Le meilleur de la musique classique pour tous, jour après jour

La musique classique du jour


Articles marqués avec le mot-clé ‘choeur’

Jeudi 28 juillet 2011

Brockes-Passion TWV5:1 de Telemann


Chers lecteurs,

Brockes-Passion de Telemann, Harmonia Mundi / René Jacobs

Brockes-Passion de Telemann, Harmonia Mundi / René Jacobs

Après plusieurs articles et une longue écoute de la Passion selon saint-Matthieu BWV 244 de Bach, nous vous proposons ici d’écouter une œuvre similaire, d’un autre grand compositeur baroque allemand : Georg Philipp Telemann. Contemporain de Bach et de Haendel (1681-1767 pour Telemann, 1685-1750 pour Bach, 1685-1759 pour Haendel), il jouissait d’une renommée plus importante de son vivant - ce qui peut nous surprendre tant la redécouverte baroque du XIXè siècle lui a préféré Bach ou Haendel. Telemann a d’ailleurs connu l’un et l’autre des deux grands compositeurs, et était même le parrain du compositeur Carl Philipp Emanuel Bach, fils de J.-S. Bach.

Compositeur parmi les plus productifs de l’Histoire de la musique, il aurait composé plus de 6000 œuvres (dont seulement 3600 seraient répertoriées dans le catalogue TWV), touchant à tous les styles et tous les instruments.

Telemann a en particulier écrit 46 passions, dont seulement 23 nous sont parvenues ; nous avons choisi de proposer l’une d’entre-elles à l’écoute car, au-delà de son esthétique, elle permet de percevoir d’autres aspects de ce type d’œuvres, relativement biaisé par la force des saint-Matthieu BWV 244 et saint-Jean BWV 245 de Bach, œuvres magistrales et archi-connues de la musique occidentale.

L’œuvre d’aujourd’hui est un oratorio de la Passion, c’est-à-dire qu’à la différence des passion-oratorio allemands destinés à la liturgie et s’appuyant essentiellement sur des extraits stricts des évangiles, elle devait être représentée dans une salle de concert, et son livret, entièrement versifié, n’est qu’inspiré des évangiles. Pour Johann Mattheson (autre compositeur contemporain de Bach, Telemann et Haendel, également auteur d’une Brockes-Passion), on peut parler d’« opéra sacrés ».

Par analogie aux traductions des Matthauspassion et Johannespassion en « Passion selon saint-Matthieu » et « Passion selon saint-Jean », les Brockes-Passion sont souvent appelées « Passion selon Brockes ». Barthold Heinrich Brockes (1680-1747) n’est cependant pas un évangéliste ; impliqué dans la vie politique et municipale de Hambourg, c’est en tant que poète qu’il écrivit en 1712 un livret en vers sur la Passion du Christ : Der für die Sünden der Welt gemarterte und sterbende Jesus (Jésus martyrisé et mourant pour le péché du monde). Ce texte eut un grand succès, puisque 11 compositeur allemands l’utilisèrent pour écrire une Brockes-Passion (parmi lesquels Telemann, Haendel, Mattheson, Keiser, etc.).

Telemann composa la sienne en 1716: le texte comme la musique nous font effectivement beaucoup plus penser à un opéra et une mise en scène que les passions de Bach.

On pourra se référer au livret et à sa traduction pendant l’écoute, tous deux proposés sur ce site : http://oratoriosbaroques.fr/Traductions/Brockes_Passion.htm.

(la vidéo intégrée ici n’est que la première partie de l’œuvre, sur 7).

Enfin, Harmonia Mundi et René Jacobs ont effectué en 2009 un très bel enregistrement de cette œuvre, avec comme toujours un livret particulièrement fourni (commentaires, traductions complètes, etc.) et soigneusement préparé.


VN:F [1.0.8_357]
Note: 7.0/10 (14 votes)

Mardi 4 janvier 2011

Das neugeborne Kindelein BuxWV 13, de Buxtehude


Chers amis mélomanes, chers visiteurs, L’équipe de MusiqueDuJour.com se joint à moi pour vous adresser ses meilleurs vœux pour l’année 2011. Voici quelques nouvelles de votre site favori, laissé à l’abandon depuis quelques mois :

Dietrich Buxtehude

Dietrich Buxtehude

  • une première bonne nouvelle : le site Jiwa.fr, utilisé par MusiqueDuJour.com pour le streaming légal des musiques proposées, a connu une mauvaise passe au cours de laquelle le composant d’écoute en ligne ne fonctionnait plus ; le site était en cours de rachat / reprise depuis quelques temps, et voici qu’il va progressivement reprendre son activité. Pour ce qui nous concerne, le composant d’écoute fonctionne de nouveau comme avant ! Souhaitons à l’équipe de Jiwa de réussir dans ce domaine désormais très concurrentiel !
  • une deuxième bonne nouvelle : MusiqueDuJour.com va progressivement reprendre son activité éditoriale, grâce à un format peut-être plus « allégé » qu’auparavant. On privilégiera désormais la régularité des articles à leur longueur. Le site se présentera donc plus comme une plate-forme d’échange et de discussion autour de musiques « classiques », avec des articles très réguliers accompagnés des musiques décrites en écoute intégrale, et de temps en temps des dossiers plus « fournis ». Enfin, le site conservera toujours l’esprit d’ouverture du genre musical « classique » au plus grand monde qui en a motivé la création.
  • et enfin un constat très positif : l’absence de mise à jour éditoriale n’a pas diminué la fréquentation du site !

Nous voudrions remercier les nombreuses personnes nous ayant envoyé des messages de soutien ou d’encouragement pour ce travail. Si vous aimez telle ou telle musique, n’hésitez pas à nous proposer (par email ou dans les commentaires des articles) des sujets d’articles que nous pourrions diffuser ! Et à l’occasion de cette « reprise » de l’activité de MusiqueDuJour.com, nous vous proposons une musique chorale d’un compositeur peu connu du grand public, relativement connu des amateurs de musique, et déjà rencontré sur MusiqueDuJour : Dietrich BUXDEHUDE (1637 - 1707), compositeur allemand de la période baroque. Nous avions présenté il y a plus d’un an en novembre 2009 les Membra Jesu Nostri de Buxtehude ; nous restons toujours dans le répertoire choral et religieux, avec une œuvre de circonstance, car relatant la naissance de Jésus (cantate de la Nativité). Voici donc la cantate sacrée Das neugeborne Kindelein (Le petit enfant nouveau-né), de Dietrich Buxtehude :

Le texte n’est pas de Buxtehude, mais du compositeur et auteur de textes religieux Cyriaque Schneegass (1546 - 1597). Notons que Bach l’utilise également dans la cantate pour la nativité BWV 122.

Outre l’aspect « de saison », pourquoi nous proposons-vous cette musique ? La réponse tient en quelques critères : peu connue du grand public, particulièrement belle, et assez caractéristique d’un genre et d’une époque.

Voici les paroles ici, ainsi qu’une traduction (compilation de différentes sources trouvées ici) :

Das neugeborne Kindelein,
Das herzeliebe Jesulein,
Bringt abermal ein neues Jahr
Der auserwählten Christenschar.

Des freuen sich die Engelein,
Die gerne um und bei uns sein,
[Sie] singen in den Lüften frei,
Daß Gott mit uns versöhnet sei.

Ist Gott versöhnt und unser Freund,
Was [mag] uns tun der arge Feind?
Trotz [Türken, Papst] und Höllen Pfort,
Das Jesulein ist unser Hort!

Es bringt das rechte Jubeljahr,
Was trauern wir dann immerdar?
Frisch auf, [es ist itzt] Singens Zeit!
Das Jesulein wendt alles Leid!

Le petit enfant nouveau-né,
Le petit Jésus cher et adoré,
Apporte encore une fois la nouvelle année
À la légion des chrétiens, ses élus.

