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Mercredi 12 janvier 2011

Messe en ré majeur op.86 de Dvorák


Nous changeons d’époque pour écouter aujourd’hui une nouvelle œuvre sacrée, composée par le tchèque Antonin Dvorák (1841 - 1904) en 1887, suite à une commande privée.

Antonín Dvořák (1841 - 1904) - Source : Wikipédia

Antonín Dvořák (1841 - 1904) - Source : Wikipédia

Il s’agit de sa Messe en ré majeur opus 86, l’une de ses grandes œuvres sacrées avec le Stabat Mater op.58 et le Requiem op.89.

Cette œuvre possède une structure classique de messe et comporte 6 mouvements :

  • Kyrie
  • Gloria
  • Credo
  • Sanctus
  • Benedictus
  • Agnus Dei

Nous écoutons ici la version initiale pour orgue et chœur (par le Knabenchor Hannover - chœur de garçons de Hanovre) :

Messe en ré op. 86 de Dvorak

Messe en ré op. 86 de Dvorak, par le Knabenchor de Hanovre

Voici une courte présentation de l’œuvre, reprise du site http://www.psallette.ch/Oeuvres/dvorak.html :

Lorsqu’il se lance dans la composition de la Messe en ré majeur, Anton Dvorák répond à une commande privée du mécène Josef Hlávka, architecte, fondateur et président de l’Académie tchèque des sciences et des arts, pour la consécration de la chapelle de son château de Luzany, qui doit avoir lieu le 11 septembre 1887. À cette époque, l’œuvre de Dvorák comporte déjà plusieurs pièces sacrées (dont, notamment, le Stabat Mater et le Psaume 149), mais aucune autre messe ne parviendra jusqu’à nous. Dvorák réalise sa commande en trois semaines, entre mars et avril 1887, et, dans sa lettre de dédicace à Hlávka, la caractérise en ces termes : « Elle pourrait s’appeler Foi, Espérance et Amour du dieu tout-puissant, et action de grâces parce que j’ai pu achever cette œuvre à la gloire de l’Éternel et de l’Art. Ne soyez pas surpris de ma dévotion. Seul un artiste dévot peut engendrer une œuvre de cette sorte. Bach, Beethoven, Raphaël et beaucoup d’autres en sont la preuve. Mais c’est vous-même également que je dois remercier de m’avoir incité à écrire une œuvre de cette forme, car autrement je n’y aurais probablement jamais pensé. Jusqu’à maintenant en effet, toutes mes autres œuvres de ce genre avaient de grandes dimensions et utilisaient de grands moyens. Cette fois-ci, cependant, je me suis servi de moyens réduits, et pourtant j’ose dire que j’ai réussi ».

Si les moyens en sont réduits, c’est qu’à l’origine la Messe est conçue pour chœur mixte et orgue, n’introduisant que de rares moments solistes au fil des six sections qui la composent - Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Benedictus, Agnus dei. Elle illustre cependant parfaitement la synthèse que le compositeur a su opérer entre la musique sacrée et le sentiment populaire tchèque qui l’anime. Cinq ans après la création de la Messe sous la direction du compositeur lui-même, l’éditeur londonien de Dvorák décida d’en proposer la publication, dans une version orchestrale toutefois qui fut créée au Crystal Palace, à Londres, le 11 mars 1893, ouvrant la voie à la diffusion anglo-saxonne de l’œuvre qui s’étendit, en 1894 déjà, à New York, Minneapolis, et la Nouvelle-Orléans.


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Note: 6.1/10 (16 votes)

Jeudi 16 juillet 2009

Suite Holberg pour cordes, op.40 de Grieg


Edvard Grieg par Eilif Peterssen (1891)

Edvard Grieg par Eilif Peterssen (1891)Source: Wikipedia

Après une longue absence, musiquedujour.com va essayer de revenir progressivement a un rythme régulier d’articles, pour continuer de vous faire découvrir ou redécouvrir le meilleur de la musique “savante”.
Pour ce retour, nous quitterons les compositeurs habituels pour écouter une œuvre relativement célèbre d’un compositeur moins courant, avec la Suite Holberg op.40 d’Edvard Grieg.

