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Archives de la catégorie ‘Musique instrumentale’

Lundi 16 février 2009

La Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach, approche générale


Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Nous entamons aujourd’hui une série de plusieurs articles autour des Passions de Jean-Sébastien Bach, en commençant par une première partie autour de la Passion selon saint Matthieu. Rappelons pour commencer que les passions, ou oratorios de la Passion, sont des oratorios sacrés relatant l’histoire de la mort de Jésus : le dernier repas (la cène), la veillée, l’arrestation, l’interrogatoire et enfin la crucifixion. Notons que le mot “passion” est à comprendre son l’acception ancienne, c’est-à-dire dérivée du latin patior qui signifie endurer, souffrir et éprouver des états dans lesquels l’individu est passif. Le mot a ensuite dérivé pour arriver au mot actuel signifiant que l’on a une émotion indépendante de soi (une passion pour quelque chose). De nombreuses passions ont été écrites dans l’histoire de la musique, mais les plus connues restent celles composées lors de la période baroque : Schütz (1660, trois passions), Haendel (3 passions), Bach (4 passions, dont seulement 2 nous sont parvenues intégralement) ou encore Telemann (52 passions !). Par la suite, plusieurs compositeurs ont bien entendu écrit des œuvres sur la passion du Christ, mais aucune n’est aussi célèbre que les œuvres baroques. Jean-Sébastien Bach (1685 - 1750) a écrit une passion selon chaque évangile, mais seules celles d’après saint Matthieu (BWV 244) et saint Jean (BWV 245) nous sont véritablement parvenues ; la passion selon saint Luc (BWV 246) que l’on peut trouver dans des éditions commerciales aurait été faussement attribuée à Bach, tandis que de la passion selon saint Marc jouée de nos jours (BWV 247) serait bien de Bach mais seul un mouvement aurait vraiment survécu au temps, le reste ayant été ajouté ou arrangé. Comme les passions selon saint Jean et saint Matthieu sont particulièrement abouties, on les considère en général comme les seules véritables œuvres de ce genre écrites par Bach. Par ailleurs, elles ont profité d’un regain d’intérêt lors de la période romantique qui les a placées comme des œuvres de références dans leur genre, dans la musique sacrée, voire dans la musique en général. Pour beaucoup d’amateurs, la passion selon saint Matthieu fait indéniablement partie des plus belles œuvres jamais composées (comme beaucoup de musiques présentées sur ce site !).

Panneau du chemin de croix d’Albrecht Altdorfer, env. 1509-1516 (source: Wikipedia)

Panneau du chemin de croix d’Albrecht Altdorfer, env. 1509-1516 (source: Wikipedia)

Nous présenterons dans l’article d’aujourd’hui la passion selon saint Matthieu dans son ensemble, sans vraiment entrer dans la structure ou les détails ; les prochains articles présenteront les différentes parties de l’œuvre, puis nous écouterons la passion selon saint Jean ; enfin ces passions seront “comparées” dans un autre article. La passion selon saint Matthieu a donc été composée entre 1727 et 1729 et aurait été créée à l’occasion du Vendredi Saint le 15 avril 1729. Les allemands la connaissent sous le nom Matthaüspassion, tandis que le manuscrit comporte le titre en latin Passio Domini nostri Jesu Christi secundum Evangelistam Matthaeum. Portant une émotion peu appréciée par la piété austère du public de l’église saint Thomas de Leipzig où Bach officia de 1723 à sa mort en 1750, l’œuvre fût oubliée durant près de 100 ans avant d’être re-créée avec un grand succès par Félix Mendelssohn en 1829 à Berlin. De nos jours, tous les grands chefs d’orchestre ont joué cette œuvre ; il s’agit d’une œuvre monumentale qui dure presque 2h45, articulée autour du récit de saint Matthieu, chanté sous forme d’une psalmodie par un ténor (l’Evangéliste). Autour de ce récit sont construits différents types de mouvements :

