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La musique classique du jour


Lundi 16 février 2009

La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, approche générale


Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Nous entamons aujourd’hui une série de plusieurs articles autour des Passions de Jean-Sébastien Bach, en commençant par une première partie autour de la Passion selon saint Matthieu. Rappelons pour commencer que les passions, ou oratorios de la Passion, sont des oratorios sacrés relatant l’histoire de la mort de Jésus : le dernier repas (la cène), la veillée, l’arrestation, l’interrogatoire et enfin la crucifixion. Notons que le mot “passion” est à comprendre son l’acception ancienne, c’est-à-dire dérivée du latin patior qui signifie endurer, souffrir et éprouver des états dans lesquels l’individu est passif. Le mot a ensuite dérivé pour arriver au mot actuel signifiant que l’on a une émotion indépendante de soi (une passion pour quelque chose). De nombreuses passions ont été écrites dans l’histoire de la musique, mais les plus connues restent celles composées lors de la période baroque : Schütz (1660, trois passions), Haendel (3 passions), Bach (4 passions, dont seulement 2 nous sont parvenues intégralement) ou encore Telemann (52 passions !). Par la suite, plusieurs compositeurs ont bien entendu écrit des œuvres sur la passion du Christ, mais aucune n’est aussi célèbre que les œuvres baroques. Jean-Sébastien Bach (1685 - 1750) a écrit une passion selon chaque évangile, mais seules celles d’après saint Matthieu (BWV 244) et saint Jean (BWV 245) nous sont véritablement parvenues ; la passion selon saint Luc (BWV 246) que l’on peut trouver dans des éditions commerciales aurait été faussement attribuée à Bach, tandis que de la passion selon saint Marc jouée de nos jours (BWV 247) serait bien de Bach mais seul un mouvement aurait vraiment survécu au temps, le reste ayant été ajouté ou arrangé. Comme les passions selon saint Jean et saint Matthieu sont particulièrement abouties, on les considère en général comme les seules véritables œuvres de ce genre écrites par Bach. Par ailleurs, elles ont profité d’un regain d’intérêt lors de la période romantique qui les a placées comme des œuvres de références dans leur genre, dans la musique sacrée, voire dans la musique en général. Pour beaucoup d’amateurs, la passion selon saint Matthieu fait indéniablement partie des plus belles œuvres jamais composées (comme beaucoup de musiques présentées sur ce site !).

Panneau du chemin de croix d’Albrecht Altdorfer, env. 1509-1516 (source: Wikipedia)

Panneau du chemin de croix d’Albrecht Altdorfer, env. 1509-1516 (source: Wikipedia)

Nous présenterons dans l’article d’aujourd’hui la passion selon saint Matthieu dans son ensemble, sans vraiment entrer dans la structure ou les détails ; les prochains articles présenteront les différentes parties de l’œuvre, puis nous écouterons la passion selon saint Jean ; enfin ces passions seront “comparées” dans un autre article. La passion selon saint Matthieu a donc été composée entre 1727 et 1729 et aurait été créée à l’occasion du Vendredi Saint le 15 avril 1729. Les allemands la connaissent sous le nom Matthaüspassion, tandis que le manuscrit comporte le titre en latin Passio Domini nostri Jesu Christi secundum Evangelistam Matthaeum. Portant une émotion peu appréciée par la piété austère du public de l’église saint Thomas de Leipzig où Bach officia de 1723 à sa mort en 1750, l’œuvre fût oubliée durant près de 100 ans avant d’être re-créée avec un grand succès par Félix Mendelssohn en 1829 à Berlin. De nos jours, tous les grands chefs d’orchestre ont joué cette œuvre ; il s’agit d’une œuvre monumentale qui dure presque 2h45, articulée autour du récit de saint Matthieu, chanté sous forme d’une psalmodie par un ténor (l’Evangéliste). Autour de ce récit sont construits différents types de mouvements :

  • les grands chœurs (introduction et final), destinés à introduire le drame à l’auditeur et à conclure l’œuvre
  • les chorals : chantés par l’ensemble des choristes , ils symbolisent les pensées de croyants ayant compris le récit ; les chorals de la passion selon saint Matthieu sont écrits par le librettiste Picander.
  • les airs (ou arias) : chantés par les différents personnages lors des tournants du récit, sont généralement introduits dans le récit de l’évangéliste par un récitatif psalmodié ; ils ont pour rôle de décrire les émotions des protagonistes du drame.
  • les chœurs “spontanés” : s’inscrivant totalement dans le récit de l’évangéliste, ils symbolisent les réactions de la turba, c’est-à-dire la foule, généralement des soldats ou du peuple juif. Les chœurs de turba se différencient parfaitement des chorals par leur forme beaucoup plus spontanée et beaucoup moins douce. Ils sont souvent très courts mais certains recèlent de véritables merveilles cachées (ex. “Wahrlich dieser ist Göttes Sohn gewesen” dans la dernière partie de l’œuvre qui sont parmi les plus belles mesures jamais composées). Nous reviendrons sur ces chœurs dans l’étude détaillée des parties de l’œuvre.

