lenkt.
Der Wolken, Luft und Winden
Gibt Wege, Lauf und Bahn,
Der wird luch Wege finden
Da dein Fuß gehen kann.
Choral
Tu gardes le silence,
O pauvre coeur blessé !
Ton pas tranquille avance
Par où tu dois passer.
Celui qui sur la terre
Et dans les cieux est Roi
Touché de ta misère
Va-t-il fléchir sa loi ?

54. Récitatif : “Auf das Fest aber hatte der Landpfleger Gewohnheit”

Pilate présente Jésus à la foule ; selon la coutume, le gouverneur propose à l’occasion de la fête de la Paque au peuple de choisir un condamné qui sera libéré ; sont soumis au jugement populaire Jésus et le criminel Barrabas. Le peuple demande de libérer Barrabas (Mt. 27:15-22).

Notons l’intervention énigmatique de la femme de Pilate : il s’agit du seul endroit dans l’évangile de Matthieu où l’on parle d’elle, et cet épisode n’est pas même évoqué dans les autres évangiles canoniques. Certains évangiles apocryphes en parlent cependant : elle s’appelerait Claudia Procula, serait originaire de Narbonne et aurait été convertie en secret au christianisme. Elle aurait ainsi aidé Joseph d’Arimathie à récupérer le corps de Jésus de la croix. Les historiens paraissent s’accorder sur son existence et la véracité de ces élements. Claudia Procula est par ailleurs une sainte pour l’Église orthodoxe.

Le rêve de la femme de Pilate, gravure d'Alphonse François, 1879 (source: Wikipedia)

Le rêve de la femme de Pilate, gravure d'Alphonse François, 1879 (source: Wikipedia)

D’autre part, notons bien la “célèbre” scène dans laquelle Pilate présente Jésus à la foule. On nomme cet épisode “Ecce Homo” (Voici l’Homme), en référence aux paroles de Pilate. Nombreuses sont les représentations de cette scène ; on regardera par exemple (souce: WikiCommons) :

54. Auf das Fest aber hatte der Landpfleger Gewohnheit
Rezitativ
– Evangelist :
Auf das Fest aber hatte der Landpfleger Gewohnheit, dem Volk einen Gefangenen loszugeben, welchen sie wollten. Er hatte aber zu der Zeit einen Gefangenen, einen sonderlichen vor andern, der hieß Barrabas. Und da sie versammlet waren, sprach Pilatus zu ihnen :
– Pilatus :
Welchen wollet ihr, daß ich euch losgebe ? Barrabam oder Jesum, von dem gesaget wird, er sei Christus ?
– Evangelist :
Denn er wußte wohl, daß sie ihn aus Neid überantwortet hatten. Und da er auf dem Richtstuhl saß, schickete sein Weib zu ihm und ließ ihm sagen :
– Pilati Weib :
Habe du nichts zu schaffen mit diesem Gerechten ; ich habe heute viel erlitten im Traum von seinetwegen !
– Evangelist :
Aber die Hohenpriester und die Ältesten überredeten das Volk daß sie um Barrabas bitten sollten und Jesum umbrächten. Da antwonete nun der Landpfleger und sprach zu ihnen :
– Pilatus :
Welchen wollt ihr unter diesen zweien, den ich euch soll losgeben ?
– Evangelist :
Sie sprachen :
– Chor :
Barrabam !
– Evangelist :
Pilatus sprach zu ihnen :
– Pilatus :
Was soll ich denn machen mit Jesu von dem gesagt wird er sei Christus ?
– Evangelist :
Sie sprachen alle :
– Chor :
Laß ihn kreuzigen !
Récitatif
– L’évangéliste :
Pour la fête, le gouverneur avait l’habitude d’accorder à la foule la vie d’un prisonnier à son gré. Il y avait en ce temps, au nombre des prisonniers, un bandit fameux entre tous, du nom de Barabbas. Pilate, parlant au peuple, dit alors ces paroles :
– Pilate :
Dites-moi lequel des deux je délivre : Barabbas ou bien Jésus, celui qui prétend être le Christ.
– L’évangéliste :
Il n’ignorait pas que par pure envie, les Juifs l’accusaient. Comme il était au tribunal, sa femme lui fit
dire :
– La femme de Pilate :
Reste en dehors de tout ce qu’ils font à ce juste : je suis toute en émoi d’un songe récent qui le concerne.
– L’évangéliste :
Mais les anciens et les prêtres ayant harangué le peuple surent en obtenir qu’il réclamât la vie de Barabbas et la mort de Jésus. Quand pour la seconde fois Pilate leur demanda :
– Pilate :
Désignez lequel de ces deux hommes il faut que je délivre ?
– L’évangéliste :
Ils dirent :
– Choeur :
Barabbas !
– L’évangéliste :
Pilate alors leur dit :
– Pilate :
Que dois-je donc faire de Jésus qui se prétend le fils de Dieu ?
– L’évangéliste :
Ils répondirent :
– Choeur :
Sur la croix qu’il meure !