  • les grands chœurs (introduction et final), destinés à introduire le drame à l’auditeur et à conclure l’œuvre
  • les chorals : chantés par l’ensemble des choristes , ils symbolisent les pensées de croyants ayant compris le récit ; les chorals de la passion selon saint Matthieu sont écrits par le librettiste Picander.
  • les airs (ou arias) : chantés par les différents personnages lors des tournants du récit, sont généralement introduits dans le récit de l’évangéliste par un récitatif psalmodié ; ils ont pour rôle de décrire les émotions des protagonistes du drame.
  • les chœurs “spontanés” : s’inscrivant totalement dans le récit de l’évangéliste, ils symbolisent les réactions de la turba, c’est-à-dire la foule, généralement des soldats ou du peuple juif. Les chœurs de turba se différencient parfaitement des chorals par leur forme beaucoup plus spontanée et beaucoup moins douce. Ils sont souvent très courts mais certains recèlent de véritables merveilles cachées (ex. “Wahrlich dieser ist Göttes Sohn gewesen” dans la dernière partie de l’œuvre qui sont parmi les plus belles mesures jamais composées). Nous reviendrons sur ces chœurs dans l’étude détaillée des parties de l’œuvre.

Notons que Bach a composé la passion pour deux chœurs, qui chantent soient de manière séparée, soit ensemble, soit à l’unisson ; on remarquera particulièrement leur présence dans le premier grand chœur d’introduction. La passion se divise en plusieurs grands épisodes autour de deux grands chœurs célèbres (introduction et final).

  1. L’épisode du parfum (2 à 10)
  2. La cène (le dernier repas) (11 à 19)
  3. La veillée et l’arrestation au mont des Oliviers (20 à 35)
  4. L’interrogatoire de Jésus et le reniement de Pierre (36 à 48)
  5. La condamnation (49 à 61)
  6. La crucifixion (62 à 78)

Le découpage généralement admis en deux parties sépare les 3 premières scènes des trois suivantes. Chacun des épisodes sera commenté en détail dans les articles à venir, mais en attendant nous vous invitons à écouter l’œuvre dans sa quasi-intégralité dans une belle version dirigée par Karl Richter (les plus pressés pourront n’écouter que le premier et le dernier chœur, qui devraient leur donner envie d’écouter le reste !) :

Voici une sélection d’interprétations de la passion selon saint Matthieu, parmi lesquelles se trouve la version Karl Richter en écoute sur ce site :

  1. Version Philippe Herreweghe - Collegium Vocale Gent (avec Andreas School) : comme toujours la version Herreweghe est un enregistrement de grande qualité sonore, dans une version très dynamique
  2. Version Karl Richter : cette version de 1958 est celle qui est en écoute sur le site ; malgré l’âge, la qualité sonore reste très bonne ; cette sublime version annonce la redécouverte romantique des œuvres baroques dans la 2ème moitié du 20ème siècle. A posséder !
  3. Version Herbert von Karajan - Berliner Philharmoniker : une version “controversée” et déroutante mais cependant appréciée de beaucoup ; tempo très lent, sonorités éloignées de la musique baroque, etc.
  4. Version Klemperer : version plus romantique que baroque, mais d’une grandeur fascinante

Le livret de l’œuvre (textes + traduction en français) est disponible en PDF : Livret et traduction de la Passion selon saint Matthieu BWV 244 de Bach (source: Ensemble Orchestral de Paris). Comme toujours, les musiciens trouveront partitions libres de droit (au format PDF) et fichiers MIDI de l’oeuvre en téléchargement sur le site de l’IMSLP (http://www.imslp.org/wiki/St._Matthew_Passion,_BWV_244_(Bach,_Johann_Sebastian)), et surtout sur la Choral Public Domain Library : http://www.cpdl.org/wiki/index.php/Matth%C3%A4uspassion%2C_BWV_244_(Johann_Sebastian_Bach).