Les petits anges se réjouissent de ceci,
Ils sont heureux avec nous et autour de nous,
Ils chantent librement dans les airs,
Puisque Dieu est réconcilié avec nous.

Puisque Dieu nous est réconcilié et qu’il est notre allié,
Que peut nous faire le malin ennemi ?
Bravant le diable et la porte des enfers,
Le petit Jésus est notre crèche.

Voici venir l’année jubilaire,
Que craignons-nous encore ?
Allons ! l’heure est venue de chanter :
Le petit Jésus détourne toutes les souffrances.

Comme souvent, les instrumentistes et choristes trouveront chez Werner Icking les partitions au format PDF : Das Neugeborne Kindelein BuxWV 13 de Buxtehude.


VN:F [1.0.8_357]
Note: 7.7/10 (13 votes)

Mardi 27 avril 2010

Le Chant des Parques, op. 89 de Brahms (Gesang der Parzen)



Johannes Brahms à 20 ans (source : Wikipédia)

Johannes Brahms à 20 ans (source : Wikipédia)

Nous restons aujourd’hui dans les œuvres chorales pour écouter un puissant chœur de Brahms (1833 - 1897) : Le Chant des Parques, op.89 (Der Gesang der Parzen).

Composé en 1882, cette œuvre romantique met en musique un texte de Goethe, tiré de sa tragédie Iphigénie en Tauride (Iphigenie auf Tauris - 1779, réécriture par Goethe de la tragédie d’Euripide).
Dans la mythologie romaine, les Parques sont trois divinités représentées comme des fileuses, et symbolisant le Destin et la Nécessité. Elles vivent dans un palais où le sort des hommes est gravé dans le fer, immuable, et détiennent un fil symbole du cours de la vie qu’elles peuvent dérouler ou trancher. Le lied illustre la terrible opposition entre l’obscur chaos du monde des Hommes, qui attendent leur jugement, et le faste de la puissante Olympe où résident les dieux.
Brahms reprend à merveille la noirceur du texte en doublant les pupitres bas (altos et basses, choeur SAATBB à 6 voix) ; le choeur chante pour l’essentiel en harmonie, avec quelques passages sous la forme de contrepoints ou de réponses. Enfin l’orchestre particulièrement important pour une œuvre de cette durée (11 minutes) lui donne un très fort caractère de puissance, à la manière d’une symphonie chorale.
Der Gesang der Parzen

Es fürchte die Götter
Das Menschengeschlecht!
Sie halten die Herrschaft
In ewigen Händen,
Und können sie brauchen,
Wie’s ihnen gefällt.


Der fürchte sie doppelt
Den je sie erheben!
Auf Klippen und Wolken
Sind Stühle bereitet
Um goldene Tische.


Erhebet ein Zwist sich,
So stürzen die Gäste,
Geschmäht und geschändet
In nächtliche Tiefen,
Und harren vergebens,
Im Finstern gebunden,
Gerechten Gerichtes.


Sie aber, sie bleiben
In ewigen Festen
An goldenen Tischen.
Sie schreiten vom Berge
Zu Bergen hinüber:


Aus Schlünden der Tiefe
Dampft ihnen der Atem
Erstickter Titanen,
Gleich Opfergerüchen,
Ein leichtes Gewölke.


Es wenden die Herrscher
Ihr segnendes Auge
Von ganzen Geschlechtern
Und meiden, im Enkel
Die ehmals geliebten,
Still redenden Züge
Des Ahnherrn zu sehn.


So sangen die Parzen;
Es horcht der Verbannte,
In nächtlichen Höhlen
Der Alte die Lieder,
Denkt Kinder und Enkel
Und schüttelt das Haupt.
Le Chant des Parques

Elle craint les dieux
La race des hommes!
Ils ont le pouvoir
En leurs mains éternelles,
Et peuvent l’utiliser
Comme bon leur semble.


Doublement doit les craindre
Celui qu’ils ont élevé!
Sur les falaises et les nuages,
Les chaises sont prêtes
Autour de tables d’or.


Que s’élève un conflit,
Alors les hôtes sont précipités,
Calomniés et déshonorés,
Dans les profondeurs de la nuit,
Et ils attendent en vain,
Au coeur de l’obscurité,
L’équité du tribunal.


Mais eux, ils restent
A leur éternelle fête
A leurs tables d’or.
Ils marchent là-haut
De montagne en montagne:


Du gouffre des profondeurs
S’élève vers eux l’haleine
Des titans qui suffoquent,
Pareille à l’odeur d’un sacrifice,
Un léger nuage.


Les maîtres détournent
Leurs yeux bénis
De toutes races,
Et évitent de voir dans leur progéniture
Autrefois bien aimée,
Les traits parlants
De leurs aïeux.


Ainsi chantent les Parques;
Le proscrit écoute,
Dans la nuit de sa caverne,
Les chants des anciens,
Pense à ses enfants et petits enfants
Et hoche la tête.

On trouvera comme toujours la partition sur le site de l’IMSLP : http://imslp.org/wiki/Gesang_der_Parzen,_Op.89_(Brahms,_Johannes)


VN:F [1.0.8_357]
Note: 7.8/10 (25 votes)

Vendredi 20 mars 2009

La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 6ème partie - final (62-78)


Pieta de Rogier van der Weyden (1450)

Pieta, de Rogier van der Weyden (1450)

Nous achevons aujourd’hui notre écoute de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Jean-Sébastien Bach, avec cette 6ème et dernière partie qui compte des numéros parmi les plus beaux de l’œuvre (62 à 78). L’épisode mis en musique est celui de la crucifixion et de la mise au tombeau de Jésus.
Cet article fait suite à la 5ème partie (condamnation de Jésus par la foule) ; on pourra également revenir à l’article d’introduction à la Passion selon saint Matthieu.

62. Récitatif : “Da nahmen die Kriegsknechte”

Jésus reçoit la couronne d’épines des soldats (Mt. 27:27-30).

Le choeur de turba “Gegrüßet seist du, Judenkönig !” des soldats moqueurs est un de ces magnifiques double chœur dont l’œuvre est parsemée.

62. Da nahmen die Kriegsknechte
Rezitativ
– Evangelist :
Da nahmen die Kriegsknechte des Landpflegers Jesum zu sich in das Richthaus und sammleten über ihn die ganze Schar und zogen ihn aus und legeten ihm einen Purpurmantel an und flochten eine Dornenkrone und setzten sie auf sein Haupt und ein Rohr un seine rechte Hand und beugeten die Knie vor ihm und spotteten ihn und sprachen :
– Chor :
Gegrüßet seist du, Judenkönig !
– Evangelist :
Und speieten ihn an und nahmen das Rohr und schlugen damit sein Haupt.
Récitatif
– L’évangéliste :
Jésus fut alors amené par les soldats au milieu du prétoire. Ceux-ci s’assemblèrent autour de lui, lui prirent sa robe et d’un manteau de pourpre le revêtirent ; ils enfoncèrent sur sa tête une couronne tressée d’épines, et lui mirent un roseau en main ; puis s’inclinant profondément, ils le raillaient ainsi :
– Chœur :
Ton règne arrive, Roi d’Israël !
– L’évangéliste :
Ils crachaient sur lui, prenaient le roseau et frappaient surtout son visage.

63. Choral: “O Haupt voll Blut und Wunden”

Ce choral emprunte de nouveau les mots de Paul Gerhardt (1656), plus précisemment les deux premières strophes du cantique “O Haupt voll Blut und Wunden”, d’où proviennent également le texte du choral du numéro 21 “Erkenne mich, mein Hüter”. Bach rappelle ici la grandeur du visage de Jésus malgré les outrages qu’il subit.

