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Jeudi 29 janvier 2009

Requiem KV.626 de Mozart


Portrait de Wolfgang Amadeus Mozart (source: Wikipedia)

Portrait de Wolfgang Amadeus Mozart (source: Wikipedia)

L’œuvre d’aujourd’hui ne sera pas une grande nouveauté pour la plupart des lecteurs, tant elle est très célèbre et bien souvent considérée comme la plus belle musique jamais composée ; immense chef-d’œuvre du génie autrichien Wolfgang Amadeus Mozart (1756 - 1791), le Requiem KV.626 en ré mineur est célèbre autant par sa beauté que par les circonstances entourant sa composition.

Mozart est l’un des plus grands représentants de la période classique européenne ; éduqué par un père compositeur (Léopold Mozart), il se révèle rapidement être un musicien prodige : il commence la musique à 3 ans, le clavecin à 5 ans, et compose ses premières œuvres dès 6 ans. Il sait alors jouer violon, orgue, clavecin et commence à faire des tournées avec son père en Allemagne, Autriche puis Belgique, France, Pays-Bas et Suisse. Il écrit son premier opéra à 11 ans (Appolo et Hyacinthus), devient à 13 ans maître de concert du prince-archevêque de Salzbourg ; il rencontre Joseph Haydn à Vienne à l’âge de 17 ans, qui dit à son père “Je vous le dis devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse [...]“. Mozart se marie à Constanze Weber en 1782, et entre dans la franc-maçonnerie en 1785, appartenance qui influencera beaucoup son œuvre tardive ; nombre de ses grands opéras datent de cette époque : L’enlèvement au sérail (1782), Les Noces de Figaro,(1786) Don Giovanni (1787), Così fan tutte (1790). Mozart décède en 1781 à 35 ans des suites d’une maladie. Son triptyque de fin de vie (La Clémence de Tito, La Flûte Enchantée, le Requiem), inachevé, est resté célèbre par sa qualité et sa signification pour Mozart.

On retiendra parmi ses œuvres célèbres des pièces sacrées (la Messe en ut, l’Ave Verum Corpus et le Requiem), une quarantaine de symphonies (les dernières étant les plus connues), des concertos pour piano, des concertos pour clarinette, flûte et harpe, violon. Certaines de ses œuvres de musique de chambre sont également très célèbres, en particulier des quatuors à cordes, quintettes ou pièces pour piano.

Rappelons que le mot Requiem désigne en réalité une musique liturgique de circonstance, en l’occurrence une messe pour un enterrement ou une commémoration (on parle parfois de Messe des Morts). Il est important de savoir que seule une partie a véritablement été écrite par Mozart. Commencé au cours de l’année 1791, au cours de laquelle sa santé allait en empirant, Mozart laissa à sa mort le 5 décembre 1791 les premières mesures de l’Introït, les partie de chœur et basse continue du Kyrie, Dies Irae, Rex tremendae et Confutatis, ainsi que des esquisses des Tuba Mirum, Recordare, Domine Jesu Christe et Hostias ainsi qu’un début de Lacrimosa. C’est alors à son élève François-Xavier Sussmayr qu’échoit la lourde responsabilité de rendre le Requiem à la postérité. L’Histoire retiendra que Constanze ait avant tout voulu que l’œuvre soit terminée afin d’honorer la commande, et ne pas avoir à rembourser la première moitié du paiement ; malgré cette deuxième partie écrite par un autre compositeur, le Requiem de Mozart est devenu l’une des œuvres les plus célèbres de la musique classique, et a fortiori de la musique sacrée. La légende autour de la genèse de cette œuvre a largement été relayée auprès du grand public par le film Amadeus, qui veut que Mozart ait composé le Requiem en vue de sa mort prochaine.

Le Requiem, qui s’écoute mieux qu’il ne se décrit, comporte 14 mouvements ; comme il s’agit avant tout d’une messe, on trouve l’organisation Kyrie, Séquence, Offertoire, Sanctus, Agnus Dei, à laquelle sont ajoutées les pièces de circonstances, comme l’Introït (Requiem aeternam). Même si l’ensemble de l’œuvre est une merveille (en tout cas jusqu’au Hostias), plusieurs chœurs sont particulièrement célèbres et souvent repris hors contexte, comme le Kyrie (n°2), le Dies Irae (n°3), Rex tremendae (n°5), et le terrible Lacrimosa (n°8). L’exécution de l’œuvre dure environ 1h, au cours de laquelle chœurs et parties solistes sont assez équilibrés.

