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Mardi 27 avril 2010

Le Chant des Parques, op. 89 de Brahms (Gesang der Parzen)



Johannes Brahms à 20 ans (source : Wikipédia)

Johannes Brahms à 20 ans (source : Wikipédia)

Nous restons aujourd’hui dans les œuvres chorales pour écouter un puissant chœur de Brahms (1833 - 1897) : Le Chant des Parques, op.89 (Der Gesang der Parzen).

Composé en 1882, cette œuvre romantique met en musique un texte de Goethe, tiré de sa tragédie Iphigénie en Tauride (Iphigenie auf Tauris - 1779, réécriture par Goethe de la tragédie d’Euripide).
Dans la mythologie romaine, les Parques sont trois divinités représentées comme des fileuses, et symbolisant le Destin et la Nécessité. Elles vivent dans un palais où le sort des hommes est gravé dans le fer, immuable, et détiennent un fil symbole du cours de la vie qu’elles peuvent dérouler ou trancher. Le lied illustre la terrible opposition entre l’obscur chaos du monde des Hommes, qui attendent leur jugement, et le faste de la puissante Olympe où résident les dieux.
Brahms reprend à merveille la noirceur du texte en doublant les pupitres bas (altos et basses, choeur SAATBB à 6 voix) ; le choeur chante pour l’essentiel en harmonie, avec quelques passages sous la forme de contrepoints ou de réponses. Enfin l’orchestre particulièrement important pour une œuvre de cette durée (11 minutes) lui donne un très fort caractère de puissance, à la manière d’une symphonie chorale.
Der Gesang der Parzen

Es fürchte die Götter
Das Menschengeschlecht!
Sie halten die Herrschaft
In ewigen Händen,
Und können sie brauchen,
Wie’s ihnen gefällt.


Der fürchte sie doppelt
Den je sie erheben!
Auf Klippen und Wolken
Sind Stühle bereitet
Um goldene Tische.


Erhebet ein Zwist sich,
So stürzen die Gäste,
Geschmäht und geschändet
In nächtliche Tiefen,
Und harren vergebens,
Im Finstern gebunden,
Gerechten Gerichtes.


Sie aber, sie bleiben
In ewigen Festen
An goldenen Tischen.
Sie schreiten vom Berge
Zu Bergen hinüber:


Aus Schlünden der Tiefe
Dampft ihnen der Atem
Erstickter Titanen,
Gleich Opfergerüchen,
Ein leichtes Gewölke.


Es wenden die Herrscher
Ihr segnendes Auge
Von ganzen Geschlechtern
Und meiden, im Enkel
Die ehmals geliebten,
Still redenden Züge
Des Ahnherrn zu sehn.


So sangen die Parzen;
Es horcht der Verbannte,
In nächtlichen Höhlen
Der Alte die Lieder,
Denkt Kinder und Enkel
Und schüttelt das Haupt.
Le Chant des Parques

Elle craint les dieux
La race des hommes!
Ils ont le pouvoir
En leurs mains éternelles,
Et peuvent l’utiliser
Comme bon leur semble.


Doublement doit les craindre
Celui qu’ils ont élevé!
Sur les falaises et les nuages,
Les chaises sont prêtes
Autour de tables d’or.


Que s’élève un conflit,
Alors les hôtes sont précipités,
Calomniés et déshonorés,
Dans les profondeurs de la nuit,
Et ils attendent en vain,
Au coeur de l’obscurité,
L’équité du tribunal.


Mais eux, ils restent
A leur éternelle fête
A leurs tables d’or.
Ils marchent là-haut
De montagne en montagne:


Du gouffre des profondeurs
S’élève vers eux l’haleine
Des titans qui suffoquent,
Pareille à l’odeur d’un sacrifice,
Un léger nuage.


Les maîtres détournent
Leurs yeux bénis
De toutes races,
Et évitent de voir dans leur progéniture
Autrefois bien aimée,
Les traits parlants
De leurs aïeux.


Ainsi chantent les Parques;
Le proscrit écoute,
Dans la nuit de sa caverne,
Les chants des anciens,
Pense à ses enfants et petits enfants
Et hoche la tête.