63. O Haupt voll Blut und Wunden
Choral
O Haupt voll Blut und Wunden,
Voll Schmerz und voller Hohn,
O Haupt, zu Spott gebunden
Mit einer Dornenkron
O Haupt, sonst schön gezieret
Mit höchster Ehr und Zier,
Jetzt aber hoch schimpfieret,
Gegrüßet seist du mir !
Du edles Angesichte,
Vor dem sonst schrickt und scheut
Das große Weltgerichte,
Wie bist du so bespeit ;
Wie bist du so erbleichet !
Wer hat dein Augenlicht,
Dem sonst kein Licht nicht gleichet,
So schändlich zugericht’ ?
Choral
Caché sous leurs souillures,
Blêmi par la douleur
Saignant de tes blessures,
Tu gardes ta splendeur.
Au milieu des outrages,
Plus pur plus radieux,
Tu brilles ô visage,
O face de mon Dieu !
O Toi dont la stature
Fait trembler l’imposteur
Maître de la Nature,
Tu t’offres à ma douleur
Lumière incomparable,
Même aux joyaux des cieux,
O visage admirable,
Qui a éteint tes yeux ?

64. Récitatif: “Und da sie ihn verspottet hatten”

Jésus est conduit par les soldats sur le lieu du supplice (Mt. 27:31-32).

Ils croisent sur le chemin Simon de Cyrène, qui est contraint d’aider Jésus à porter la croix.

Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix (source: Wikipedia)

Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix (source: Wikipedia)

64. Und da sie ihn verspottet hatten
Rezitativ
– Evangelist :
Und da sie ihn verspottet hatten, zogen sie ihm den Mantel aus und zogen ihm seine Kleider an und führeten ihn hin, daß sie ihn kreuzigten. Und indem sie hinausgingen, fanden sie einen Menschen von Kyrene, mit Namen Simon ; den zwangen sie daß er ihm sein Kreuz trug.
Récitatif
L’évangéliste :
Après l’avoir ainsi raillé, ils lui ôtèrent le manteau et mirent sur lui ses vêtements pour l’emmener enfin au lieu du supplice. Et voici que sur la route vint à passer un homme de Cyrène nommé Simon, qu’ils contraignirent à porter la croix .

65. Récitatif (basse): “Ja freilich will in uns das Fleisch und Blut”

Le soliste est ici accompagné de deux flûtes et d’une viole de gambe.

65. Ja freilich will in uns das Fleisch und Blut
Rezitativ (Bass)
Ja freilich will in uns das Fleisch und Blut
Zum Kreuz gezwungen sein ;
Je mehr es unsrer Seele gut,
Je herber geht es ein.
Récitatif (basse)
Oh ! Viens sur mes épaules, sainte croix,
Et mortifie ma chair
Car la céleste joie s’obtient
Par la douleur du corps.

66. Aria (basse): “Komm, süßes Kreuz”

Le soliste basse est accompagné par un motif complexe à la viole de gambe et le continuo. Il symbolise un croyant que la foi rend prêt à affronter les souffrances.

66. Komm, süßes Kreuz
Arie (Bass)
Komm, süßes Kreuz, so will ich sagen,
Mein Jesu, gib es immer her !
Wird mir mein Leiden einst zu schwer,
So hilfst du mir es selber tragen.
Aria (basse)
Viens, douce croix,
Jésus, laisse-moi t’aider
Lorsque ma souffrance me sera trop lourde
Tu m’aideras à la porter.

67. Récitatif: “Und da sie an die Stätte kamen mit Namen Golgatha”

On lui retire ses vêtements puis Jésus est crucifié (Mt. 27:33-40). On retrouve ici la foule railleuse dans un beau double choeur.

Partage des habits de Jésus, peinture de Bernhard Strigel, 1520 (source: Wikipedia)

Partage des habits de Jésus, peinture de Bernhard Strigel, 1520 (source: Wikipedia)

Le Golgotha (ou calvaire) est une colline où les romains crucifiaient les condamnés, à l’extérieur des remparts de Jérusalem. Son nom proviendrait de l’araméen signifiant crâne, soit du fait de la présence d’ossements, soit de la forme du sommet de la colline.

La colline du Golgotha (source: Wikipedia)

La colline du Golgotha (source: Wikipedia)

67. Und da sie an die Stätte kamen mit Namen Golgatha
Rezitativ
– Evangelist :
Und da sie an die Stätte kamen mit Namen Golgatha, das ist verdeutschet Schädelstätt’, gaben sie ihm Essig zu trinken mit Gallen vermischet ; und da er’s schmeckete,
wollte er’s nicht trinken. Da sie ibn aber gekre uziget hatten, teilten sie seine Kleider und warfen das Los darum, auf daß erfüllet würde, das gesagt ist durch den Propheten ; Sie haben meine Kleider unter sich geteilet, und über mein Gewand haben sie das Los geworfen. Und sie saßen allda und hüteten sein. Und oben zu seinem Haupte hefteten sie die Ursach seines Todes beschrieben, nämlich : Dies ist Jesus, der Juden König. Und da wurden zween Mörder mit ihm gekreuziget, einer zur Rechten und einer zur Linken. Die aber vorübergingen, lästerten ihn und schüttelten ihre Köpfe und sprachen :
– Chor :
Der du den Tempel Gottes zerbrichst und bauest ihn in dreien Tagen, hilf dir selber ! Bist du Gottes Sohn, so steig herab vom Kreuz !
– Evangelist :
Desgleichen auch die Hohenpriester spotteten sein, samt den Schriftgelehrten und Ältesten, und sprachen :
– Chor :
Andern hat er geholfen und kann sich selber nicht helfen. Ist er der König Israels, so steige er nun vom Kreuz, so wollen wir ihm glauben. Er hat Gott vertrauet ; der erlöse ihn nun, lüstet’s ihn ; denn er hat gesagt : Ich bin Gottes Sohn.
Récitatif
– L’évangéliste :
Puis étant arrivés au lieu que l’on nomme Golgotha, ce qui veut dire Calvaire, ils lui présentèrent à boire du fiel dans du vinaigre. Jésus l’ayant goûté n’en voulut pas boire. Après qu’ils l’eurent cloué sur la croix, ils firent plusieurs parts des habits, voulant les jouer aux dés : afin que s’accomplisse ce qu’annoncent les Ecritures : Entre eux, de mes habits ils ont fait le partage ; ils ont jeté les dés pour savoir qui aurait ma robe. Ils s’assirent non loin, veillant sur Jésus. Ensuite sur sa tête furent tracés quelques mots pour expliquer son supplice, ainsi : C’est Jésus, le Roi des Juifs. Avec lui deux brigands furent mis en croix, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche. Tous ceux qui passaient par là jetaient quelque injure ; ou bien secouant la tête disaient :
– Choeur :
Toi qui te flattes de démolir et rebâtir le temple en trois journées, qui t’empêche de te sauver, Toi le Fils de Dieu ! Descends de cette croix !
– L’évangéliste :
Les chefs des prêtres, les scribes et les anciens se moquaient aussi de Jesus et disaient :
– Choeur :
Tel dit sauver les autres qui pour lui-même est sans force ! Toi qui te dis Roi d’Israël descends de cette croix ! Et nous voulons te croire puisque Dieu t’envoie, qu’il délivre son Christ, son élu ; car n’as-tu pas dit : Je suis Fils de Dieu !

68. Récitatif: “Desgleichen schmäheten ihn auch die Mörder”

68. Desgleichen schmäheten ihn auch die Mörder
Rezitativ
– Evangelist :
Desgleichen schmäheten ihn auch die Mörder, die mit ihm gekreuziget wurden.
Récitatif
– L’évangéliste :
Jusqu’aux brigands auprès de Lui en croix qui l’accablaient de leurs invectives.