55. Choral: “Wie wunderbarlich ist doch diese Strafe !”

Bach appuie sa réflexion sur la 4ème strophe du lied “Herzliebster Jesu” de Johann Hermann (1585 - 1647), d’où proviennent également le choral du numéro 3 (1ère strophe: Herzliebster Jesu) ainsi que le choral du numéro 25 (3ème strophe: Was ist die Ursach solcher Plagen ?).

55. Wie wunderbarlich ist doch diese Strafe !
Choral
Wie wunderbarlich ist doch diese Strafe !
Der gute Hine leidet für die Schafe
Die Schuld bezahlt der Herre, der Gerechte
Für seine Knechte.
Choral
Mystère insigne, douloureuse joie !
Le bon Pasteur du loup devient la proie !
Et l’offensé souffre avec patience
Et paie l’offense.

56. Rezitativ: “Der Landpfleger sagte”

Pilate s’interroge sur le crime commis par Jésus (Mt. 27:23).

56. Der Landpfleger sagte
Rezitativ
– Evangelist :
Der Landpfleger sagte :
– Pilatus :
Was hat er denn Übels getan ?
Récitatif
– L’évangéliste :
Pilate dit ensuite :
– Pilate :
Quel est donc le mal qu’il a fait ?

57. Récitatif (soprano) : “Er hat uns allen wohlgetan”

Arioso de soprano accompagné par deux hautbois de chasse.

57. Er hat uns allen wohlgetan
Rezitativ (sopran)
Er hat uns allen wohlgetan,
Den Blinden gab er das Gesicht,
Die Lahmen macht er gehend,
Er sagt uns seines Vaters Wort,
Er trieb die Teufel fort,
Betrübte hat er aufgericht’,
Er nahm die Sünder auf und an.
Sonst hat mein Jesus nichts getan.
Récitatif (soprano)
Il nous a fait le bien à tous.
Aux aveugles, il rendit la vue,
Leurs forces aux infirmes ;
Il nous parlait des joies du ciel ;
Il chassait les démons ;
Nos peines, il les consolait ;
De nos péchés il s’est chargé :
Point d’autre mal Jésus n’a fait.

58. Aria (soprano): “Aus Liebe will mein Heiland sterben”

Aria de soprano accompagnée en particulier de la flûte traversière.

D’après Edmond Lemaître, l’absence de continuo (basse continue) pourrait symboliser la libération de Jésus des attaches terrestres.

58. Aus Liebe will mein Heiland sterben
Arie (sopran)
Aus Liebe,
Aus Liebe will mein Heiland sterben,
Von einer Sünde weiß er nichts.
Daß das ewige Verderben
Und die Strafe des Gerichts
Nicht auf meiner Seele bliebe.
Aria (soprano)
Il aime,
Il aime et sacrifie sa vie,
Lui qui jamais ne fit le mal.
Il détourne de nos têtes
L’éternelle perdition
Et sa grâce nous demeure.

59. Rezitativ: “Sie schrieen aber noch mehr und sprachen”

La turba demande la mort de Jésus, que Pilate accepte malgré le fait qu’il sait Jésus innocent, dans une phrase devenue célèbre : “Je me lave les mains du sang d’un innocent.” (Mt. 27:23-26).