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Mardi 10 février 2009

Les Quatre Saisons de Vivaldi


Portrait dAntonio Vivaldi (source: Wikipedia)

Portrait d'Antonio Vivaldi (source: Wikipedia)

Nous écouterons aujourd’hui ce qui est certainement l’œuvre pour violon la plus connue de la musique baroque, les Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi (1678 - 1741).

Il s’agit en fait d’un ensemble de quatre concertos  pour violon, reprenant chacun une saison :

  1. “La Primavera” : Le Printemps, RV 269
  2. “L’estate” : L’Eté, RV 315
  3. “L’autunno” : L’Automne, RV 293
  4. “L’inverno” : L’Hiver, RV 297

Ces concertos constituent les quatre premiers numéros d’un recueil opus n°8 Il cimento dell’armonia e dell’invenzione (”La bataille entre l’harmonie et l’invention”), édité en 1725. Ils sont parmi les concertos pour violon les plus connus de la période baroque, voire de la musique en général, et sont les parfaits exemples du déroulement des concertos en trois mouvements vif-lent-vif popularisé par Vivaldi.

Lors de l’édition, Vivaldi accompagna son œuvre d’un petit texte de quatre sonnets, qu’il fît correspondre avec des précisions sur la partition pour en décrire le déroulement.

On trouvera les partitions libre de droit des Quatre Saisons de Vivaldi au format PDF sur le site de l’IMSLP : http://imslp.org/index.php?title=Le_Quattro_Stagioni_(Vivaldi,_Antonio), ou encore les partitions ainsi que les différents mouvements aux formats MIDI et Finale chez Werner Icking : http://icking-music-archive.org/ByComposer/Vivaldi.php.

Concerto n° 1 en mi majeur, opus 8, RV 269, « La primavera » : Le Printemps
1. Allegro
Giunt’è la Primavera e festosetti
La salutan gl’augei con lieto canto,
E i fonti allo Spirar de’zeffiretti
Con dolce mormorio Scorrono intanto;

Vengon’ coprendo l’aer di nero amanto
E Lampi, e tuoni ad annunziarla eletti
Indi tacendo questi, gli Augelletti;
Tornan di nuovo al lor canoro incanto:

2. Largo
E quindi sul fiorito ameno prato
Al caro mormorio di fronde e piante
Dorme ‘l Caprar col fido can a lato.

3. Allegro
Di pastoral Zampogna al suon festante
Danzan Ninfe e Pastor nel tetto amato
Di primavera all’apparir brillante.

1. Allegro
Le printemps est venu, apportant la gaieté;
Les oiseaux le saluent de leurs chants exaltés
Et les ruisseaux, qu’effleure un souffle de Zéphyr,
Coulent à l’unisson leurs flots qu’on entend bruire.

Le ciel s’est recouvert d’une sombre voilette,
Le tonnerre et l’éclair annoncent la tempête.
Mais sitôt qu’ils s’apaisent, les oiseaux joyeux
Reprennent sans tarder leurs chants harmonieux.

2. Largo
Et dans la prairie ondulante, tout en fleurs,
Dont chaque feuille ou herbe chuinte en douceur,
Le pâtre dort, son chien fidèle à ses côtés.

3. Allegro
Dans le pré, au son des musettes pastorales,
Nymphes et bergers saluent d’une bacchanale
L’arrivée du Printemps, l’éclat de sa beauté.


Concerto n° 2 en sol mineur, opus 8, RV 315, « L’estate » : L’Été
1. Allegro non molto - Allegro
Sotto dura Staggion dal Sole accesa
Langue l’huom, langue ‘l gregge, ed arde il Pino;
Scioglie il Cucco la Voce, e tosto intesa
Canta la Tortorella e ‘l gardelino.