69. Récitatif (alto): “Ach, Golgatha, unsel’ges Golgatha !”

La soliste est accompagnée ici dans sa plainte par deux hautbois de chasse et les échos du continuo.

69. Ach, Golgatha, unsel’ges Golgatha !
Rezitativ (Alt)
Ach, Golgatha, unsel’ges Golgatha !
Der Herr der Herrlichkeit muß schimpflich hier verderben ,
Der Segen und das Heil der Welt
Wird als ein Fluch ans Kreuz gestellt.
Dem Schöpfer Himmels und der Erden
Soll Erd und Luft entzogen werden.
Die Unschuld muß hier schuldig sterben,
Das gehet meiner Seele nah ;
Ach, Golgatha, unsel’ges Golgatha !
Récitatif (alto)
Ah ! Golgotha, funeste Golgotha !
Le Roi des Rois périt ici comme un esclave.
La paix du monde et son salut
Ont pour rançon le sang divin,
Au Créateur de toutes choses,
La terre et l’air sont refusés ;
Le juste meurt pour les coupables :
Mon coeur se brise de douleur.
Ah ! Golgotha, funeste Golgotha !

70. Aria (alto) et choeur: “Sehet, Jesus hat die Hand”

Dans cet aria qui nous ramène à une tonalité plus joyeuse, les croyants sont invités à vivre avec Jésus, sachant que celui-ci est avec eux.

70. Sehet, Jesus hat die Hand
Rezitativ (Alt) mit Chor
Sehet, Jesus hat die Hand
Uns zu fassen ausgespannt.
Kommt – Wohin ? – in Jesu Armen !
Sucht Erlösung, nehmt Erbarmen,
Suchet – Wo ? – in Jesu Armen !
Lebet, sterbet, ruhet hier,
Ihr verlass’nen Küchlein ihr,
Bleibet – Wo ? – in Jesu Armen !
Récitatif (alto) et choeur
Peuple, vois, ô peuple, vois Jésus
Et sa main vers nous tendue.
Viens ! – Où donc ? – Où Jésus t’offre un doux asile,
Appuie ta tête sur sa poitrine,
Viens ! – Où ? – Sur sa poitrine.
Vivre, et puis s’éteindre dans ses bras
Tel doit être ton espoir.
Reste ! – Où ? – Sur sa poitrine.

71. Récitatif: “Und von der sechsten Stunde”

Les dernières paroles de Jésus et sa mort (Mt. 27:45-50).

Jésus prononce ses dernières paroles, à l’intention de Dieu : “Eli, Eli, lama asabthani” (Mein Gott, mein Gott, warum hast du mich verlassen ; Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?). On notera en particulier l’absence - unique dans l’oeuvre - de l’auréole du quatuor à cordes autour de ces paroles du Christ ; le seul continuo étant présent, on peut interprèter ce changement comme l’image de l’abanbon divin.

71. Und von der sechsten Stunde
Rezitativ
– Evangelist :
Und von der sechsten Stunde an ward eine Finsternis über das ganze Land, bis zu der neunten Stunde. Und um die neunte Stunde schriee Jesus laut und sprach :
– Jesus :
Eli, Eli, lama asabthani ?
– Evangelist :
Das ist : Mein Gott, mein Gott, warum hast du mich verlassen ? Etliche aber, die da standen, da sie das höreten, sprachen sie :
– Chor :
Der rufet den Elias.
– Evangelist :
Und bald lief einer unter ihnen, nahm einen Schwamm und füllete ihn mit Essig und steckete ihn auf ein Rohr und tränkete ihn. Die andern aber sprachen :
– Chor :
Halt ! laß sehen, ob Elias komme und ihm helfe ?
– Evangelist :
Aber Jesus schriee abermal laut und verschied.
Récitatif
– L’évangéliste :
Et, vers la sixième heure, l’obscurité se fit dans l’univers entier jusqu’à la neuvième heure. Et, vers la neuvième heure, Jésus poussa ce cri :
– Jésus :
Eli, Eli, lama sabachthani ?
– L’évangéliste :
C’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Or tous les gens qui l’entouraient, en entendant ces mots, se disaient :
– Choeur :
Sa voix appelle Eli.
– L’évangéliste :
Et l’un d’entre eux courut sur l’heure, prit une éponge, et l’ayant remplie de vinaigre, il la fixa à un roseau et la lui tendit. Et tous alors disaient :
– Choeur :
Non, non, arrête, voyons si Eli vient et le sauve !
– L’évangéliste :
De nouveau Jésus poussa un grand cri et mourut.

72. Choral: “Wenn ich einmal soll scheiden”

On retrouve de nouveau dans ce choral un texte emprunté au O Haupt voll Blut und Wunden de Paul Gerhardt, ici la 9ème strophe. Comme pour les autres chorals, la mélodie est de Hans Leo Hassler.

72. Wenn ich einmal soll scheiden
Choral
Wenn ich einmal soll scheiden,
So scheide nicht von mir,
Wenn ich den Tod soll leiden,
So tritt du dann herfür !
Wenn mir am allerbängsten
Wird um das Herze sein,
So reiß mich aus den Ängsten
Kraft deiner Angst und Pein !
Choral
Quand sonnera notre heure,
Ne nous délaisse pas !
Console ceux qui pleurent,
Adoucis leur trépas !
Par toute ta détresse,
Par ta mort sur la croix
Soutiens dans leur faiblesse
Les coeurs tremblant d’effroi !

73. Récitatif: “Und siehe da, der Vorhang im Tempel zerriß”

Les éléments se déchainent suite à la mort de Jésus ; les protagonistes comprennent leur “erreur” et réalise que Jésus était bien le Messie ; Joseph d’Arimathie demande le corps du Christ (Mt. 27:50-58).

On trouve au milieu du récitatif de l’évangéliste un court choeur - de 15 secondes à 1 minute selon l’interprétation -, discret mais chargé de signification dans le drame qui est relaté et dans le message que transporte l’oratorio aux croyants et au public en général. C’est seulement à ce moment de l’histoire de la Passion que les protagonistes comprennent ce qui vient d’arriver sous leurs yeux, que la vérité leur apparaît, et qu’alors la foi devient comme une évidence pour eux ; musicalement, on passe alors d’un choeur de la foule spontané ou d’un double choeur railleur à un choeur uni, puissant, sublime et contemplatif sur les paroles “Wahrlich, dieser ist Gottes Sohn gewesen” (En vérité, c’était bien le Fils de Dieu).

Pour plusieurs spécialistes, ces deux mesures prises isolément font partie des plus belles jamais composées pour un choeur.

Nous vous proposons ci-dessous plusieurs versions à l’écoute, dans lesquelles le choeur survient après la premiere partie du récitatif.

73. Und siehe da, der Vorhang im Tempel zerriß
Rezitativ
– Evangelist :
Und siehe da, der Vorhang im Tempel zerriß in zwei Stück von oben an bis unten aus. Und die Erde erbebete, und die Felsen zerrissen, und die Gräber taten sich auf, und stunden auf viel Leiber der Heiligen, die da schliefen, und gingen aus den Gräbem nach seiner Auferstehung und kamen in die heilige Stadt und erschienen vielen. Aber der Hauptmann und die bei ihm waren und bewahreten Jesum, da sie sahen das Erdbeben und was da geschah, erschraken sie sehr und sprachen :

– Chor :
Wahrlich, dieser ist Gottes Sohn gewesen.

– Evangelist :
Und es waren viel Weiber da, die von ferne zusahen, die da waren nachgefolget aus Galiläa und hatten ihm gedienet, unter welchen war Maria Magdalena und Maria, die Mutter Jakobi und Joses, und die Mutter der Kinder Zebedäi. Am Abend aber kam ein reicher Mann von Arimathia, der hieß Joseph, welcher auch ein Jünger Jesu war,
der ging zu Pilato und bat ihn um den Leichnam Jesu. Da befahl Pilatus, man sollte ihm ihn geben.