Voici le texte original en latin du Requiem ainsi que sa traduction :

Introitus
1. Requiem :
(Chœur)
Requiem aeternam dona eis, Domine,
et lux perpetua luceat eis.
(Soprano)
Te decet hymnus, Deus, in Sion,
et tibi reddetur votum in Jerusalem.
(Chœur)
Exaudi orationem meam,
ad te omnis caro veniet.
Requiem aeternam dona eis, Domine,
et lux perpetua luceat eis.
Introït
1. Requiem :
(Chœur)
Seigneur, donnez-leur le repos éternel,
et faites luire pour eux la lumière sans déclin.
(Soprano)
Dieu, c’est en Sion qu’on chante dignement vos louanges ;
à Jérusalem on vient vous offrir des sacrifices.
(Chœur)
Ecoutez ma prière,
Vous, vers qui iront tous les mortels.
Seigneur, donnez-leur le repos éternel,
et faites luire pour eux la lumière sans déclin.
2. Kyrie :
Kyrie eleison.
Christe eleison.
Kyrie eleison.
2. Kyrie:
Seigneur, ayez pitié.
Christ, ayez pitié.
Seigneur, ayez pitié.
Sequentia
3. Dies Irae:
Dies irae, dies illa
Solvet saeclum in favilla,
Teste David cum Sibylla.
Quantus tremor est futurus
Quando judex est venturus
Cuncta stricte discussurus.
Séquence
3. Dies Irae:
Jour de colère que ce jour-là,
où le monde sera réduit en cendres,
selon les oracles de David et de la Sibylle.
Quelle terreur nous envahira,
lorsque le Juge viendra
pour délivrer son impitoyable sentence!
4. Tuba Mirum:
(Basse)
Tuba mirum spargens sonum
Per sepulcra regionum
Coget omnes ante thronum.
(Tenor)
Mors stupebit et natura
Cum resurget creatura
Judicanti responsura.
Liber scriptus proferetur
In quo totum continetur,
Unde mundus judicetur.
(Contralto)
Judex ergo cum sedebit
Quidquid latet apparebit,
Nil inultum remanebit.
(Soprano)
Quid sum miser tunc dicturus,
Quem patronum rogaturus,
Cum vix justus sit securus?
(Tous les solistes)
Cum vix justus sit securus?
4. Tuba Mirum:
(Basse)
La trompette répandant la stupeur
parmi les sépulcres,
rassemblera tous les hommes devant le trône.
(Tenor)
La mort et la nature seront dans l’effroi,
lorsque la créature ressuscitera
pour rendre compte au Juge.
Le livre tenu à jour sera apporté,
livre qui contiendra
tout ce sur quoi le monde sera jugé.
(Contralto)
Quand donc le Juge tiendra séance,
tout ce qui est caché sera connu,
et rien ne demeurera impuni.
(Soprano)
Malheureux que je suis, que dirai-je alors ?
Quel protecteur invoquerai-je,
quand le juste lui-même sera dans l’ inquiétude ?
(Tous les solistes)
Quand le juste lui-même sera dans l’ inquiétude ?
5. Rex tremendae:
Rex tremendae majestatis,
Qui salvandos salvas gratis,
Salva me, fons pietatis.
5. Rex tremendae :
O Roi, dont la majesté est redoutable,
vous qui sauvez par grâce,
sauvez-moi, ô source de miséricorde.
6. Recordare
(Solistes)
Recordare, Jesu pie,
Quod sum causa tuae viae,
Ne me perdas illa die.

Quaerens me sedisti lassus,
Redemisti crucem passus,
Tamus labor non sit cassus.
Juste judex ultionis
Donum fac remissionis
Ante diem rationis.
Ingemisco tanquam reus,
Culpa rubet vultus meus,
Supplicanti parce, Deus.
Qui Mariam absolvisti
Et latronem exaudisti,
Mihi quoque spem dedisti.
Preces meae non sunt dignae,
Sed tu bonus fac benigne,
Ne perenni cremer igne.
Inter oves locum praesta,
Et ab haedis me sequestra,
Statuens in parte dextra.