Zeffiro dolce Spira, mà contesa
Muove Borea improviso al Suo vicino;
E piange il Pastorel, perche sospesa
Teme fiera borasca, e ‘l suo destino;

2. Adagio - Presto - Adagio
Toglie alle membra lasse il Suo riposo
Il timore de’ Lampi, e tuoni fieri
E de mosche, e mossoni il Stuol furioso!

3. Presto
Ah che pur troppo i Suo timor Son veri
Tuona e fulmina il Ciel e grandioso
Tronca il capo alle Spiche e a’ grani alteri.

1. Allegro non molto - Allegro
Sous l’empire accablant du soleil qui écume
Homme et troupeau languissent, et le pin se consume;
Le coucou entonne son chant, et lui font chœur
La tourterelle et le chardonneret moqueur.

Zéphyr souffle tout doucement, mais tout à coup
Survient Borée, son ennemi, qui le secoue;
Le pastoureau gémit et tremble, car il craint
Le choc de la bourrasque, et son propre destin.

2. Adagio - Presto - Adagio
Ses membres convulsés l’épuisent, factionnaire
Figé par les éclairs, la fureur du tonnerre,
Les essaims affolés de frelons et de mouches!

3. Presto
Hélas! il ne s’est pas alarmé sans raison :
Le ciel fulmine et, sous l’assaut de ses grêlons,
Les épis sont fauchés et les tiges se couchent.


Concerto n° 3 en fa majeur, opus 8, RV 293, « L’autunno » : L’Automne
1. Allegro
Celebra il Vilanel con balli e Canti
Del felice raccolto il bel piacere
E del liquor de Bacco accesi tanti
Finiscono col Sonno il lor godere.

2. Adagio molto
Fa ch’ogn’uno tralasci e balli e canti
L’ aria che temperata dà piacere,
E la Staggion ch’ invita tanti e tanti
D’ un dolcissimo Sonno al bel godere.

3. Allegro
I cacciator alla nov’alba à caccia
Con corni, Schioppi, e canni escono fuore
Fugge la belua, e Seguono la traccia;

Già Sbigottita, e lassa al gran rumore
De’ Schioppi e canni, ferita minaccia
Languida di fuggir, mà oppressa muore.

1. Allegro
Par des danses et des chants de joie, les paysans
Célèbrent la foison des récoltes nouvelles,
Et la douce liqueur de Bacchus les appelle
À se laisser aller au sommeil bienfaisant.

2. Adagio molto
Plus aucun n’a envie de danser ni chanter,
À présent; l’air est doux, la brise caressante,
Et la saison se fait de plus en plus pressante
À commander à tous un repos mérité.

3. Allegro
À l’aube les chasseurs joyeusement s’assemblent :
Avec cors, fusils, chiens, ils s’en vont tous ensemble
Sur les pas de la bête poussée par la peur.

Aux abois, traquée par le haro terrifiant,
Blessée, elle reprend un moment son élan,
Ne songeant plus qu’à fuir, mais, brisée, tombe et meurt.


Concerto n° 4 en fa mineur, opus 8, RV 297, « L’inverno » : L’Hiver
1. Allegro non molto
Aggiacciato tremar trà nevi algenti
Al Severo Spirar d’orrido Vento,
Correr battendo i piedi ogni momento;
E pel Soverchio gel batter i denti;

2 .Largo
Passar al foco i di quieti e contenti
Mentre la pioggia fuor bagna ben cento
Caminar Sopra ‘l giaccio, e à passo lento
Per timor di cader gersene intenti;

3. Allegro
Gir forte Sdruzziolar, cader a terra
Di nuove ir Sopra ‘l giaccio e correr forte
Sin ch’il giaccio si rompe, e si disserra;

Sentir uscir dalle ferrate porte
Sirocco Borea, e tutti i Venti in guerra
Quest’è ‘l verno, ma tal, che gioja apporte.