Notons que Bach a composé la passion pour deux chœurs, qui chantent soient de manière séparée, soit ensemble, soit à l’unisson ; on remarquera particulièrement leur présence dans le premier grand chœur d’introduction. La passion se divise en plusieurs grands épisodes autour de deux grands chœurs célèbres (introduction et final).

  1. L’épisode du parfum (2 à 10)
  2. La cène (le dernier repas) (11 à 19)
  3. La veillée et l’arrestation au mont des Oliviers (20 à 35)
  4. L’interrogatoire de Jésus et le reniement de Pierre (36 à 48)
  5. La condamnation (49 à 61)
  6. La crucifixion (62 à 78)

Le découpage généralement admis en deux parties sépare les 3 premières scènes des trois suivantes. Chacun des épisodes sera commenté en détail dans les articles à venir, mais en attendant nous vous invitons à écouter l’œuvre dans sa quasi-intégralité dans une belle version dirigée par Karl Richter (les plus pressés pourront n’écouter que le premier et le dernier chœur, qui devraient leur donner envie d’écouter le reste !) :

Voici une sélection d’interprétations de la passion selon saint Matthieu, parmi lesquelles se trouve la version Karl Richter en écoute sur ce site :

  1. Version Philippe Herreweghe - Collegium Vocale Gent (avec Andreas School) : comme toujours la version Herreweghe est un enregistrement de grande qualité sonore, dans une version très dynamique
  2. Version Karl Richter : cette version de 1958 est celle qui est en écoute sur le site ; malgré l’âge, la qualité sonore reste très bonne ; cette sublime version annonce la redécouverte romantique des œuvres baroques dans la 2ème moitié du 20ème siècle. A posséder !
  3. Version Herbert von Karajan - Berliner Philharmoniker : une version “controversée” et déroutante mais cependant appréciée de beaucoup ; tempo très lent, sonorités éloignées de la musique baroque, etc.
  4. Version Klemperer : version plus romantique que baroque, mais d’une grandeur fascinante

Le livret de l’œuvre (textes + traduction en français) est disponible en PDF : Livret et traduction de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach (source: Ensemble Orchestral de Paris). Comme toujours, les musiciens trouveront partitions libres de droit (au format PDF) et fichiers MIDI de l’oeuvre en téléchargement sur le site de l’IMSLP (http://www.imslp.org/wiki/St._Matthew_Passion,_BWV_244_(Bach,_Johann_Sebastian)), et surtout sur la Choral Public Domain Library : http://www.cpdl.org/wiki/index.php/Matth%C3%A4uspassion%2C_BWV_244_(Johann_Sebastian_Bach).


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19 réponses à “La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, approche générale”

  1. La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 1ère partie | La musique classique du jour dit :

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  2. Les chorals de Bach | La musique classique du jour dit :

    [...] Passion selon Saint Matthieu, BWV 244 [...]

  3. La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 2ème partie (11-19) | La musique classique du jour dit :

    [...] pourra se reporter à l’introduction à la Passion selon saint Matthieu ou à l’étude de la première partie de l’œuvre (chœur d’introduction et [...]

  4. La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 3ème partie (20-35) | La musique classique du jour dit :

    [...] page pourront revenir à l’écoute de la partie précédente (Le dernier repas) ou encore au premier article de la série, présentation générale de [...]

  5. La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 4ème partie (36-48) | La musique classique du jour dit :

    [...] cette page pourront revenir à l’écoute de la partie précédente (La veillée) ou encore au premier article de la série, présentation générale de l’œuvre. Pour replacer le passage dans le contexte, nous nous [...]

  6. La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 5ème partie (49-61) | La musique classique du jour dit :

    [...] Nous approchons de la fin de l’écoute de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Jean-Sébastien Bach ; l’article d’aujourd’hui porte sur les numéros 49 à 61, qui relatent la condamnation de Jésus par le peuple juif. On pourra revenir à la partie précédente (”L’interrogatoire”), ou encore à l’article d’accueil pour la Passion selon saint Matthieu. [...]

  7. La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, 6ème partie - final (62-78) | La musique classique du jour dit :

    [...] Nous achevons aujourd’hui notre écoute de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Jean-Sébastien Bach, avec cette 6ème et dernière partie qui compte des numéros parmi les plus beaux de l’œuvre (62 à 78). L’épisode mis en musique est celui de la crucifixion et de la mise au tombeau de Jésus. Cet article fait suite à la 5ème partie (condamnation de Jésus par la foule) ; on pourra également revenir à l’article d’introduction à la Passion selon saint Matthieu. [...]