Récitatif
– L’évangéliste :
On vit alors la voile du temple se déchirer en deux depuis le haut jusqu’en bas. Et la terre se mit à trembler, les rochers se fendirent, les sépulcres furent ouverts, des saints ressuscitèrent en ce moment de leur tombe ; ils la quittèrent quand Jésus fut ressuscité, et dans Jérusalem ils allèrent et beaucoup les virent. Mais tous les gardes et les centenier qui veillaient avec eux, en voyant sur la terre arriver tous ces prodiges, saisis de frayeur, dirent :

– Choeur :
Oui, cet homme était le Fils de Dieu, du Dieu vivant.

– L’évangéliste :
Plusieurs femmes se trouvaient là, qui de loin regardaient, et qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée en l’entourant de soins, parmi elles étaient Marie-Madeleine, et Marie, la mère de Joseph et de Jacques, et la mère des fils de Zébédée. Le soir, arriva un homme riche d’Arimathée nommé Joseph, lui aussi disciple de Jésus. Il vint vers Pilate et demanda le corps de Jésus, qui lui fut remis sur l’ordre de Pilate.

74. Récitatif (basse): “Am Abend, da es kühle war”

Ce récitatif très calme est à l’image de la “paix conclue avec le ciel” dont il est question, suite au rachat des péchés humains par Jésus.

74. Am Abend, da es kühle war
Rezitativ (Bass)
Am Abend, da es kühle war,
Ward Adams Fallen offenbar ;
Am Abend drücket ihn der Heiland nieder.
Am Abend kam die Taube wieder
Und trug ein Ölblatt in dem Munde.
O schöne Zeit ! O Abendstunde !
Der Friedensschluß ist nun mit Gott gemacht,
Denn Jesus hat sein Kreuz vollbracht.
Sein Leichnam kommt zur Ruh,
Ach, liebe Seele, bitte du,
Geh, lasse dir den toten Jesum schenken,
O heilsames, o köstlich’s Angedenken !
Récitatif (basse)
Quand la fraîcheur du soir tombait,
Adam commit le grand péché :
Le soir aussi fut expiée la faute.
C’est vers le soir que la colombe,
Vint apporter le vert rameau.
O doux moment ! Heure ineffable !
Voici la paix conclue avec le ciel,
Scellée par Jésus sur la croix,
Son corps repose enfin.
Ah ! dans mon âme, ô Seigneur,
Viens ! je réclame aussi le corps du Maître :
Trésor sans prix, d’amour sublime gage !

75. Aria (basse): “Mache dich, mein Herze, rein”

Dans cet aria, les violons doublés par un cor anglais accompagnent le soliste.

75. Mache dich, mein Herze, rein
Arie (Bass)
Mache dich, mein Herze, rein,
Ich will Jesum selbst begraben.
Denn er soll nunmehr in mir
Für und für
Seine süße Ruhe haben.
Welt, geh aus, laß Jesum ein !
Aria (basse)
Pare-toi, mon coeur, pour lui ;
Tu vas être le sépulcre où Jésus dort et repose,
Car c’est en toi désormais,
C’est en toi qu’il veut faire sa demeure ;
Monde, adieu, descends en moi,
O Jésus, descends en moi !

76. Récitatif: “Und Joseph nahm den Leib”

La mise au tombeau du Christ par Joseph d’Arimathie (Mt. 27:59-66).

Dans un superbe choeur (double sur “Herr, wir haben gedacht” puis simple à partir de la fugue sur “Ich will nach dreien Tagen”), les grands prêtres et les pharisiens demandent à Pilate que l’on scelle le tombeau afin d’éviter que les disciples de Jésus n’enlèvent son corps pour faire croire à la résurrection.

76. Und Joseph nahm den Leib
Rezitativ
– Evangelist :
Und Joseph nahm den Leib und wickelte ihn in ein rein Leinwand und legte ihn in sein eigen neu Grab, welches er hatte lassen in einen Fels hauen, und wälzete einen großen Stein vor die Tür des Grabes und ging davon. Es war aber allda Maria Magdalena und die andere Maria, die setzten sich gegen das Grab. Des andern Tages, der da folget nach dem Rüsttage, kamen die Hohenpriester und Pharisäer sämtlich zu Pilato und sprachen :
– Chor :
Herr, wir haben gedacht, daß dieser Verführer sprach, da er noch lebete : Ich will nach dreien Tagen wieder auferstehen. Darum befiebl, daß man das Grab verwahre bis an den dritten Tag, auf daß nicht seine Jünger kommen und stehlen ihn und sagen zu dem Volk : Er ist auferstanden von den Toten, und werde der letzte Betrug ärger, denn der erste.
– Evangelist :
Pilatus sprach zu ihnen :
– Pilatus :
Da habt ihr die Hüter ; gehet hin und verwahret’s, wie ihr’s wisset.
– Evangelist :
Sie gingen hin und verwahreten das Grab mit Hütern und versiegelten den Stein.
Récitatif
– L’évangéliste :
Et Joseph prit le corps et l’enveloppa d’un linceul blanc, puis il le mit dans un tombeau neuf qu’il s’était fait tailler pour lui-même dans le roc ; ensuite, il roula devant l’entrée une grosse pierre, et s’en alla. Mais toujours étaient là Marie-Madeleine avec l’autre Marie, assises auprès du tombeau. Le jour d’après, qui suivait la préparation, les chefs des prêtres vinrent avec les Pharisiens devant Pilate, et dirent :
– Choeur :
Tous ici savent bien que lui, l’imposteur, a dit pendant sa vie : Dès le troisième jour, je ressusciterai. Ordonne donc qu’on garde le sépulcre jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples n’enlèvent son corps, et viennent dire alors : Seul le Christ a pu briser sa tombe, voilà qui serait fausseté pire que les autres !
– L’évangéliste :
Pilate répondit :
– Pilate :
Des gardes sont là : allez donc les placer comme il vous plaît.
– L’évangéliste :
lls s’en allèrent entourer le tombeau de gardes ; et la pierre en fut scellée.

77. Récitatif (solistes) et choeur: “Nun ist der Herr zur Ruh gebracht”

77. Nun ist der Herr zur Ruh gebracht
Rezitativ (Soli) mit Chor
– Bass :
Nun ist der Herr zur Ruh gebracht.
– Chor :
Mein Jesu, gute Nacht !
– Tenor :
Die Müh ist aus, die unsre Sünden ihm gemacht.
– Chor :
Mein Jesu, gute Nacht !
– Alt:
O selige Gebeine,
Seht, wie ich euch mit Buß und Reu beweine,
Daß euch mein Fall in solche Not gebracht !
– Chor :
Mein Jesu, gute Nacht !
– Sopran :
Habt lebenslang
Vor euer Leiden tausend Dank,
Daß ihr mein Seelenheil so wert geacht’.
– Chor :
Mein Jesu, gute Nacht !
Récitatif (solistes) et choeur
– Basse :
Voici le Maître enseveli.
– Choeur :
Mon Jésus, dors en paix !
– Ténor :
La coupe amère, il l’a vidée jusqu’à la lie.
– Choeur :
Mon Jésus, dors en paix !
– Alto :
Dépouilles bien-aimées,
Ah ! devant vous je pleure et me repens
Pour le mal causé par mes péchés !
– Choeur :
Mon Jésus, dors en paix !
– Soprano
Soyez bénis
Pour vos souffrances chaque jour,
O vous dont les tourments nous ont sauvés !
– Choeur :
Mon Jésus, dors en paix !

78. Choeur final: “Wir setzen uns mit Tränen nieder”

Le célèbre et bouleversant choeur final de la Passion selon saint Matthieu.