59. Sie schrieen aber noch mehr und sprachen
Rezitativ
– Evangelist :
Sie schrieen aber noch mehr und sprachen :
– Chor :
Laß ihn kreuzigen !
– Evangelist :
Da aber Pilatus sahe, daß er nichts schaffete, sondem daß ein viel größer Getümmel ward, nahm er Wasser und wusch die Hände vor dem Volk und sprach :
– Pilatus :
Ich bin unschuldig an dem Blut dieses Gerechten, sehet ih zu.
– Evangelist :
Da antwortete das ganze Volk und sprach :
– Chor :
Sein Blut komme über uns und unsre Kinder.
– Evangelist :
Da gab er ihnen Barrabam los ; aber Jesum ließ er geißeln und überantwortete ihn, daß er gekreuziget würde.
Récitatif
– L’évangéliste :
Plus haut encore, ils crièrent et dirent :
– Choeur :
Sur la croix qu’il meure !
– L’évangéliste :
Pilate voyant alors que rien n’arrêterait la fureur de la foule qui grandissait, prit de l’eau, se lava les mains devant le peuple et dit :
– Pilate :
Je me lave les mains du sang d’un innocent : sachez-le.
– L’évangéliste :
Et voici ce que le peuple entier lui dit.
– Choeur :
Que sur nous et sur nos enfants son sang retombe.
– L’évangéliste :
Alors Pilate délivra Barabbas et fit battre Jésus de verges, ensuite en leurs mains le remit pour être crucifié.

60. Récitatif (alto): “Erbarm es Gott !”

La flagellation de Jésus, dont les coups de verges sont marqués par les notes pointées des violons.

60. Erbarm es Gott !
Rezitativ (Alt)
Erbarm es Gott !
Hier steht der Heiland angebunden.
O Geißelung, o Schläg, o Wunden !
Ihr Henker, haltet ein !
Erweichet euch
Der Seelen Schmerz,
Der Anblick solchen Jammers nicht ?
Ach ja, ihr habt ein Herz,
Das muß der Martersäule gleich
Und noch viel härter sein.
Erbarmt euch, haltet ein !
Récitatif (alto)
Pitié, Seigneur.
Voici le Christ battu de verges.
O corps blessé, meurtri, sanglant !
Barbares, arrêtez !
Qui donc,
Mais qui donc pourra fléchir vos coeurs,
S’ils restent sourds à sa douleur ?
Sauveur, tel est le roc,
Tel est le marbre où l’on te lie,
Et tels sont tes bourreaux !
De grâce, arrêtez !

61. Aria (alto): “Können Tränen meiner Wangen”

61. Können Tränen meiner Wangen
Arie (Alt)
Können Tränen meiner Wangen
Nichts erlangen,
Oh, so nehmt mein Herz hinein !
Aber laßt es bei den Fluten,
Wenn die Wunden milde bluten,
Auch die Opferschale sein.
Aria (alto)
Ni mes plaintes ni mes larmes
Ne vous touchent,
Oh ! Alors, arrachez-moi le coeur
Qu’il devienne le calice
Où s’épanchent ses blessures,
Qu’il recueille tout son sang !

Après cette écoute de la 5ème partie, on pourra continuer avec la 6ème et dernière partie.

Voici une sélection d’interprétations de la passion selon saint Matthieu, parmi lesquelles se trouve la version Karl Richter en écoute sur ce site :

  1. Version Philippe Herreweghe - Collegium Vocale Gent (avec Andreas School) : comme toujours la version Herreweghe est un enregistrement de grande qualité sonore, dans une version très dynamique
  2. Version Karl Richter : cette version de 1958 est celle qui est en écoute sur le site ; malgré l’âge, la qualité sonore reste très bonne ; cette sublime version annonce la redécouverte romantique des œuvres baroques dans la 2ème moitié du 20ème siècle. A posséder !
  3. Version Herbert von Karajan - Berliner Philharmoniker : une version “controversée” et déroutante mais cependant appréciée de beaucoup ; tempo très lent, sonorités éloignées de la musique baroque, etc.
  4. Version Klemperer : version plus romantique que baroque, mais d’une grandeur fascinante

Le livret de l’œuvre (textes + traduction en français) est disponible en PDF : Livret et traduction de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach (source: Ensemble Orchestral de Paris). Comme toujours, les musiciens trouveront partitions libres de droit (au format PDF) et fichiers MIDI de l’oeuvre en téléchargement sur le site de l’IMSLP (http://www.imslp.org/wiki/St._Matthew_Passion,_BWV_244_(Bach,_Johann_Sebastian)), et surtout sur la Choral Public Domain Library : http://www.cpdl.org/wiki/index.php/Matth%C3%A4uspassion%2C_BWV_244_(Johann_Sebastian_Bach).