1. Allegro non molto
Gelés et frissonnants dans la neige qui mord,
Et battus par des vents cruels et sans remords,
Nos pieds tout engourdis s’emmêlent à chaque instant,
L’abominable froid nous fait claquer des dents.

2 .Largo
Allons auprès du feu, au calme et bien au chaud,
Cependant que la pluie redouble ses assauts.
Nous marchons à pas lents sur une onde gelée,
Tout entiers attentifs à ne pas perdre pied;

3. Allegro
Pour qui veut se presser, c’est la chute assurée.
Reprenons prudemment notre pénible route,
Tant que les glaces ne sont rompues ni dissoutes.

À l’abri de nos portes, nous entendons hurler
Le Sirocco, Borée et tous les vents en guerre :
Mais bien des joies pourtant accompagnent l’hiver.


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Samedi 7 février 2009

Les chorals de Bach


Petit blind-test audio pour tester votre connaissance des chorals de Bach, sur Neuroneo :
Quizz musique classique : chorals de Bach

Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Nous parlerons aujourd’hui non pas d’une œuvre mais d’un genre vocal très présent dans la musique baroque.

Les chorals, cantiques simples destinés à être chantés en chœur par les fidèles, ont intéressés beaucoup de compositeurs baroques ; provenant de la liturgie luthérienne, on en retrouve essentiellement dans l’œuvre de musiciens allemands comme Dietrich Buxtehude, Jean-Sébastien Bach ou  Georg Philipp Telemann.

Ils constituent un élément important de la réforme luthérienne, permettant par leur simplicité à la foule de participer à l’office (ce qui n’était pas possible avec les chants grégoriens, trop difficiles) ; Luther (1483 - 1546) a d’ailleurs écrit plusieurs mélodies et textes de chorals. On chante en général la traduction allemande de textes de plain-chant (chants à l’unisson), qui sont décomposés en plusieurs sections (les périodes, en général au nombre de 7, qui reposent toutes sur une cadence), parfois terminées par un point d’orgue. Originellement chantés à l’unisson, les chorals ont rapidement évolué vers une musique plus évoluée avec des harmonisations à plusieurs voix. On les retrouve alors dans divers types d’œuvres : oratorios, passions, cantates et musique pour orgue.

Jean-Sébastien Bach (1685 - 1750), ayant porté l’art du choral à son apogée, en est reconnu de nos jours comme le maître incontesté. De nombreux compositeurs ont écrits quotidiennement des chorals pour leur charge de maître de chapelle ou de cantor, mais l’œuvre de Bach est dans ce domaine supérieure aux autres ; partant d’une mélodie (souvent déjà existante, parfois composée pour l’occasion) ou d’un chant grégorien, son génie s’exerçait dans l’harmonisation autour de la première voix (le cantus firmus, c’est-à-dire le chant que l’auditeur perçoit le mieux, généralement porté par les sopranos), c’est-à-dire l’ajout des trois voix inférieures (alto, ténor et basse). Bach a composé un nombre très important de chorals, en général pour des chœurs à quatre voix, mais aussi parfois pour des instruments polyphoniques comme l’orgue. On trouve également d’autres formes de chorals : ornées, fuguées, etc. (cf. les œuvres ci-dessous, qui ne sont pas toutes chantées à quatre voix).

Certains chorals prennent chez Bach une dimension bien supérieure à la forme originelle voulue par Luther, et ils constituent des piliers pour nombre de ses grandes œuvres. Nous présentons ci-dessous une sélection de chorals de Bach parmi les plus beaux, avec leur référence et leur origine :