Edvard Grieg (1843 - 1907) est un compositeur norvégien de la période romantique ; de nos jours, sa célébrité auprès du public français est essentiellement établie grâce à son concerto pour piano (op.16) ainsi qu’à ses suites Peer Gynt (op. 46 et op. 55). Grieg est cependant dans les pays scandinaves un véritable génie, pianiste et compositeur talentueux. Ses œuvres sont particulièrement célèbres en Norvège, et on les considère souvent comme l’identité musicale de son pays, mélange de tradition, folkore musical et romantisme européen de la fin du XIXème siècle (influence allemande).

Né à Bergen en Norvège d’un père diplomate britannique et d’une mère professeur de piano, Berg étudia la musique à Leipzig en Allemagne, puis à Copenhague, et retourna dans son pays natal afin d’y diffuser la musique classique (il fonde à Oslo en 1867 l’Académie norvégienne de musique). Face au peu de succès du début de sa carrière norvégienne, Grieg dut ajouter à la composition un travail de chef d’orchestre, chef de choeur et pianiste ; afin d’atteindre un public plus réceptif à ses compositions, il se lança rapidement dans des tournées dans les capitales européennes, au cours desquelles il rencontra les grands compositeurs de son temps : Wagner, Liszt, Brahms ou encore Tchaïkovski.

L’influence romantique sur sa musique est indéniable, mais elle reste empreinte d’un folklore nordique qu’on ne retrouve ailleurs. Pour beaucoup, Grieg est comparable à Frédéric Chopin pour les pays scandinaves, et on dit souvent que son oeuvre pour piano préfigure celle de Debussy (1862 - 1918).

La Suite Holberg op.40 (de son vrai nom : “Suite op.40 : Du temps de Holberg” - et originellement nommée “Suite dans le style ancien”) a été écrite en 1884 pour la célébration du 200ème anniversaire de la naissance de l’écrivain et dramaturge danois Ludvig Holberg (1684 - 1754), “Molière scandinave” lui aussi originaire de Bergen (alors sous le règne danois). Notons d’emblée que ces dates font de Holberg un contemporain de Jean-Sébastien Bach (1685 - 1750) ; on ne s’étonnera alors pas que le “style ancien” voulu par Grieg nous fasse sans hésitation penser à certaines compositions de Bach. La suite est écrite selon un découpage baroque du XVIIIème siècle en cinq mouvements de danse : prélude, sarabande, gavotte, air et rigaudon. On identifiera facilement dans l’oeuvre des passages rappelant des danses folkloriques (en particulier dans le rigaudon).

Composé à l’origine pour piano, l’arrangement de Grieg pour orchestre de cordes est plus connu de nos jours.

Les musiciens trouveront les partitions de la version piano et de l’arrangement pour orchestre au format PDF et libres de droit sur le site de l’IMSLP : partitions de la suite Holberg op.40 (PDF).


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Note: 8.5/10 (21 votes)

Lundi 26 janvier 2009

Concerto pour violon opus 77 de Brahms


Portrait de Johannes Brahms (source: Wikipedia)

Portrait de Johannes Brahms (source: Wikipedia)

Nous resterons aujourd’hui dans le grand répertoire de musique allemande pour écouter le concerto pour violon op.77 de Johannes Brahms (1833 - 1897), l’un des concertos pour violon les plus célèbres du répertoire de nos jours (avec le 2ème de Mendelssohn, celui de Beethoven ou encore celui de Tchaïkovski).

Johannes Brahms fait partie de cette génération de compositeurs romantiques vouant un culte sans limite à l’œuvre des maîtres allemands que sont Bach, Mozart et Beethoven. Formé dès son plus jeune âge au piano, il se révèle rapidement être un instrumentiste virtuose, si bien que son ami le violoniste Joseph Joachim l’introduit à l’âge de 20 ans auprès de Franz Liszt puis Robert Schumann. Celui-ci, de 23 ans son ainé, aide alors le jeune Johannes en faisant son éloge dans sa revue musicale et en demandant à un éditeur de publier certaines de ses compositions. Au fil des années, Brahms devient alors célèbre en Allemagne puis dans toute l’Europe. Pour l’anecdote, Brahms voue alors un grande admiration à Clara Schumann - célèbre pianiste épouse de Robert Schumann -, admiration qui devient une relation épistolaire puis s’intensifie en une passion peu après l’internement de son mari dans un hôpital psychiatrique en 1854.