Malgré son titre “En larmes, nous nous asseyons” et sa tonalité (ut mineur), il faut noter le message explicite de ce choeur conclusif, qui met en avant le repos et le calme céleste par rapport à la douleur terrestre de la mort.

Notons pour les passionnés que l’on retrouve le thème de ce choeur final dans la suite BWV 997 pour luth (et en particulier explicitement dès le début de la sarabande).

78. Wir setzen uns mit Tränen nieder
Chor
Wir setzen uns mit Tränen nieder
Und rufen dir im Grabe zu :
Ruhe sanfte, sanfte ruh !
Ruht, ihr ausgesognen Glieder !
Euer Grab und Leichenstein
Soll dem ängstlichen Gewissen
Ein bequemes Ruhekissen
Und der Seden Ruhstatt sein.
Höchst vergnügt schlummern
da die Augen ein.
Choeur
Christ bien-aimé, nos larmes coulent,
Entends l’adieu jailli du coeur :
Dans la tombe, dors en paix !
Corps sanglant, couvert d’outrages,
Sur ta tombe l’âme lasse et désolée accourra
Chercher un calme et solitaire abri.
O sommeil souriant, viens fermer mes yeux !
Christ bien-aimé, nos larmes coulent,
Entends l’adieu jailli du coeur :
Dans la tombe, dors en paix !

Voici une sélection d’interprétations de la passion selon saint Matthieu, parmi lesquelles se trouve la version Karl Richter en écoute sur ce site :

  1. Version Philippe Herreweghe - Collegium Vocale Gent (avec Andreas School) : comme toujours la version Herreweghe est un enregistrement de grande qualité sonore, dans une version très dynamique
  2. Version Karl Richter : cette version de 1958 est celle qui est en écoute sur le site ; malgré l’âge, la qualité sonore reste très bonne ; cette sublime version annonce la redécouverte romantique des œuvres baroques dans la 2ème moitié du 20ème siècle. A posséder !
  3. Version Herbert von Karajan - Berliner Philharmoniker : une version “controversée” et déroutante mais cependant appréciée de beaucoup ; tempo très lent, sonorités éloignées de la musique baroque, etc.
  4. Version Klemperer : version plus romantique que baroque, mais d’une grandeur fascinante

Le livret de l’œuvre (textes + traduction en français) est disponible en PDF : Livret et traduction de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach (source: Ensemble Orchestral de Paris). Comme toujours, les musiciens trouveront partitions libres de droit (au format PDF) et fichiers MIDI de l’oeuvre en téléchargement sur le site de l’IMSLP (http://www.imslp.org/wiki/St._Matthew_Passion,_BWV_244_(Bach,_Johann_Sebastian)), et surtout sur la Choral Public Domain Library : http://www.cpdl.org/wiki/index.php/Matth%C3%A4uspassion%2C_BWV_244_(Johann_Sebastian_Bach).


VN:F [1.0.8_357]
Note: 8.3/10 (23 votes)

Mardi 17 mars 2009

La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 5ème partie (49-61)


Pilate présentant Jésus à la foule 'Ecce Homo' (Voici l'Homme) par Antonio Ciseri (1821-91)

Pilate présentant Jésus à la foule

Nous approchons de la fin de l’écoute de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Jean-Sébastien Bach ; l’article d’aujourd’hui porte sur les numéros 49 à 61, qui relatent la condamnation de Jésus par le peuple juif. On pourra revenir à la partie précédente (”L’interrogatoire”), ou encore à l’article d’accueil pour la Passion selon saint Matthieu.

49. Récitatif : “Des Morgens aber hielten alle Hohenpriester”

Judas a des remords d’avoir livré Jésus (Mt. 27:1-4).
Ceux qui avaient donné de l’argent à Judas pour qu’il leur livre Jésus refusent qu’il les leur rende et le renvoient dans un double choeur de turba.

49. Des Morgens aber hielten alle Hohenpriester
Rezitativ
– Evangelist :
Des Morgens aber hielten alle Hohenpriester und die Ältesten des Volks dnen Rat über Jesum, daß sie ihn töteten. Und banden ihn, führeten ihn hin und überantworteten ihn dem Landpfleger Pontio Pilato. Da das sahe Judas, der ihn verraten hatte, daß er verdammt war zum Tode, gereuete es ihn und brachte herwieder die dreißig Silberlinge den Hohenpriestern und Ältesten und sprach :
– Judas :
Ich habe übel getan, daß ich unschuldig Blut verraten habe.
– Evangelist :
Sie sprachen :
– Chor
Was gehet uns das an ? Da siehe du zu !
Récitatif
– L’évangéliste :
Le matin même les anciens du peuple avec les chefs des prêtres au sujet de Jésus s’assemblèrent afin de le perdre. L’ayant lié, on le fit sortir pour être remis au gouverneur dont le nom était Ponce Pilate. Judas vit alors, lui qui livra son Maître, que tous voulaient son supplice. Saisi d’un grand remords, il vint pour remettre les trente pièces d’argent à ceux dont il les tenait, et dit :
– Judas :
J’ai mal agi devant Dieu, car j’ai livré le sang de l’innocent.
– L’évangéliste :
Ils dirent :
– Chœur :
Que nous importe à nous ? C’est ton affaire.

50. Récitatif : “Und er warf die Silberlinge in den Tempel”

Judas se pend, et les prêtres - deux chœurs de basse - refusent de conserver le “prix du sang” dans le temple (Mt. 27:5-6).

50. Und er warf die Silberlinge in den Tempel
Rezitativ
– Evangelist :
Und er warf die Silberlinge in den Tempel, hub sich davon, ging hin und erhängete sich selbst. Aber die Hohenpriester nahmen die Silberlinge und sprachen :
– Pontifices :
Es taugt nicht, daß wir sie in den Gotteskasten legen, denn es ist Blutgeld.
Récitatif
– L’évangéliste :
Il jeta alors les pièces dans le temple, et se levant, sortit, et sur l’heure se pendit. Alors les chefs des prêtres prirent les trente pièces et dirent :
– Les souverains sacrificateurs :
Défense, défense est faite de laisser dans le trésor du temple le prix du sang.

51. Aria (basse) : “Gebt mir meinen Jesum wieder !”

Comme dans le numéro 47 (Erbarme dich, mein Gott), un violon solo se détache du quatuor à cordes pour répondre à l’air dynamique de la basse.

51. Gebt mir meinen Jesum wieder !
Arie (Bass)
Gebt mir meinen Jesum wieder !
Seht, das Geld, den Mörderlohn,
Wirft euch der verlorne Sohn
Zu den Füßen nieder !
Aria (basse)
Rendez-moi mon Roi, mon Maître,
Cet argent, ce prix du sang
Nul n’en veut, il fait horreur,
A vos pieds il reste.

52. Récitatif : “Sie hielten aber einen Rat”

Un champ est acheté avec ” l’argent du sang “, puis Pilate interroge Jésus (Mt. 27:7-14).

Ce “champ du sang” maintenant appelé Akeldama en araméen, était un lieu dont la terre servait aux potiers, puis qui fut utilisé comme cimetière pour les non-juifs.

L’histoire diffère selon les sources : alors que d’après saint Matthieu le champ aurait été acheté après la mort de Judas, les Actes des Apôtres relatent que Judas aurait acheté le champ avec “le salaire de la trahison”, et qu’il aurait alors reçu une punition divine (”Or, celui-ci avait acquis un champ avec le salaire de la trahison ; il tomba la tête la première, son ventre éclata, et toutes ses entrailles se répandirent”).