  8. renaud dit :

    Je regrette que la traduction que vous fournissez du livret soit aussi éloignée du texte original.
    Sans doute s’agit-il de donner un équivalent prosodique qui s’accordât en français à la scansion du chant allemand.
    Si cela était le cas:
    -qui voudrait écouter en français cette Passion?
    -la saveur du texte original est tout-à-fait perdue.
    Surtout pour quelqu’un comme moi qui a la nostalgie du peu de connaissance de l’allemand qu’il a eue.

    Cela dit, j’apprécie beaucoup votre présentation et vos commentaires de l’oeuvre.
    J’apprends à l’aimer sans cesse plus encore.

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  9. admin dit :

    Bonjour,

    Je partage entièrement votre sentiment sur les approximations de la traduction, d’autant plus que j’ai également arrêté l’étude de l’allemand suffisamment tôt pour ne pas vraiment le pratiquer, mais suffisamment tard pour essayer de décortiquer chacun des textes de Bach, Buxtehude, Telemann… Je vous suis aussi sur le faible intérêt d’un équivalent français respectant le rythme esquissé par Bach en allemand (en particulier dans les chorals : par exemple le « Was mein Gott will, das g’scheh allzeit, Sein Will, der ist der beste » qui devient le simple « La volonté du Créateur, Toujours soit obéie ! »). Cependant je ne vous cacherais pas que j’ai choisi ma source pour la traduction par facilité, car je ne disposais que de celle-ci au début de mes recherches. Après hésitation elle m’a paru plus propre à rendre les chorals accessibles à tous, au prix de la perte du sens exact.

    Merci beaucoup pour votre commentaire, il contribue à un regain de motivation pour l’écriture d’articles sur le blog.
    J’ai beaucoup de visites sur le site, mais malheureusement peu de retour des visiteurs.

    Fabien

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  10. Christian dit :

    Découvrir votre blog, et plus particulièrement votre présentation de la Passion selon Saint Matthieu est une “divine surprise”, qui permet d’entrer un peu mieux dans ce chef d’œuvre. Très belle iconographie, également.
    Le tout très accessible aux mélomanes sans formation musicale, comme moi. Bref un régal, dont je me délecte avec gourmandise.
    Merci pour tout cela.

    Christian.

    P.S.1.: Pensez-vous toujours nous proposer la Passion selon Saint-Jean ?
    P.S.2.: Comme Renaud et vous, je trouve la traduction française affligeante de platitude; mais j’ai bien peur qu’il n’y en n’ait pas d’autre. Pour ceux qui parlent l’anglais, la version anglaise est beaucoup plus fidèle et puissante.

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  11. 1 an de musique du jour ! | La musique classique du jour dit :

    [...] La Passion selon saint Matthieu, BWV 244 de Bach [...]

  12. Bégel dit :

    … beautiful ! … sorte de référence humaniste, de culture, d’émotion et de foi…

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  13. Silverio dit :

    Merci beaucoup pour votre site et surtout cette étude de la Passion selon saint Matthieu de Bach, un chef d’oeuvre auquel il n’est pas facile d’accéder au commun des mortels… Merci de nous en donner une clé !

    Pour le problème de la traduction, peut-être ce site pourrait-il vous être utile :

    http://www.bach-cantatas.com/Texts/BWV244-Fre4.htm

    La traduction y est plus littérale et “note à note”.

    Encore tous mes remerciements, et bonne continuation !

    S.

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  14. briol dit :

    Bonjour , le site est prodigieux ,mais quelqu’un pourrait-il me dire pourquoi s’affiche un message d’erreur pour la lecture : “impossible de charger l’album ?
    Merci

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  15. Laise dit :

    Belle présentation pour cette étude :)

    Laise

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  16. Frans Lemaire dit :

    Je me permets de vous signaler mon livre
    La Passion dans l’histoire et la musique
    paru en avril 2011 chez Fayard
    Salutations
    Frans Lemaire

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  17. Les Sept dernières paroles du Christ en croix de Haydn | La musique classique du jour dit :

    [...] l’émouvant Eli, Eli, Lama Asabtani en araméen que l’on retrouve par exemple dans la Passion selon saint Matthieu de Bach, dans la vidéo à 2h17m20s) - J’ai soif (Jn 19:28) - Tout est achevé (Jn 19:30) Pour [...]

  18. DEVULDER dit :

    Permettez-moi de vous conseiller la version éditée par HUNGAROTON en 1976 sous la référence SLPX 12069-72. Elle a été enregistrée en concert par la radio hongroise le 23 mai 1976 à l’académie de musique Liszt Ferenc et est de toute beauté.
    Merci pour cette approche très intéressante.
    Continuez !

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  19. Sublunaire dit :

    Que pensez-vous de la deuxième version enregistrée par le sieur Harnoncourt?
    Avec Herrenwege c’est une de celle que je préfère. Ne me demandez pas pourquoi, je suis un parfait amateur autodidacte…

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