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Lundi 9 mars 2009

La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 4ème partie (36-48)


Le reniement de Pierre

Le reniement de Pierre par Leonard Bramer, 1642 (source: Wikipedia)

Nous reprenons l’écoute de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Jean-Sébastien Bach avec les numéros 36 à 48, qui correspondent à l’épisode du jugement de Jésus par Caïphe et Ponce Pilate (”Faux témoignage”). Les lecteurs arrivant sur cette page pourront revenir à l’écoute de la partie précédente (La veillée) ou encore au premier article de la série, présentation générale de l’œuvre. Pour replacer le passage dans le contexte, nous nous situons maintenant dans la deuxième partie de la Passion, avant laquelle Jésus a été arrêté et séparé de ses disciples pour être jugé par Caïphe, Grand Prêtre de Jérusalem, et Ponce Pilate (préfet de la province romaine de Judée).

36. Aria (alto) et choeur : “Ach, nun ist mein Jesus hin !”

Dialogue entre la Fille de Sion (symbolisant le peuple juif ou celui-ci au travers Marie, mère de Jésus) et les fidèles.

36. Ach, nun ist mein Jesus hin !
Arie (Alt) mit chor
– Solo :
Ach, nun ist mein Jesus hin !
Ist es möglich, kann ich schauen ?
Ach! mein Lamm in Tigerklauen,
Ach ! wo ist mein Jesus hin ?`
Ach ! was soll ich der Seele sagen,
Wenn sie mich wird ängstlich fragen ?
Ach ! wo ist mein Jesus hin ?

– Chor :
Wo ist denn dein Freund hingegangen,
O du Schönste unter den Weibern ?
Wo hat sich dein Freund hingewandt ?
So wollen wir mit dir ihn suchen.

Aria (alto) et choeur
– Solo :
Ah ! Hélas, m’as-tu quitté,
Dois-je le croire !
Tendre agneau, proie du tigre.
Où donc es-tu, doux Ami ?
Hélas que dire à ma pauvre âme,
Qui m’interroge anxieuse :
Ah ! où est mon doux Ami ?

– Chœur :
Où est-il l’ami de ton âme,
O toi la plus belle des femmes ?
Quelle route ont prise ses pas ?
En vain, auprès de toi, je cherche.

37. Récitatif: “Die aber Jesum gegriffen hatten”

Jésus est conduit chez Caïphe (Mt. 26:57-60) ; Caïphe est un grand prêtre du temple de Jérusalem, soucieux de préserver la tranquilité de la région et les bons termes avec les romains en évitant tout soulèvement.

Le Sanhédrin est un petit comité de sages juifs, tribunal pouvant instruire selon la loi juive.

37. Die aber Jesum gegriffen hatten
Rezitativ
– Evangelist :
Die aber Jesum gegriffen hatten, führeten ihn zu dem Hohenpriester Kaiphas, dahin die Schriftgelehrten und Ältesten sich versammlet hatten. Petrus aber folgete ihm ach von ferne bis in den Palast des Hohenpriesters und ging hinein und setzte sich bei den Knechten, auf daß er sähe, wo es hinaus wollte. Die Hohenpriester aber und Ältesten und der ganze Rat suchten falsches Zeugnis wider Jesum, auf daß sie ihn töteten, und fanden keines.
Récitatif
– L’évangéliste :
Alors la foule amena Jésus dans la demeure du chef des prêtres nommé Caïphe. Les scribes s’y étaient assemblés avec les anciens du peuple. Pierre qui de loin avait suivi la foule s’en vint aussi jusque chez Caïphe. Étant entré, parmi les valets il prit place, voulant savoir ce qu’il adviendrait. Les chefs des prêtres avec le Sanhédrin et tous les anciens recherchaient si quelque témoignage pouvait accabler Jésus, sans rien trouver.

38. Choral : “Mir hat die Welt trüglich gericht’”

Ce choral met en musique la 5ème strophe du chant In dich hab ich gehoffet, Herr, écrit par le poète allemand Adam Reusner (1496 - 1582).

38. Mir hat die Welt trüglich gericht’
Choral
Mir hat die Welt trüglich gericht’
Mit Lügen und mit falschem G’dicht,
Viel Netz und heimlich Stricken.
Herr, nimm mein wahr in dieser G’fahr
B’hüt mich vor falschen Tücken.
Choral
Le monde m’a trompé
Par des mensonges et des contes
Il m’a tendu son filet
Seigneur, prends pitié de moi en ce danger,
Protège-moi du mensonge.