Œuvre d’origine Titre
1 Passion selon Saint Jean, BWV 245 In meines Herzens Grunde
2 Passion selon Saint Matthieu, BWV 244 Wenn ich einmal soll scheiden
3 Passion selon Saint Matthieu, BWV 244 Wer hat dich so geschlagen
4 Passion selon Saint Matthieu Ich will bei dir stehen
5 Passion selon Saint Matthieu Was mein Gott will, das g’scheh allzeit
6 Cantate BWV 147 Jesus bleibet meine Freude, version instrumentale
“Jésus que ma joie demeure”
7 Cantate BWV 147 Jesus bleibet meine Freude, version chœur
“Jésus que ma joie demeure”
8 Passion selon Saint Jean, BWV 245 O große lieb, o Lieb ohn’ alle Maße
9 Passion selon Saint Jean, BWV 245 Christus, der uns selig macht
10 Passion selon Saint Jean, BWV 245 Ach großer König, groß zu allen Zeiten
11 Motet Jesu meine Freude, BWV 227 Jesu Meine Freude
12 Motet Jesu meine Freude, BWV 227 Weicht, ihr Trauergeister
13 Oratorio de Noël, BWV 248 Nun seid ihr wohl gerochen
Choral final de l’oratorio, orné par les cuivres
14 Passion selon Saint Jean, BWV 245 Ach Herr, laß dein lieb Engelein
Choral final de la Passion

Les exemples ci-dessous présentent la construction d’un choral pour chœur à quatre voix (ici jouées au piano) : Ach großer König, groß zu allen Zeiten, extrait de la Passion selon Saint Jean (les points d’orgues de fin des périodes n’apparaissent pas ici et durent autant que les autres notes ; on perçoit cependant les fins des périodes au travers des cadences)

  1. Soprano (la mélodie, ou cantus firmus) :
  2. Alto :
  3. Soprano + alto :
  4. Ténor :
  5. Soprano + alto + ténor :
  6. Basse (superbe partie sur des croches) :
  7. Soprano + basse :
  8. Soprano + alto + ténor + basse :
  9. Choral chanté par un vrai chœur => n°10 dans le lecteur ci-dessus

Les musiciens trouveront sur le site JSBChorales.net une mine d’or concernant les chorals : partitions, arrangements, fichiers MIDIs, sélections, histoire, classification, …

On consultera également la Choral Public Domain Library si l’on cherche des fichiers MIDI ou des partitions PDF libres de droit.


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Lundi 26 janvier 2009

Concerto pour violon opus 77 de Brahms


Portrait de Johannes Brahms (source: Wikipedia)

Portrait de Johannes Brahms (source: Wikipedia)

Nous resterons aujourd’hui dans le grand répertoire de musique allemande pour écouter le concerto pour violon op.77 de Johannes Brahms (1833 - 1897), l’un des concertos pour violon les plus célèbres du répertoire de nos jours (avec le 2ème de Mendelssohn, celui de Beethoven ou encore celui de Tchaïkovski).

Johannes Brahms fait partie de cette génération de compositeurs romantiques vouant un culte sans limite à l’œuvre des maîtres allemands que sont Bach, Mozart et Beethoven. Formé dès son plus jeune âge au piano, il se révèle rapidement être un instrumentiste virtuose, si bien que son ami le violoniste Joseph Joachim l’introduit à l’âge de 20 ans auprès de Franz Liszt puis Robert Schumann. Celui-ci, de 23 ans son ainé, aide alors le jeune Johannes en faisant son éloge dans sa revue musicale et en demandant à un éditeur de publier certaines de ses compositions. Au fil des années, Brahms devient alors célèbre en Allemagne puis dans toute l’Europe. Pour l’anecdote, Brahms voue alors un grande admiration à Clara Schumann - célèbre pianiste épouse de Robert Schumann -, admiration qui devient une relation épistolaire puis s’intensifie en une passion peu après l’internement de son mari dans un hôpital psychiatrique en 1854.