Brahms est considéré par certains comme le successeur de Beethoven ; ainsi pour Hans von Bülow, grand chef d’orchestre allemand de la fin du 19ème siècle, sa 1ère symphonie est comme la 10ème de Beethoven. Son œuvre importante ne comporte pas d’opéras, mais est constituée aussi bien de musique vocale qu’orchestrale ou de chambre. On retiendra entre autres :

  • quatre symphonies
  • un concerto pour violon
  • deux concertos pour piano
  • un “double” concerto pour violon et violoncelle
  • les célèbres “danses hongroises” pour orchestre
  • de nombreuses pièces de musique de chambre : sonates en duos, trios, quatuors, quintettes, …
  • de nombreux lieder
  • des œuvres vocales sacrées dans tous les formats, parmi lesquelles le célèbre Requiem Allemand
  • de nombreuses pièces pour piano : sonates, variations, ballades, intermezzi, etc.

L’œuvre de Brahms est restée assez importante dans le répertoire de concert de nos jours ; on joue en particulier son concerto pour violon, son double concerto, ses concertos pour piano, ses symphonies (les 3ème et 4ème en particulier), ou encore le Requiem Allemand.

Le concerto pour violon op.77 a été composé au cours de l’été 1878 pour Joseph Joachim, qui l’a interprété pour la première fois sous la direction de son compositeur en 1879. Demandant une très grande virtuosité, il a été qualifié de “concerto contre le violon” par le chef Hans von Bülow, et la formation de pianiste de Brahms n’y est certainement pas étrangère. A titre informatif, on remarquera que ce concerto est écrit dans la tonalité de ré majeur, comme bon nombre de grands concertos pour violon de toutes les époques (Bach, Mozart, Beethoven, Tchaïkovski, Sibélius, etc.) ; ceci s’explique par le fait que les cordes “à vide” du violon sont les notes SOL - RE - LA -MI, qui trouvent une résonance intéressante en ré majeur ou ré mineur.

Le concerto est composé de trois mouvements selon le schéma classique vif - lent - vif :

  1. Allegro non troppo (avec cadence) : l’orchestre présente les thèmes de l’oeuvre dans une longue exposition, avant qu’intervienne le soliste pour orner ces thèmes de toute sa virtuosité. Notons que la cadence (c’est-à-dire un passage soliste dans lequel l’orchestre ne joue pas) n’est pas écrite pas Brahms, laissant aux interprètes le choix entre différentes versions (Joachim, Kreisler etc.)
  2. Adagio : très beau mouvement initié par le hautbois, puis suivi magnifiquement par le violon solo
  3. Allegro giocoso, ma non troppo vivace - Poco pin presto : mouvement très dynamique et rythmé, sorte de grande “danse hongroise” pour orchestre et violon solo.

Le lecteur ci-dessous présente une version du Philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan, avec Anne-Sophie Mutter au violon.


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Note: 6.9/10 (26 votes)

Dimanche 25 janvier 2009

Symphonie n°3 de Beethoven (Héroïque)


Portrait de Ludwig van Beethoven (source: Wikipedia)

Portrait de Ludwig van Beethoven (source: Wikipedia)

La sélection de musiquedujour.com revient de sa pause hivernale avec l’une des œuvres les plus belles et les plus grandes de l’histoire de la musique : la 3ème symphonie de Ludwig van Beethoven (opus 55, en mi bémol majeur), dite Symphonie Héroïque ou encore Eroica.

