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La musique classique du jour


Archives de la catégorie ‘Période moderne’

Mardi 14 février 2012

Symphonie n°2 “Cambridge”, de Hubert Parry (1883)


Nous vous proposons d’écouter aujourd’hui la symphonie n°2 “The Cambridge”, en fa majeur, du compositeur anglais Sir Hubert Parry (1848-1918).

Hubert Parry

Hubert Parry (1848-1918)

Hubert Parry (1848-1918)

Hubert Parry naît dans le sud de l’Angleterre en 1848, au début de la période victorienne (1837-1901). Il commence ses études à Eton et, son père ne voyant pas d’avenir dans une carrière musicale, est encadré par un précepteur peu disposé à celle-ci. Cependant le jeune Hubert, mélomane, se forme auprès de l’organiste de la chapelle Saint-George à Windsor. Il poursuit alors des études de droit et d’histoire à Oxford, où il commence ses premières compositions (alors influencées par Mendelssohn, très en vogue). Il y fréquente la famille Herbert, comtes de Pembroke, et entame une relation cachée avec leur fille Maud. Quand cette relation est comprise par Lady Herbert, la mère de Maud, le jeune Hubert Parry est contraint d’accepter de “commencer une carrière respectable, ailleurs que dans la musique”, faute de quoi son alliance ne sera pas possible pour cause de différence de position sociale avec son amante. Il est alors engagé par la banque Lloyds mais n’oublie en rien sa véritable passion et rencontre différents compositeurs en vue, dont Clara Schumann, qui lui feront découvrir Brahms, Wagner… et Schumann. Peu après son mariage avec Maud Herbert et grâce à l’aide de Sir George Grove, mélomane et mécène, Hubert réussit à quitter Lloyds pour se consacrer à l’étude de la musique. Il commence alors à composer dans différents registres (sonates pour piano, duos pour pianos, quatuor à vent, oeuvres orchestrales, etc.), et connaît ses premiers succès à partir de 1880 (Prometheus unbound, oeuvre chorale d’inspiration wagnérienne, symphonie n°1 en 1882). Il est alors appelé à enseigner l’histoire de la musique du Royal College of Music, prestigieuse école de musique de Londres créée en 1883 et dirigée par Sir George Grove. Grâce au soutien de son collègue Charles Villiers Stanford, professeur de composition et futur grand nom de la musique victorienne, Hubert Parry compose différentes oeuvres pour l’université de Cambridge. C’est dans ce contexte qu’il reçoit commande en 1883 d’une symphonie, sa future “The Cambridge symphony”.

La suite de la carrière de Parry est couronnée de succès, puisqu’en 1894, âgé de 46 ans, il devient directeur du Royal College of Music.

Anobli en 1898, il est actuellement considéré comme une personnalité influente de la musique anglaise du début du XXè siècle, que l’on retient en particulier pour son célèbre hymne “Jerusalem” (sur le poème de Blake : And did those feet in ancient times).

La symphonie n°2 en fa majeur “The Cambridge”

Cette symphonie illustre la maîtrise par Parry du contrepoint, c’est-à-dire la combinaison cohérente de lignes mélodiques distinctes. En particulier, il s’agit souvent ici de grandes masses de cordes superposées et constituant 3 lignes mélodiques.

Construite à la manière d’un “poème symphonique” - il s’agit de la fin du romantisme ! -, cette symphonie raconterait la vie d’un jeune étudiant à Cambridge : ses joies, tristesses, romances, son enthousiasme, etc.

Nous vous recommandons en particulier l’écoute des 1er et 3ème mouvements.

1er mouvement

Ce premier mouvement, qui nous rappelle la symphonie Écossaise de Mendelssohn (1842), expose d’emblée le thème récurrent de la symphonie, grâce aux violoncelles (repris successivement par les altos, violons II et violons I).
Simple, facile à retenir et assez joli, ce thème commence par un intervalle montant de sixte mineure, intervalle “douloureux, suppliant, ou aussi flatteur” selon Kirnberger (1776 - un exemple célèbre de sixte mineure est le début de la musique du film “Love Story” au piano).

2ème mouvement

Ce mouvement en scherzo décrit la joie de vivre de l’étudiant, ses vacances festives…

3ème mouvement

Cette andante commence comme le premier mouvement, par le thème de la symphonie - et sa sixte mineure -, mais sans l’idée de “mystère” créée par le support des contrebasses et les déclinaisons successives du thème par le quatuor à cordes.

Le thème est présenté ici en quatre mesures par les hautbois, sur fond de clarinettes et de manière plus nue que dans le premier mouvement, donnant une impression de plus grande sensibilité (du début à 0’15). Ensuite, il est confié aux lignes mélodiques des cordes, qui le déclinent sous différentes formes jusqu’à le transformer en une nouvelle mélodie (de 0’15 à 2’00 environ) avant d’arriver à une explosion qui les font répondre aux cuivres (de 2’00 à 3’00). Après un intermède (3’00 à 3’54), le thème est alors repris de manière majestueuse par les violoncelles, ponctués par les montées des violons et l’enchevêtrement mélodique des cordes (3’54 à 5’00 environ). Le schéma de l’intermède est alors repris, par les bois et cuivres (5’00 à 5’50), avant une reprise du thème par les violons, des variations et leur abandon progressif (à partir de 6’00 et jusqu’à la fin).