Akeldama (source: Wikipedia)

Akeldama (source: Wikipedia)

52. Sie hielten aber einen Rat
Rezitativ
– Evangelist :
Sie hielten aber einen Rat und kauften einen Töpfersacker darum zum Begräbnis der Pilger. Daher ist derselbige Acker genennet der Blutacker bis auf den heutigen Tag. Da ist erfüllet, das gesagt ist durch den Propheten Jeremias, da er spricht : Sie haben genommen dreißig Silberlinge, damit bezahlet ward der Verkaufte, welchen sie kauften von den Kindern Israel, und haben sie gegeben um einen Töpfersakker, als mir der Herr befohlen hat. Jesus aber stand vor dem Landpfleger ; und der
Landpfleger fragte ihn und sprach :
– Pilatus :
Bist du der Juden König ?
– Evangelist :
Jesus aber sprach zu ihm :
– Jesus :
Du sagest’s.
– Evangelist :
Und da er verklagt ward von den Hohenpriestern und Ältesten, anr vorteu er nichts. Da sprach Pilatus zu ihm :
– Pilatus :
Hörest du nicht, wie hart sie dich verklagen ?
– Evangelist :
Und er antwortete ihm nicht auf ein Wort, also, daß sich auch der Landpfleger sehr verwunderte.
Récitatif
– L’évangéliste :
Ils décidèrent en conseil d’en acheter le champ d’un potier pour qu’y soient enterrés les étrangers. Et c’est depuis lors que ce champ prit le nom de “champ du sang” qu’il garde encore maintenant. Ainsi arriva ce qu’avait prédit le prophète Jérémie, quand il dit : ils sont allés prendre trente pièces d’argent, prix du marché conclu pour celui qui fut vendu par les enfants d’Israël ; et ils les ont données pour payer le champ d’un potier, ainsi que Dieu me l’inspira. Mais Jésus était devant Pilate, et Pilate, l’interrogeant, lui dit :
– Pilate :
Es-tu le Roi des Juifs ?
– L’évangéliste :
Mais il leur dit ces paroles :
– Jésus :
Tu dis vrai.
– L’évangéliste :
Aux faux témoignages que les chefs des prêtres dressaient contre lui, il ne répondait rien. Alors Pilate lui dit :
– Pilate :
N’entends-tu pas de quels faits l’on te charge ?
– L’évangéliste :
Il resta de nouveau sans dire un seul mot, si bien qu’un grand étonnement saisit Pilate.

53. Choral: “Befiehl du deine Wege”

Une fois de plus, Bach utilise la première strophe d’un cantique de Paul Gerhardt (1607 - 1676).

Le commentaire porte ici sur le silence de Jésus face à Ponce Pilate.

53. Befiehl du deine Wege
Choral
Befiehl du deine Wege
Und was dein Herze kränkt
Der allertreusten Pflege
Des, der den Himmel lenkt.
Der Wolken, Luft und Winden
Gibt Wege, Lauf und Bahn,
Der wird luch Wege finden
Da dein Fuß gehen kann.
Choral
Tu gardes le silence,
O pauvre coeur blessé !
Ton pas tranquille avance
Par où tu dois passer.
Celui qui sur la terre
Et dans les cieux est Roi
Touché de ta misère
Va-t-il fléchir sa loi ?

54. Récitatif : “Auf das Fest aber hatte der Landpfleger Gewohnheit”

Pilate présente Jésus à la foule ; selon la coutume, le gouverneur propose à l’occasion de la fête de la Paque au peuple de choisir un condamné qui sera libéré ; sont soumis au jugement populaire Jésus et le criminel Barrabas. Le peuple demande de libérer Barrabas (Mt. 27:15-22).

Notons l’intervention énigmatique de la femme de Pilate : il s’agit du seul endroit dans l’évangile de Matthieu où l’on parle d’elle, et cet épisode n’est pas même évoqué dans les autres évangiles canoniques. Certains évangiles apocryphes en parlent cependant : elle s’appelerait Claudia Procula, serait originaire de Narbonne et aurait été convertie en secret au christianisme. Elle aurait ainsi aidé Joseph d’Arimathie à récupérer le corps de Jésus de la croix. Les historiens paraissent s’accorder sur son existence et la véracité de ces élements. Claudia Procula est par ailleurs une sainte pour l’Église orthodoxe.

Le rêve de la femme de Pilate, gravure d'Alphonse François, 1879 (source: Wikipedia)

Le rêve de la femme de Pilate, gravure d'Alphonse François, 1879 (source: Wikipedia)

D’autre part, notons bien la “célèbre” scène dans laquelle Pilate présente Jésus à la foule. On nomme cet épisode “Ecce Homo” (Voici l’Homme), en référence aux paroles de Pilate. Nombreuses sont les représentations de cette scène ; on regardera par exemple (souce: WikiCommons) :

54. Auf das Fest aber hatte der Landpfleger Gewohnheit
Rezitativ
– Evangelist :
Auf das Fest aber hatte der Landpfleger Gewohnheit, dem Volk einen Gefangenen loszugeben, welchen sie wollten. Er hatte aber zu der Zeit einen Gefangenen, einen sonderlichen vor andern, der hieß Barrabas. Und da sie versammlet waren, sprach Pilatus zu ihnen :
– Pilatus :
Welchen wollet ihr, daß ich euch losgebe ? Barrabam oder Jesum, von dem gesaget wird, er sei Christus ?
– Evangelist :
Denn er wußte wohl, daß sie ihn aus Neid überantwortet hatten. Und da er auf dem Richtstuhl saß, schickete sein Weib zu ihm und ließ ihm sagen :
– Pilati Weib :
Habe du nichts zu schaffen mit diesem Gerechten ; ich habe heute viel erlitten im Traum von seinetwegen !
– Evangelist :
Aber die Hohenpriester und die Ältesten überredeten das Volk daß sie um Barrabas bitten sollten und Jesum umbrächten. Da antwonete nun der Landpfleger und sprach zu ihnen :
– Pilatus :
Welchen wollt ihr unter diesen zweien, den ich euch soll losgeben ?
– Evangelist :
Sie sprachen :
– Chor :
Barrabam !
– Evangelist :
Pilatus sprach zu ihnen :
– Pilatus :
Was soll ich denn machen mit Jesu von dem gesagt wird er sei Christus ?
– Evangelist :
Sie sprachen alle :
– Chor :
Laß ihn kreuzigen !
Récitatif
– L’évangéliste :
Pour la fête, le gouverneur avait l’habitude d’accorder à la foule la vie d’un prisonnier à son gré. Il y avait en ce temps, au nombre des prisonniers, un bandit fameux entre tous, du nom de Barabbas. Pilate, parlant au peuple, dit alors ces paroles :
– Pilate :
Dites-moi lequel des deux je délivre : Barabbas ou bien Jésus, celui qui prétend être le Christ.
– L’évangéliste :
Il n’ignorait pas que par pure envie, les Juifs l’accusaient. Comme il était au tribunal, sa femme lui fit
dire :
– La femme de Pilate :
Reste en dehors de tout ce qu’ils font à ce juste : je suis toute en émoi d’un songe récent qui le concerne.
– L’évangéliste :
Mais les anciens et les prêtres ayant harangué le peuple surent en obtenir qu’il réclamât la vie de Barabbas et la mort de Jésus. Quand pour la seconde fois Pilate leur demanda :
– Pilate :
Désignez lequel de ces deux hommes il faut que je délivre ?
– L’évangéliste :
Ils dirent :
– Choeur :
Barabbas !
– L’évangéliste :
Pilate alors leur dit :
– Pilate :
Que dois-je donc faire de Jésus qui se prétend le fils de Dieu ?
– L’évangéliste :
Ils répondirent :
– Choeur :
Sur la croix qu’il meure !

55. Choral: “Wie wunderbarlich ist doch diese Strafe !”

Bach appuie sa réflexion sur la 4ème strophe du lied “Herzliebster Jesu” de Johann Hermann (1585 - 1647), d’où proviennent également le choral du numéro 3 (1ère strophe: Herzliebster Jesu) ainsi que le choral du numéro 25 (3ème strophe: Was ist die Ursach solcher Plagen ?).