Nous aurons l’occasion de revenir sur la vie de son compositeur, aussi n’évoquera-t-on que rapidement sa vie : Ludwig van Beethoven (Bonn 1770 - Vienne 1827) est l’un des compositeurs majeurs de l’Histoire ; on le considère souvent comme le dernier grand compositeur classique viennois (avec Gluck, Haydn et Mozart), mais son œuvre constitue une sorte de transition vers le romantisme musical. Son talent inégalé, son œuvre conséquente, sa volonté hors du commun et sa surdité tardive ont fait de lui un mythe universel célébré par le grand public et adulé par de nombreux de compositeurs romantiques (parmi lesquels Liszt, Berlioz ou encore Brahms). Il y a tant d’œuvres de Beethoven qui sont restées célèbres que nous aurons largement l’occasion de reparler de lui ; citons parmi celles-ci : 32 sonates pour piano, 9 symphonies, 5 concertos pour piano, un concerto pour violon, 16 quatuors à cordes, une grande messe, des opéras etc. Avec Bach et Mozart, Beethoven est probablement le compositeur ayant composé le plus de musiques connues et appréciées du public de nos jours.

La 3ème symphonie, composée entre 1802 et 1804, est une œuvre colossale durant environ 50 minutes (contre 30 minutes maximum pour les symphonies de l’époque). D’un caractère passionné et bercé par les idées d’héroïsme et de liberté, Ludwig van Beethoven voulait composer une musique qui soit le reflet de sentiments révolutionnaires ; avec ses dimensions imposantes, cette musique représenterait un peuple uni et mené par des héros vers le triomphe des nouvelles valeurs comme la liberté ou l’égalité. Beethoven aurait voulu dédier son œuvre à une légende naissante, un jeune général français victorieux en Italie puis en Égypte … s’appelant Napoléon Bonaparte. Ce n’est qu’en 1804, lorsque le 1er consul Bonaparte devient l’empereur des français sous le nom de Napoléon 1er, que Beethoven change le dédicataire de l’œuvre ainsi que son titre en Sinfonia eroica, composta per festeggiare il sovvenire d’un grand’uomo (Symphonie Héroïque, composée en mémoire d’un grand homme). L’Histoire garde que Beethoven aurait rayé d’un coup de plume le titre qu’il envisageait de Symphonie Bonaparte en apprenant le sacre de celui-ci - ce qui signifiait pour lui que Napoléon n’était finalement qu’un homme comme les autres, avide de pouvoir. La France fera la guerre à l’Autriche et occupera même Vienne en 1805 après la capitulation d’Ulm, donnant raison à Beethoven.

Sur le plan musical, cette symphonie transmet à la fois par sa longueur, sa force et son unité les idées d’héroïsme et de révolution recherchés par Beethoven. On retrouve la division en quatre mouvements de l’époque :

  • Allegro con brio : la symphonie commence sur deux célèbres accords, et maintien dans ce premier mouvement un climat assez tendu. A noter l’entrée étonnante du cor à 7 min 36, immédiatement coupée par l’orchestre, mais voulue par Beethoven pour surprendre et réveiller les auditeurs.
  • Marche Funèbre (Allegro assai) : cette “marche funèbre” (ainsi appelée en référence à un genre de musique connotant la Révolution et ses héros) est assez célèbre hors de la symphonie, parfois utilisée lors de cérémonies de commémoration. Le mouvement oppose une longue partie mineure à une partie majeure, et on pourra se concentrer dans la version proposée ci-dessous sur le sublime passage apparaissant vers 7 min 38, dans lequel on se sent comme un spectateur au milieu d’une bataille, retenant son souffle au milieu d’une tension initiée par les cordes et les cors, puis relayée par les flûtes, hautbois et percussions. Ce mouvement est le sommet émotionnel de la symphonie.
  • Scherzo (Allegro vivace) : pulsation rapide et une écriture assez joyeuse ; on remarquera le contraste avec le trio apaisant des cors vers la fin du mouvement
  • Finale (Allegro molto) : le mouvement final commence sur un trait impérieux des cordes, suivi par des pizzicati annonçant le thème ; ce thème est ensuite développé au cours de douze variations. On notera la présence de “danses” ainsi que de passages lents, qui amènent l’orchestre sur le génial presto final.

La version proposée à l’écoute est dirigée par Herbert von Karajan ; nous recommandons ici de prendre le temps d’écouter l’ensemble de l’oeuvre, tant chacun des mouvements parait indispensable à celle-ci :

Les lecteurs décidés à approfondir ce monument de la musique trouveront une mine d’informations en anglais ici.