Brahms est considéré par certains comme le successeur de Beethoven ; ainsi pour Hans von Bülow, grand chef d’orchestre allemand de la fin du 19ème siècle, sa 1ère symphonie est comme la 10ème de Beethoven. Son œuvre importante ne comporte pas d’opéras, mais est constituée aussi bien de musique vocale qu’orchestrale ou de chambre. On retiendra entre autres :

  • quatre symphonies
  • un concerto pour violon
  • deux concertos pour piano
  • un “double” concerto pour violon et violoncelle
  • les célèbres “danses hongroises” pour orchestre
  • de nombreuses pièces de musique de chambre : sonates en duos, trios, quatuors, quintettes, …
  • de nombreux lieder
  • des œuvres vocales sacrées dans tous les formats, parmi lesquelles le célèbre Requiem Allemand
  • de nombreuses pièces pour piano : sonates, variations, ballades, intermezzi, etc.

L’œuvre de Brahms est restée assez importante dans le répertoire de concert de nos jours ; on joue en particulier son concerto pour violon, son double concerto, ses concertos pour piano, ses symphonies (les 3ème et 4ème en particulier), ou encore le Requiem Allemand.

Le concerto pour violon op.77 a été composé au cours de l’été 1878 pour Joseph Joachim, qui l’a interprété pour la première fois sous la direction de son compositeur en 1879. Demandant une très grande virtuosité, il a été qualifié de “concerto contre le violon” par le chef Hans von Bülow, et la formation de pianiste de Brahms n’y est certainement pas étrangère. A titre informatif, on remarquera que ce concerto est écrit dans la tonalité de ré majeur, comme bon nombre de grands concertos pour violon de toutes les époques (Bach, Mozart, Beethoven, Tchaïkovski, Sibélius, etc.) ; ceci s’explique par le fait que les cordes “à vide” du violon sont les notes SOL - RE - LA -MI, qui trouvent une résonance intéressante en ré majeur ou ré mineur.

Le concerto est composé de trois mouvements selon le schéma classique vif - lent - vif :

  1. Allegro non troppo (avec cadence) : l’orchestre présente les thèmes de l’oeuvre dans une longue exposition, avant qu’intervienne le soliste pour orner ces thèmes de toute sa virtuosité. Notons que la cadence (c’est-à-dire un passage soliste dans lequel l’orchestre ne joue pas) n’est pas écrite pas Brahms, laissant aux interprètes le choix entre différentes versions (Joachim, Kreisler etc.)
  2. Adagio : très beau mouvement initié par le hautbois, puis suivi magnifiquement par le violon solo
  3. Allegro giocoso, ma non troppo vivace - Poco pin presto : mouvement très dynamique et rythmé, sorte de grande “danse hongroise” pour orchestre et violon solo.

Le lecteur ci-dessous présente une version du Philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan, avec Anne-Sophie Mutter au violon.


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Dimanche 25 janvier 2009

Symphonie n°3 de Beethoven (Héroïque)


Portrait de Ludwig van Beethoven (source: Wikipedia)

Portrait de Ludwig van Beethoven (source: Wikipedia)

La sélection de musiquedujour.com revient de sa pause hivernale avec l’une des œuvres les plus belles et les plus grandes de l’histoire de la musique : la 3ème symphonie de Ludwig van Beethoven (opus 55, en mi bémol majeur), dite Symphonie Héroïque ou encore Eroica.

Nous aurons l’occasion de revenir sur la vie de son compositeur, aussi n’évoquera-t-on que rapidement sa vie : Ludwig van Beethoven (Bonn 1770 - Vienne 1827) est l’un des compositeurs majeurs de l’Histoire ; on le considère souvent comme le dernier grand compositeur classique viennois (avec Gluck, Haydn et Mozart), mais son œuvre constitue une sorte de transition vers le romantisme musical. Son talent inégalé, son œuvre conséquente, sa volonté hors du commun et sa surdité tardive ont fait de lui un mythe universel célébré par le grand public et adulé par de nombreux de compositeurs romantiques (parmi lesquels Liszt, Berlioz ou encore Brahms). Il y a tant d’œuvres de Beethoven qui sont restées célèbres que nous aurons largement l’occasion de reparler de lui ; citons parmi celles-ci : 32 sonates pour piano, 9 symphonies, 5 concertos pour piano, un concerto pour violon, 16 quatuors à cordes, une grande messe, des opéras etc. Avec Bach et Mozart, Beethoven est probablement le compositeur ayant composé le plus de musiques connues et appréciées du public de nos jours.