On trouvera comme toujours la partition sur le site de l’IMSLP : http://imslp.org/wiki/Gesang_der_Parzen,_Op.89_(Brahms,_Johannes)


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Lundi 26 janvier 2009

Concerto pour violon opus 77 de Brahms


Portrait de Johannes Brahms (source: Wikipedia)

Portrait de Johannes Brahms (source: Wikipedia)

Nous resterons aujourd’hui dans le grand répertoire de musique allemande pour écouter le concerto pour violon op.77 de Johannes Brahms (1833 - 1897), l’un des concertos pour violon les plus célèbres du répertoire de nos jours (avec le 2ème de Mendelssohn, celui de Beethoven ou encore celui de Tchaïkovski).

Johannes Brahms fait partie de cette génération de compositeurs romantiques vouant un culte sans limite à l’œuvre des maîtres allemands que sont Bach, Mozart et Beethoven. Formé dès son plus jeune âge au piano, il se révèle rapidement être un instrumentiste virtuose, si bien que son ami le violoniste Joseph Joachim l’introduit à l’âge de 20 ans auprès de Franz Liszt puis Robert Schumann. Celui-ci, de 23 ans son ainé, aide alors le jeune Johannes en faisant son éloge dans sa revue musicale et en demandant à un éditeur de publier certaines de ses compositions. Au fil des années, Brahms devient alors célèbre en Allemagne puis dans toute l’Europe. Pour l’anecdote, Brahms voue alors un grande admiration à Clara Schumann - célèbre pianiste épouse de Robert Schumann -, admiration qui devient une relation épistolaire puis s’intensifie en une passion peu après l’internement de son mari dans un hôpital psychiatrique en 1854.

Brahms est considéré par certains comme le successeur de Beethoven ; ainsi pour Hans von Bülow, grand chef d’orchestre allemand de la fin du 19ème siècle, sa 1ère symphonie est comme la 10ème de Beethoven. Son œuvre importante ne comporte pas d’opéras, mais est constituée aussi bien de musique vocale qu’orchestrale ou de chambre. On retiendra entre autres :

  • quatre symphonies
  • un concerto pour violon
  • deux concertos pour piano
  • un “double” concerto pour violon et violoncelle
  • les célèbres “danses hongroises” pour orchestre
  • de nombreuses pièces de musique de chambre : sonates en duos, trios, quatuors, quintettes, …
  • de nombreux lieder
  • des œuvres vocales sacrées dans tous les formats, parmi lesquelles le célèbre Requiem Allemand
  • de nombreuses pièces pour piano : sonates, variations, ballades, intermezzi, etc.

L’œuvre de Brahms est restée assez importante dans le répertoire de concert de nos jours ; on joue en particulier son concerto pour violon, son double concerto, ses concertos pour piano, ses symphonies (les 3ème et 4ème en particulier), ou encore le Requiem Allemand.

Le concerto pour violon op.77 a été composé au cours de l’été 1878 pour Joseph Joachim, qui l’a interprété pour la première fois sous la direction de son compositeur en 1879. Demandant une très grande virtuosité, il a été qualifié de “concerto contre le violon” par le chef Hans von Bülow, et la formation de pianiste de Brahms n’y est certainement pas étrangère. A titre informatif, on remarquera que ce concerto est écrit dans la tonalité de ré majeur, comme bon nombre de grands concertos pour violon de toutes les époques (Bach, Mozart, Beethoven, Tchaïkovski, Sibélius, etc.) ; ceci s’explique par le fait que les cordes “à vide” du violon sont les notes SOL - RE - LA -MI, qui trouvent une résonance intéressante en ré majeur ou ré mineur.

Le concerto est composé de trois mouvements selon le schéma classique vif - lent - vif :

  1. Allegro non troppo (avec cadence) : l’orchestre présente les thèmes de l’oeuvre dans une longue exposition, avant qu’intervienne le soliste pour orner ces thèmes de toute sa virtuosité. Notons que la cadence (c’est-à-dire un passage soliste dans lequel l’orchestre ne joue pas) n’est pas écrite pas Brahms, laissant aux interprètes le choix entre différentes versions (Joachim, Kreisler etc.)
  2. Adagio : très beau mouvement initié par le hautbois, puis suivi magnifiquement par le violon solo
  3. Allegro giocoso, ma non troppo vivace - Poco pin presto : mouvement très dynamique et rythmé, sorte de grande “danse hongroise” pour orchestre et violon solo.

Le lecteur ci-dessous présente une version du Philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan, avec Anne-Sophie Mutter au violon.


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