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Note: 7.4/10 (25 votes)

Samedi 10 janvier 2009

Symphonie Fantastique de Berlioz


Portrait dHector Berlioz (source: Wikipedia)

Portrait d'Hector Berlioz (source: Wikipedia)

Nous parlerons aujourd’hui longuement de la Symphonie Fantastique d’Hector Berlioz, l’un des plus beaux chefs d’œuvre de la musique symphonique française de la période romantique. Au-delà de son intérêt musical, l’histoire autour de la création de l’œuvre illustre bien le caractère passionné des artistes romantiques du 19ème siècle.

Hector Berlioz (1803 - 1869) est l’un des compositeurs romantiques européens les plus célèbres, mais reste paradoxalement plus connu à l’étranger qu’en France. Né dans la région de Grenoble et destiné à des études de médecine, peu importe à Berlioz ce que sa famille veut faire de lui ; sans véritable formation musicale, il s’essaie à la composition et à la flûté dès l’âge de 12 ans, mais ce n’est que peu avant 20 ans, alors à Paris, qu’il fera part à son père de son intention d’abandonner ses études de médecine, pour se consacrer à l’étude de la musique. Fréquentant assidûment l’Opéra de Paris et Conservatoire National de Musique (alors dirigé par le compositeur italien Cherubini), il étudiera en particulier la composition auprès de Jean-François Lesueur, l’un des maîtres français de l’époque ; comme le relatent ses Mémoires, il passera de nombreuses journées à lire des partitions des grands compositeurs allemands comme Beethoven, Weber ou Gluck. De 1824 à 1830, il concourra cinq fois au Prix de Rome, obtenant en 1828 la seconde place et en 1830 la première place tant attendue ; ce prix prestigieux, gagné par nombre de futurs grands compositeurs (parmi lesquels : Gounod, Bizet, Massenet, Debussy, Delibes, Dukas ou encore Ravel), permet à son lauréat de se consacrer à son art pendant 3 ans au sein de l’Académie de France à Rome (hébergée dans la célèbre Villa Medicis), hors de toute contrainte matérielle car logé et nourri. Homme du monde, Berlioz rencontrera également au cours de ces années beaucoup d’artistes européens de son siècle et entretiendra avec certains d’entre eux des relations épistolaires dont on a toujours les traces (Paganini, Liszt, Chopin, Mendelssohn, Wagner, Schumann, Goethe, George Sand, etc.). Il voyagea beaucoup pour diriger ses œuvres à l’étranger ; on retiendra également que Berlioz était un critique musical très actif et a laissé de nombreux écrits, comme ses Mémoires, ou encore des traités résumant ses études méthodiques sur chaque instrument de l’orchestre.

Profondément passionné et vénérant l’œuvre de Shakespeare comme beaucoup d’artistes de son siècle, le jeune Hector Berlioz assistera en 1827 à Paris à des représentations de Hamlet et de Roméo et Juliette, dans lesquelles l’actrice irlandaise Harriet Smithson jouera les rôles d’Ophélie et de Juliette. Berlioz vouera alors une passion intense à l’actrice, lui écrivant sans retour pendant plus d’une année. Le temps et le séjour à la Villa Medicis de Rome lui feront oublier cet épisode, mais il en fera une autobiographie musicale en composant la Symphonie Fantatisque, sous-titrée « Episode de la vie d’un artiste ». La symphonie raconte l’histoire d’un jeune artiste souffrant d’une sensibilité extrême et d’un amour inaccessible, qui sous l’influence de l’opium se projette dans une succession de visions dans lesquelles la femme qu’il aime revient sans cesse sous forme d’une « idée fixe ». Nous reviendrons plus loin sur cette idée fixe en la présentant dans chacun des mouvements. La femme aimée est bien entendu l’évocation d’Harriet Smithson, ce que ne cache pas Berlioz, et derrière ce « jeune artiste » transparaît l’autobiographie de Berlioz ; ainsi lors d’une des premières représentations de la Symphonie Fantastique à Paris en 1832 (la première ayant été en 1830), un éditeur s’arrangera pour y faire assister l’actrice en lui rappelant l’amour que lui vouait le jeune Berlioz et son inspiration pour l’œuvre (notons au passage la présence d’un public illustre pour cette représentation : Paganini, Liszt, Chopin, George Sand, Alfred de Vigny, Théophile Gauthier, Jules Janin, Victor Hugo, Alexandre Dumas père, Heinrich Heine, …). Transportée par cette musique aux sentiments profonds, l’actrice recevra finalement Berlioz quelques jours après le concert et ils se marieront en 1833 (Berlioz aura Liszt pour témoin).