39. Récitatif : “Und wiewohl viel falsche Zeugen herzutraten”

Aucun témoignage n’accable Jésus, et deux faux témoins se présentent (Mt. 26:61-63).

39. Und wiewohl viel falsche Zeugen herzutraten
Rezitativ
– Evangelist :
Und wiewohl viel falsche Zeugen herzutraten, fanden sie doch keins. Zuletzt traten herzu zween falsche Zeugen und sprachen :
– Erster und zweiter zuge :
Er hat gesagt : Ich kann den Tempel Gottes abbrechen und in dreien Tagen denselben bauen.
– Evangelist :
Und der Hohepriester stund auf und sprach zu ihm :
– Pontifex :
Antwortest du nichts zu dem, was diese wider dich zeugen ?
– Evangelist :
Aber Jesus schwieg stille.
Récitatif
– L’évangéliste :
Quel que fut le nombre de faux témoignages, ils ne trouvaient rien. Enfin deux faux témoins se présentèrent et dirent :
– Les deux témoins :
Il nous a dit : je puis réduire en cendres le temple et le rebâtir en trois jours jusqu’au faîte.
– L’évangéliste :
Le grand prêtre alors se leva, et dit ceci :
– Le souverain sacrificateur :
Quelle est ta réponse au fait que contre toi l’on invoque ?
– L’évangéliste :
Mais Jésus ne dit mot.

40. Récitatif (ténor): “Mein Jesus schweigt”

L’accompagnement des hautbois illustre la discipline que comme Jésus doivent s’imposer les fidèles dans la souffrance.

40. Mein Jesus schweigt
Rezitativ (Tenor)
Mein Jesus schweigt
Zu falschen Lügen stille,
Um uns damit zu zeigen,
Daß sein erbarmensvoller Wille
Für uns zum Leiden sei geneigt,
Und daß wir in dergleichen Pein
Ihm sollen ähnlich sein
Und in Verfolgung stille schweigen.
Récitatif (ténor)
Jésus se tait
Devant la calomnie :
Lui-même ainsi nous montre,
Dans son amour inépuisable,
Qu’il a souffert sans nul regret ;
Et quand viendra l’adversité,
Semblables au Sauveur,
Souffrons nos peines en silence.

41. Aria (ténor): “Geduld, wenn mich falsche Zungen stechen !”

Pour reprendre les commentaires du musicologue Edmond Lemaître, il est intéressant de constater ici la décomposition de l’accompagnement du continuo en deux thèmes, l’un sous forme de croches symbolisant la “patience” (Geduld) et l’autre (croche pointée - double croche) la souffrance de Jésus.

41. Geduld, wenn mich falsche Zungen stechen !
Aria (Tenor)
Geduld,
Wenn mich falsche Zungen stechen !
Leid ich wider meine Schuld
Schimpf und Spott,
Ei, so mag der liebe Gott
Meines Herzens Unschuld rächen.
Aria (ténor)
Tais-toi, mon coeur,
Si la calomnie se dresse, si son dard te blesse !
Accablé de mille maux, insulté, méprisé,
Bafoué, frappé, soit !
Je sais que mon Sauveur prendra
Soin de ma vengeance.

42. Choral : “Und der Hohepriester antwortete und sprach zu ihm”

Jésus répond qu’il est bien fils de Dieu et re-paraîtra dans toute sa gloire (Mt. 26:63-66) ; la foule demande alors sa mort dans un choeur de turba.

42. Und der Hohepriester antwortete und sprach zu ihm
Rezitativ
– Evangelist :
Und der Hohepriester antwortete und sprach zu ihm :
– Pontifex :
Ich beschwöre dich bei dem lebendigen Gott, daß du uns sagest, ob du seiest Christus, der Sohn Gottes.
– Evangelist :
Jesus sprach zu ihm :
– Jesus :
Du sagest’s. Doch sage ich euch : Von nun an wird ’s geschehen, daß ihr sehen werdet des Menschen Sohn sitzen zur Rechten der Kraft und kommen in den Wolken des Himmels.
– Evangelist :
Da zerriß der Hohepriester seine Kleider und sprach :
– Pontifex :
Er hat Gott gelästert ; was dürfen wir weiter Zeugnis ? Siehe, jetzt habt ihr seine Gotteslästerung gehoret. Was dünket euch ?
– Evangelist :
Sie antworteten und sprachen :
– Chor
Er ist des Todes schuldig !
Récitatif
– L’évangéliste :
Le grand prêtre prit alors la parole et dit ces mots :
– Le souverain sacrificateur :
Cette fois je t’en conjure par l’Eternel et te demande : Es-tu bien Christ, Fils de Dieu ?
– L’évangéliste :
Jésus répondit :
– Jésus :
Lui-même. De plus, écoutez : Bientôt le Fils de l’homme paraîtra dans toute sa gloire assis à la droite de Dieu, venant du ciel.
– L’évangéliste :
Déchirant alors ses vêtements, Caïphe cria :
– Le souverain sacrificateur :
Il a blasphémé, qu’importeraient d’autres preuves ? Voici : chacun a pu entendre son affreux blasphème. Qu’en pensez-vous ?
– L’évangéliste :
Alors tous lui répondirent :
– Chœur :
Pour son forfait qu’il meure !