Ce mouvement nous reflète les premières passions du héros de la pièce : ses anxiétés, mais aussi ses accès heureux et amoureux. Le thème musical imaginé par Parry dépeint parfaitement les passions, généralement sereines mais ponctuées par des phases de tourments.

4ème mouvement

Ce mouvement commence par un chaleureux et dynamique thème “sul G” par les violons (c’est-à-dire devant être joué par ceux-ci sur la corde de sol, la plus grave et au son chaud). La fin de l’oeuvre est marquée par une explosion orchestrale qui rappelle facilement celles des symphonies n°3 ou n°4 de Brahms.

Parry met ici en musique la réjouissance et la détermination de l’étudiant, désormais diplômé et ayant à coeur de faire son chemin dans le monde. Le thème principal apparaît discrètement, mais sous une forme “positive”.

Conclusion

Particulièrement belle et légèrement empreinte d’un accent britannique, cette symphonie préfigure la musique symphonique anglaise du début du XXè siècle (en particulier Elgar).

Elle reste cependant peu connue, et n’est que rarement jouée (création française (?) en 2007 par Jean-Philippe Sarcos).


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Note: 8.4/10 (7 votes)

Mercredi 10 mars 2010

Fantaisie pour un gentilhomme de Rodrigo


Buste de Joaquín Rodrigo (source: Wikipedia)

Buste de Joaquín Rodrigo (source: Wikipedia)

Nous reviendrons aujourd’hui sur un grand compositeur espagnol de la période moderne évoqué l’année dernière, pour son Concerto d’Aranjuez : Joaquín Rodrigo (1901 - 1999)


(2ème mouvement)

Nous écouterons cette fois une autre œuvre majeure de son répertoire, également sous la forme d’un concerto pour la guitare : la Fantaisie pour un gentilhomme.

Composée en 1954, soit environ 15 ans après le concerto d’Aranjuez, la Fantaisie pour un gentilhomme est une commande du guitariste espagnol Andres Segovia (1893 - 1987) ; le gentilhomme du titre désignerait d’ailleurs… le virtuose dédicataire lui-même. La création de l’œuvre eut lieu à San Francisco en 1958, la partie soliste étant jouée à cette occasion par Andres Segovia.

L’œuvre, qui dure une vingtaine de minutes, est découpée en quatre mouvements inspirés de danses composées au 17è siècle par Gaspar Sanz.

Chacun des mouvements a ses spécificités :

  1. Le premier mouvement Villano y Ricercare présente une série de variations sur un thème simple de G. Sanz (Villano), puis continue sur une sorte de fugue simplifiée (un ricercare est une ancienne forme musicale, moins élaborée que la fugue…).
  2. Le deuxième mouvement s’ouvre sur une belle pièce lyrique construite autour d’un motif obsédant (Españoleta). Ce thème est introduit par la guitare solo, largement accompagné par cordes et hautbois. Ce thème est interrompu par un passage rapide, légèrement dissonant et rythmé nommé Fanfare de la Caballería de Nápoles. On revient finalement au thème principal dans un puissant et sublime tutti de l’orchestre introduit par le motif de la guitare.
  3. La Danza de las Hachas (Danse des haches) est un intermède rythmé qui assure la transition entre le deuxième mouvement, lent et triste, et le final, rapide et joyeux.
  4. Le final, Canario, est à rapprocher de thèmes musicaux rapportés des îles Canaris par G. Sanz.


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Note: 8.9/10 (20 votes)

Mardi 27 janvier 2009

Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov


Portrait de Sergueï Rachmaninov (source: Wikipedia)

Portrait de Sergueï Rachmaninov (source: Wikipedia)

Nous écouterons aujourd’hui le concerto pour piano n°2 de Sergueï Rachmaninov (1873 - 1943) ; œuvre maîtresse du répertoire symphonique pour piano largement jouée de nos jours, ce concerto est aussi à de nombreuses reprises apparu dans des films, preuve de sa grande popularité.