Revenons maintenant aux aspects musicaux de l’œuvre ; la symphonie comporte 5 mouvements, et y est associé un texte qui la définit comme une « symphonie à programme », c’est-à-dire la représentation musicale d’une histoire. Voici le texte présentant la symphonie ainsi que les 5 mouvements en écoute via le lecteur intégré ; pour une écoute brève, nous vous recommandons d’écouter le 2ème mouvement, très accessible et assez connu.

Programme de la symphonie

Un jeune musicien d’une sensibilité maladive et d’une imagination ardente, s’empoisonne avec de l’opium dans un accès de désespoir amoureux. La dose de narcotique, trop faible pour lui donner la mort, le plonge dans un lourd sommeil accompagné des plus étranges visions, pendant lequel ses sensations, ses sentiments, ses souvenirs se traduisent dans son cerveau malade en pensées et en images musicales. La femme aimée elle-même est devenue pour lui une mélodie et comme une idée fixe qu’il retrouve et qu’il entend partout.

Première partie
Rêveries, passions

Il se rappelle d’abord ce malaise de l’âme, ce vague des passions, ces mélancolies, ces joies sans sujet qu’il éprouva avant d’avoir vu celle qu’il aime; puis l’amour volcanique qu’elle lui inspira subitement, ses délirantes angoisses, ses jalouses fureurs, ses retours de tendresse, ses consolations religieuses.

Deuxième partie
Un bal

Il retrouve l’aimée dans un bal au milieu d’une fête brillante.

Troisième partie
Scène aux champs

Un soir d’été à la campagne, il entend deux pâtres qui dialoguent un Ranz des vaches; ce duo pastoral, le lieu de la scène, le léger bruissement des arbres doucement agités par le vent, quelques motifs d’espoir qu’il a conçus depuis peu, tout concourt à rendre à son cœur un calme inaccoutumé, à donner à ses idées une couleur plus riante; mais elle apparaît de nouveau, son cœur se serre, de douloureux pressentiments l’agitent: si elle le trompait… L’un des pâtres reprend sa naïve mélodie, l’autre ne répond plus. Le soleil se couche… bruit éloigné du tonnerre… solitude… silence…

Quatrième partie
Marche au supplice

Il rêve qu’il a tué celle qu’il aimait, qu’il est condamné à mort, conduit au supplice. Le cortège s’avance aux sons d’une marche tantôt sombre et farouche, tantôt brillante et solennelle, dans laquelle un bruit sourd de pas graves succède sans transition aux éclats les plus bruyants. A la fin, l’idée fixe reparaît un instant comme une dernière pensée d’amour interrompue par le coup fatal.

Cinquième partie
Songe d’une nuit du Sabbat

Il se voit au Sabbat, au milieu d’une troupe affreuse d’ombres, de sorciers, de monstres de toute espèce réunis pour ses funérailles. Bruits étranges, gémissements, éclats de rire; cris lointains auxquels d’autres cris semblent répondre. La mélodie-aimée reparaît encore: mais elle a perdu son caractère de noblesse et de timidité; ce n’est plus qu’un air de danse ignoble, trivial et grotesque: c’est elle qui vient au sabbat… Rugissements de joie à son arrivée… Elle se mêle à l’orgie diabolique… Glas funèbre, parodie burlesque du Dies Irae. Ronde du sabbat. La ronde du sabbat et le Dies Irae ensemble.

Nous avons parlé de l’idée fixe qui apparaissait dans les différents mouvement de la Symphonie Fantastique pour symboliser l’apparition de l’aimée dans les pensées du jeune artiste. Vous pouvez essayer au cours d’une écoute attentive d’identifier le thème musical de cette idée fixe et de le retrouver dans les cinq mouvements tout en lisant le programme de l’œuvre ; voici des extraits de ces mouvements dans lesquels il apparaît isolément :

1ère partie :
2ème partie :
3ème partie :
4ème partie :
5ème partie :


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