43. Récitatif: “Da speieten sie aus in sein Angesicht”

Jésus est insulté par les juifs du Sanhédrin, dont la cruauté est soulignée par l’écho que se font les deux chœurs (“Weissage” = “Devine”) (Mt. 26:67-68).

43. Da speieten sie aus in sein Angesicht
Rezitativ
– Evangelist :
Da speieten sie aus in sein Angesicht und schlugen ihn mit Fäusten. Etliche aber schlugen ihn ins Angesicht und sprachen :
– Chor :
Weissage uns, Christe, wer ist’s, der dich schlug ?
Récitatif
– L’évangéliste :
Et tous alors lui crachèrent au visage et le frappèrent. Et quand tombaient sur son visage leurs soufflets, ils disaient :
– Choeur :
Devine, et désigne, qui donc t’a frappé ?

44. Choral : Wer hat dich so geschlagen”

Ce choral reprend le thème du sacrifice du Christ en mettant en musique la 3ème strophe du O Welt, sieh hier dein Leben de Paul Gerhardt (dont la 5ème strophe était utilisée dans le numéro 16 - le choral Ich bin’s, ich sollte büssen).

44. Wer hat dich so geschlagen
Choral
Wer hat dich so geschlagen,
Mein Heil, und dich mit Plagen
So übel zugericht’ ?
Du bist ja nicht ein Sünder
Wie wir und unsre Kinder ;
Von Missetaten weißt du nicht.
Choral
Qui frappe ton visage,
Seigneur, et qui t’outrage
Des plus cruels affronts ?
Agneau de Dieu, victime,
Tu saignes pour nos crimes,
Et tu nous laisses le pardon.

45. Récitatif: “Petrus aber saß draußen im Palast”

Pierre renie Jésus par deux fois lorsqu’il est reconnu disciple de Jésus par les servantes (Mt. 26:69-72).

45. Petrus aber saß draußen im Palast
Rezitativ
– Evangelist :
Petrus aber saß draußen im Palast ; und es trat zu ihm eine Magd und sprach :
–Erste magd :
Und du warest auch mit dem Jesu aus Galiläa.
– Evangelist :
Er leugnete aber vor ihnen allen und sprach :
– Petrus :
Ich weiß nicht, was du sagest.
– Evangelist :
Als er aber zur Tür hinausging, sahe ihn eine andere und sprach zu denen, die da waren :
– Zweite magd :
Dieser war auch mit dem Jesu von Nazareth.
– Evangelist :
Und er leugnete abermal und schwur dazu :
– Petrus :
Ich kenne des Menschen nicht.
– Evangelist :
Und über eine kleine Weile traten hinzu, die da standen, und sprachen zu Petro :
Récitatif
– L’évangéliste :
Pierre, près de la porte était assis, une servante vint à passer et dit :
– La première servante :
Et toi, tu étais avec Jésus de Galilée.
– L’évangéliste :
Alors il nia devant tout le monde, disant :
– Pierre :
Je ne sais ce que tu dis.
– L’évangéliste :
Mais voici qu’il gagnait la porte comme une autre servante entrait et celle-ci dit autour d’elle :
– La deuxième servante :
C’est bien l’un des gens de Jésus de Nazareth.
– L’évangéliste :
Cette fois il nia encore, et fit serment :
– Pierre :
J’ignore qui est cet homme.
– L’évangéliste :
Voici que peu d’instants après, toute une foule approcha, et dit à Pierre :

46. Choeur - Récitatif: “Wahrlich, du bist auch einer von denen”

La foule représentée par un choeur à quatre voix reconnaît alors de nouveau Pierre, qui renie Jésus pour la troisième fois (Mt. 26:73-75), comme annoncé par Jésus lors de la veillée (récitatif au numéro 22). C’est alors que chante le coq.