Sergueï Rachmaninov - qu’il écrivait Rachmaninoff afin que les américains le prononcent correctement - est un compositeur majeur et un grand pianiste du 20ème siècle. Né en Russie en 1873,  il étudie le piano dès son plus jeune âge et atteint un niveau tel qu’il croise rapidement le chemin de Tchaïkovski ou Rubinstein, et étudie aux côtés d’Alexandre Scriabine. Il commence alors à 20 ans une carrière de pianiste virtuose et commence à composer de nombreuses œuvres ; à la suite du cuisant échec de sa 1ère symphonie en 1897, il entre dans une profonde dépression dont il ne sortira que grâce aux soins d’un médecin neurologue. Le retour à la vie du jeune Rachmaninov se manifeste alors sous la forme de ce deuxième concerto pour piano (opus 18), promis à la Société Phiharmonique de Londres et dédié … à son médecin. Suite à son mariage et à des tournées triomphales, il connait alors plusieurs années de bonheur jusqu’au décès de son ami Scriabine en 1914 et la révolution russe en 1917. Il quitte alors la Russie pour les États-Unis et se consacre pleinement à sa carrière de concertiste virtuose ; las de voyager, Rachmaninov décide de revenir habiter avec sa famille en Suisse en 1930. Il retournera finalement s’installer en 1941 à Beverly Hills pour fuir la guerre en Europe, et y décédera en 1943 à l’âge de 69 ans.

Rachmaninov a laissé une œuvre pour piano très importante ; on la considère parfois comme l’une des dernières de la période romantique, tant elle reste ancrée dans la tradition. Pour l’anecdote, Rachmaninov est l’un des rares grands compositeurs dont on peut trouver de nos jours des interprétations enregistrées ; pour certains, seule son interprétation du 2ème concerto pour piano vaut d’ailleurs la peine d’être écoutée, la plupart des autres pianistes cherchant trop des sentiments inexistants dans une musique tourmentée. On pourra écouter également ses interprétations de pièces de Chopin, magnifiques malgré la piètre qualité sonore des enregistrements de l’époque.

“Quand j’entends le deuxième concerto de Rachmaninov, je ne suis plus moi” disait Marilyn Monroe en 1955 dans le film Sept Ans de réflexion. C’est un exemple parmi tant d’autres de la célébrité du concerto, composé en 1900. Souvent perçu comme une source de mélodies sentimentales, les spécialistes s’accordent plutôt pour le considérer comme l’expression d’une âme en grand émoi, l’image d’un compositeur tourmenté et angoissé. L’œuvre laisse au final une grande place à la virtuosité du soliste, sans que celui-ci prenne pour autant systématiquement le thème à l’orchestre.

La version proposée ici est celle de l’Orchestre Philharmonique de Varsovie dirigé par Serguey Vasil’yevich, avec Sviatoslav Richter au piano. Une écoute intégrale est conseillée tant chaque mouvement est intéressant et sublime à écouter.


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Note: 9.0/10 (16 votes)

Mercredi 14 janvier 2009

Concerto d’Aranjuez de Rodrigo


Buste de Joaquín Rodrigo (source: Wikipedia)

Buste de Joaquín Rodrigo (source: Wikipedia)

Nous changerons aujourd’hui complètement des domaines précédents pour parler d’une œuvre profane, moderne et sous la forme d’un concerto. Il s’agit du Concerto d’Aranjuez (Concierto de Aranjuez) du compositeur espagnol Joaquín Rodrigo (1901 - 1999).

Compositeur du 20ème siècle, Rodrigo devient aveugle peu après sa naissance suite à une diphtérie mais entreprend des études de musique en Espagne puis à Paris, où il fréquentera Dukas, Ravel ou encore de Falla. Il composera en 1939 le premier de ses cinq concertos pour guitare, nommé “concerto d’Aranjuez” en hommage à Aranjuez, ville voisine de Madrid. Son œuvre fera renaître la musique espagnole dans le sillage de Manuel de Falla, en développant particulièrement le répertoire pour guitare avec entre autres trois concertos pour guitare solo, un concerto pour deux guitares solo et un concerto pour 4 guitares solo.

Le concerto d’Aranjuez est probablement le concerto pour guitare le plus célèbre de nos jours, malgré son jeune âge et la “concurrence” d’œuvres baroques faciles d’accès (Vivaldi par exemple). Composé en 1939 et créé en 1940 à Barcelone, le concerto d’Aranjuez suit une forme classique en trois mouvements Allegro con spirito, Adagio et Allegro gentile. Chef-d’œuvre immédiatement reconnu, le concerto doit en partie sa renommée à son deuxième mouvement devenu très célèbre et qui symbolise désormais l’œuvre de Rodrigo, au point d’être souvent utilisé dans des films ou chansons de variété. Très émouvant, quiconque l’a écouté ne peut que le reconnaître par la suite dès ses premières mesures, dans lesquelles naît la merveilleuse et célèbre mélodie jouée au cor anglais et à la guitare, sur un fond orchestral.

L’ensemble durant approximativement 20 minutes, nous vous recommandons une écoute intégrale ; les plus pressés pourront n’écouter que le deuxième mouvement, pour découvrir ou redécouvrir l’œuvre …

Les lecteurs passionnés pourront trouver sur Qobuz l’enregistrement d’une émission dans laquelle est faite une écoute comparée des interprétations du concerto d’Aranjuez. Voici le lien :

http://www.qobuz.com/info/Podcast/Ecoute-comparee-Classica/Le-Concerto-d-Aranjuez-de-Joaquin15827


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