La 3ème symphonie, composée entre 1802 et 1804, est une œuvre colossale durant environ 50 minutes (contre 30 minutes maximum pour les symphonies de l’époque). D’un caractère passionné et bercé par les idées d’héroïsme et de liberté, Ludwig van Beethoven voulait composer une musique qui soit le reflet de sentiments révolutionnaires ; avec ses dimensions imposantes, cette musique représenterait un peuple uni et mené par des héros vers le triomphe des nouvelles valeurs comme la liberté ou l’égalité. Beethoven aurait voulu dédier son œuvre à une légende naissante, un jeune général français victorieux en Italie puis en Égypte … s’appelant Napoléon Bonaparte. Ce n’est qu’en 1804, lorsque le 1er consul Bonaparte devient l’empereur des français sous le nom de Napoléon 1er, que Beethoven change le dédicataire de l’œuvre ainsi que son titre en Sinfonia eroica, composta per festeggiare il sovvenire d’un grand’uomo (Symphonie Héroïque, composée en mémoire d’un grand homme). L’Histoire garde que Beethoven aurait rayé d’un coup de plume le titre qu’il envisageait de Symphonie Bonaparte en apprenant le sacre de celui-ci - ce qui signifiait pour lui que Napoléon n’était finalement qu’un homme comme les autres, avide de pouvoir. La France fera la guerre à l’Autriche et occupera même Vienne en 1805 après la capitulation d’Ulm, donnant raison à Beethoven.

Sur le plan musical, cette symphonie transmet à la fois par sa longueur, sa force et son unité les idées d’héroïsme et de révolution recherchés par Beethoven. On retrouve la division en quatre mouvements de l’époque :

  • Allegro con brio : la symphonie commence sur deux célèbres accords, et maintien dans ce premier mouvement un climat assez tendu. A noter l’entrée étonnante du cor à 7 min 36, immédiatement coupée par l’orchestre, mais voulue par Beethoven pour surprendre et réveiller les auditeurs.
  • Marche Funèbre (Allegro assai) : cette “marche funèbre” (ainsi appelée en référence à un genre de musique connotant la Révolution et ses héros) est assez célèbre hors de la symphonie, parfois utilisée lors de cérémonies de commémoration. Le mouvement oppose une longue partie mineure à une partie majeure, et on pourra se concentrer dans la version proposée ci-dessous sur le sublime passage apparaissant vers 7 min 38, dans lequel on se sent comme un spectateur au milieu d’une bataille, retenant son souffle au milieu d’une tension initiée par les cordes et les cors, puis relayée par les flûtes, hautbois et percussions. Ce mouvement est le sommet émotionnel de la symphonie.
  • Scherzo (Allegro vivace) : pulsation rapide et une écriture assez joyeuse ; on remarquera le contraste avec le trio apaisant des cors vers la fin du mouvement
  • Finale (Allegro molto) : le mouvement final commence sur un trait impérieux des cordes, suivi par des pizzicati annonçant le thème ; ce thème est ensuite développé au cours de douze variations. On notera la présence de “danses” ainsi que de passages lents, qui amènent l’orchestre sur le génial presto final.

La version proposée à l’écoute est dirigée par Herbert von Karajan ; nous recommandons ici de prendre le temps d’écouter l’ensemble de l’oeuvre, tant chacun des mouvements parait indispensable à celle-ci :

Les lecteurs décidés à approfondir ce monument de la musique trouveront une mine d’informations en anglais ici.


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