46. Wahrlich, du bist auch einer von denen
Chor, Rezitativ
– Chor :
Wahrlich, du bist auch einer von denen, denn deine Sprache verrät dich.
– Evangelist :
Da hub er an, sich zu verfluchen und zu schwören :
– Petrus :
Ich kenne des Menschen nicht.
– Evangelist :
Und alsbald krähete der Hahn. Da dachte Petrus an die Worte Jesu, da er zu ihm sagte : Ehe der Hahn krähen wird, wirst du mich dreimal verleugnen. Und ging heraus und weinete bitterlich.
Choeur, récitatif
– Choeur :
Certes, tu es bien l’un de ses hommes. Car ton langage t’accuse.
– L’évangéliste :
Il fit encore de grands serments, et répéta :
– Pierre :
J’ignore qui est cet homme.
– L’évangéliste :
Et aussitôt le coq chanta. Alors il se souvient de ces paroles que Jésus avait dites : avant que le coq chante, trois fois tu m’auras renié. Et il sortit pleurer amèrement.

47. Aria (alto) : “Erbarme dich”

Ce sublime mouvement en si mineur dépeint le désespoir de Pierre ayant renié Jésus. La partie de violon solo exprime les remords de l’apôtre, réalisant ce qu’il vient de faire et la vérité des paroles de Jésus.

47. Erbarme dich
Arie (Alt)
Erbarme dich,
Mein Gott, um meiner Zähren willen !
Schaue hier,
Herz und Auge weint vor dir
Bitterlich.
Aria (alto)
Pitié pour moi, Seigneur,
Je souffre et pleure et prie,
En mon coeur, quelle peine,
Quels tourments.
Pitié pour moi, Seigneur.

48. Choral : “Bin ich gleich von dir gewichen”

Basé sur le texte de la 6ème strophe du Werde munter, mein Gemüte de Johann Rist (1607 - 1667), ce choral illustre la faiblesse du pécheur reniant Jésus.

48. Bin ich gleich von dir gewichen
Choral
Bin ich gleich von dir gewichen,
Stell ich mich doch wieder ein ;
Hat uns doch dein Sohn verglichen
Durch sein Angst und Todespein.
Ich verleugne nicht die Schuld ;
Aber deine Gnad und Huld
Ist viel grögßer als die Sünde,
Die ich stets in mir befinde.
Choral
Tour à tour je te renie
Et reviens d’un coeur confus.
Se peut-il qu’hélas j’oublie
Mes promesses à Jésus !
Je succombe malgré moi,
Si ta grâce en qui j’ai foi
De sa claire et pure flamme
Ne vient ranimer mon âme.


Voici une sélection d’interprétations de la passion selon saint Matthieu, parmi lesquelles se trouve la version Karl Richter en écoute sur ce site :

  1. Version Philippe Herreweghe - Collegium Vocale Gent (avec Andreas School) : comme toujours la version Herreweghe est un enregistrement de grande qualité sonore, dans une version très dynamique
  2. Version Karl Richter : cette version de 1958 est celle qui est en écoute sur le site ; malgré l’âge, la qualité sonore reste très bonne ; cette sublime version annonce la redécouverte romantique des œuvres baroques dans la 2ème moitié du 20ème siècle. A posséder !
  3. Version Herbert von Karajan - Berliner Philharmoniker : une version “controversée” et déroutante mais cependant appréciée de beaucoup ; tempo très lent, sonorités éloignées de la musique baroque, etc.
  4. Version Klemperer : version plus romantique que baroque, mais d’une grandeur fascinante

Le livret de l’œuvre (textes + traduction en français) est disponible en PDF : Livret et traduction de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach (source: Ensemble Orchestral de Paris). Comme toujours, les musiciens trouveront partitions libres de droit (au format PDF) et fichiers MIDI de l’oeuvre en téléchargement sur le site de l’IMSLP (http://www.imslp.org/wiki/St._Matthew_Passion,_BWV_244_(Bach,_Johann_Sebastian)), et surtout sur la Choral Public Domain Library : http://www.cpdl.org/wiki/index.php/Matth%C3%A4uspassion%2C_BWV_244_(Johann_Sebastian_Bach).


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