55. Wie wunderbarlich ist doch diese Strafe !
Choral
Wie wunderbarlich ist doch diese Strafe !
Der gute Hine leidet für die Schafe
Die Schuld bezahlt der Herre, der Gerechte
Für seine Knechte.
Choral
Mystère insigne, douloureuse joie !
Le bon Pasteur du loup devient la proie !
Et l’offensé souffre avec patience
Et paie l’offense.

56. Rezitativ: “Der Landpfleger sagte”

Pilate s’interroge sur le crime commis par Jésus (Mt. 27:23).

56. Der Landpfleger sagte
Rezitativ
– Evangelist :
Der Landpfleger sagte :
– Pilatus :
Was hat er denn Übels getan ?
Récitatif
– L’évangéliste :
Pilate dit ensuite :
– Pilate :
Quel est donc le mal qu’il a fait ?

57. Récitatif (soprano) : “Er hat uns allen wohlgetan”

Arioso de soprano accompagné par deux hautbois de chasse.

57. Er hat uns allen wohlgetan
Rezitativ (sopran)
Er hat uns allen wohlgetan,
Den Blinden gab er das Gesicht,
Die Lahmen macht er gehend,
Er sagt uns seines Vaters Wort,
Er trieb die Teufel fort,
Betrübte hat er aufgericht’,
Er nahm die Sünder auf und an.
Sonst hat mein Jesus nichts getan.
Récitatif (soprano)
Il nous a fait le bien à tous.
Aux aveugles, il rendit la vue,
Leurs forces aux infirmes ;
Il nous parlait des joies du ciel ;
Il chassait les démons ;
Nos peines, il les consolait ;
De nos péchés il s’est chargé :
Point d’autre mal Jésus n’a fait.

58. Aria (soprano): “Aus Liebe will mein Heiland sterben”

Aria de soprano accompagnée en particulier de la flûte traversière.

D’après Edmond Lemaître, l’absence de continuo (basse continue) pourrait symboliser la libération de Jésus des attaches terrestres.

58. Aus Liebe will mein Heiland sterben
Arie (sopran)
Aus Liebe,
Aus Liebe will mein Heiland sterben,
Von einer Sünde weiß er nichts.
Daß das ewige Verderben
Und die Strafe des Gerichts
Nicht auf meiner Seele bliebe.
Aria (soprano)
Il aime,
Il aime et sacrifie sa vie,
Lui qui jamais ne fit le mal.
Il détourne de nos têtes
L’éternelle perdition
Et sa grâce nous demeure.

59. Rezitativ: “Sie schrieen aber noch mehr und sprachen”

La turba demande la mort de Jésus, que Pilate accepte malgré le fait qu’il sait Jésus innocent, dans une phrase devenue célèbre : “Je me lave les mains du sang d’un innocent.” (Mt. 27:23-26).

59. Sie schrieen aber noch mehr und sprachen
Rezitativ
– Evangelist :
Sie schrieen aber noch mehr und sprachen :
– Chor :
Laß ihn kreuzigen !
– Evangelist :
Da aber Pilatus sahe, daß er nichts schaffete, sondem daß ein viel größer Getümmel ward, nahm er Wasser und wusch die Hände vor dem Volk und sprach :
– Pilatus :
Ich bin unschuldig an dem Blut dieses Gerechten, sehet ih zu.
– Evangelist :
Da antwortete das ganze Volk und sprach :
– Chor :
Sein Blut komme über uns und unsre Kinder.
– Evangelist :
Da gab er ihnen Barrabam los ; aber Jesum ließ er geißeln und überantwortete ihn, daß er gekreuziget würde.
Récitatif
– L’évangéliste :
Plus haut encore, ils crièrent et dirent :
– Choeur :
Sur la croix qu’il meure !
– L’évangéliste :
Pilate voyant alors que rien n’arrêterait la fureur de la foule qui grandissait, prit de l’eau, se lava les mains devant le peuple et dit :
– Pilate :
Je me lave les mains du sang d’un innocent : sachez-le.
– L’évangéliste :
Et voici ce que le peuple entier lui dit.
– Choeur :
Que sur nous et sur nos enfants son sang retombe.
– L’évangéliste :
Alors Pilate délivra Barabbas et fit battre Jésus de verges, ensuite en leurs mains le remit pour être crucifié.

60. Récitatif (alto): “Erbarm es Gott !”

La flagellation de Jésus, dont les coups de verges sont marqués par les notes pointées des violons.

60. Erbarm es Gott !
Rezitativ (Alt)
Erbarm es Gott !
Hier steht der Heiland angebunden.
O Geißelung, o Schläg, o Wunden !
Ihr Henker, haltet ein !
Erweichet euch
Der Seelen Schmerz,
Der Anblick solchen Jammers nicht ?
Ach ja, ihr habt ein Herz,
Das muß der Martersäule gleich
Und noch viel härter sein.
Erbarmt euch, haltet ein !
Récitatif (alto)
Pitié, Seigneur.
Voici le Christ battu de verges.
O corps blessé, meurtri, sanglant !
Barbares, arrêtez !
Qui donc,
Mais qui donc pourra fléchir vos coeurs,
S’ils restent sourds à sa douleur ?
Sauveur, tel est le roc,
Tel est le marbre où l’on te lie,
Et tels sont tes bourreaux !
De grâce, arrêtez !

61. Aria (alto): “Können Tränen meiner Wangen”

61. Können Tränen meiner Wangen
Arie (Alt)
Können Tränen meiner Wangen
Nichts erlangen,
Oh, so nehmt mein Herz hinein !
Aber laßt es bei den Fluten,
Wenn die Wunden milde bluten,
Auch die Opferschale sein.
Aria (alto)
Ni mes plaintes ni mes larmes
Ne vous touchent,
Oh ! Alors, arrachez-moi le coeur
Qu’il devienne le calice
Où s’épanchent ses blessures,
Qu’il recueille tout son sang !

Après cette écoute de la 5ème partie, on pourra continuer avec la 6ème et dernière partie.

Voici une sélection d’interprétations de la passion selon saint Matthieu, parmi lesquelles se trouve la version Karl Richter en écoute sur ce site :

  1. Version Philippe Herreweghe - Collegium Vocale Gent (avec Andreas School) : comme toujours la version Herreweghe est un enregistrement de grande qualité sonore, dans une version très dynamique
  2. Version Karl Richter : cette version de 1958 est celle qui est en écoute sur le site ; malgré l’âge, la qualité sonore reste très bonne ; cette sublime version annonce la redécouverte romantique des œuvres baroques dans la 2ème moitié du 20ème siècle. A posséder !
  3. Version Herbert von Karajan - Berliner Philharmoniker : une version “controversée” et déroutante mais cependant appréciée de beaucoup ; tempo très lent, sonorités éloignées de la musique baroque, etc.
  4. Version Klemperer : version plus romantique que baroque, mais d’une grandeur fascinante

Le livret de l’œuvre (textes + traduction en français) est disponible en PDF : Livret et traduction de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach (source: Ensemble Orchestral de Paris). Comme toujours, les musiciens trouveront partitions libres de droit (au format PDF) et fichiers MIDI de l’oeuvre en téléchargement sur le site de l’IMSLP (http://www.imslp.org/wiki/St._Matthew_Passion,_BWV_244_(Bach,_Johann_Sebastian)), et surtout sur la Choral Public Domain Library : http://www.cpdl.org/wiki/index.php/Matth%C3%A4uspassion%2C_BWV_244_(Johann_Sebastian_Bach).


VN:F [1.0.8_357]
Note: 7.4/10 (10 votes)