6. Recordare :
(Solistes)
Souvenez-vous ô doux Jésus,
que je suis la cause de votre venue sur terre.
Ne me perdez donc pas en ce jour.
En me cherchant, vous vous êtes assis de fatigue,
vous m’avez racheté par le supplice de la croix :
que tant de souffrances ne soient pas perdues.
Ô Juge qui punissez justement,
accordez-moi la grâce de la rémission des péchés
avant le jour où je devrai en rendre compte.
Je gémis comme un coupable : la rougeur me
couvre le visage à cause de mon péché ;
pardonnez, mon Dieu, à celui qui vous implore.
Vous qui avez absous Marie-Madeleine,
vous qui avez exaucé le bon larron :
à moi aussi vous donnez l’espérance.
Mes prières ne sont pas dignes d’être exaucées,
mais vous, plein de bonté, faites par votre
miséricorde que je ne brûle pas au feu éternel.
Accordez-moi une place parmi les brebis
et séparez-moi des égarés
en me plaçant à votre droite.
7. Confutatis :
Confutatis maledictis
Flammis acribus addictis,
Voca me cum benedictis.
Oro supplex et acclinis,
Cor contritum quasi cinis,
Gere curam mei finis.
7. Confutatis :
Et après avoir réprouvé les maudits
et leur avoir assigné le feu cruel,
appelez-moi parmi les élus.
Suppliant et prosterné, je vous prie,
le cœur brisé et comme réduit en cendres :
prenez soin de mon heure dernière.
8. Lacrimosa :
Lacrimosa dies illa
Qua resurget ex favilla
Judicandus homo reus.
Huic ergo parce, Deus,
Pie Jesu Domine,
Dona eis requiem. Amen.
8. Lacrimosa :
Oh ! Jour plein de larmes,
où l’homme ressuscitera de la poussière :
cet homme coupable que vous allez juger :
Epargnez-le, mon Dieu !
Seigneur, bon Jésus,
donnez-leur le repos éternel. Amen.
Offertorium
9. Domine Jesu :
Domine, Jesu Christe, Rex gloriae,
libera animas omniurn fidelium defunctorum
de poenis inferni, et de profundo lacu:
libera eas de ore leonis,
ne absorbeat eas tartarus,
ne cadant in obscurum,
(Solistes)
Sed signifer sanctus Michael
repraesentet eas in lucem sanctam,
(Chœur)
Quam olim Abrahae promisisti et semini eius.
Offertoire
9. Domine Jesu :
Seigneur, Jésus-Christ, Roi de gloire,
délivrez les âmes de tous les fidèles défunts
des peines de l’enfer et de l’abîme sans fond :
délivrez-les de la gueule du lion,
afin que le gouffre horrible ne les engloutisse pas
et qu’elles ne tombent pas dans le lieu des ténèbres.
(Solistes)
Que Saint-Michel, le porte-étendard,
les introduise dans la sainte lumière.
(Chœur)
Que vous avez promise jadis à Abraham et à sa postérité.
10. Hostias :
Hostias et preces, tibi, Domine, laudis offerimus:
tu suscipe pro animabus illis,
quarum hodie memoriam facimus:
fac eas, Domine, de morte transire ad vitam,
quam olim Abrahae promisisti et semini eius.
10. Hostias :
Nous vous offrons, Seigneur, le sacrifice et les prières de notre louange:
recevez-les pour ces âmes
dont nous faisons mémoire aujourd’hui.
Seigneur, faites-les passer de la mort à la vie.
Que vous avez promise jadis à Abraham et à sa postérité.
Sanctus
11. Sanctus :
Sanctus, Sanctus, Sanctus,
Dominus Deus Sabaoth!
Pleni sunt coeli et terra gloria tua.
Osanna in excelsis.
Sanctus
11. Sanctus :
Saint, saint, saint le Seigneur,
Dieu des armées.
Le ciel et la terre sont remplis de votre gloire.
Hosanna au plus haut des cieux.
Benedictus
12. Benedictus :
(Solistes)
Benedictus qui venit in nomine Domini.
(Chœur)
Osanna in excelsis.
Benedictus
12. Benedictus:
(Solistes)
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.
(Chœur)
Hosanna au plus haut des cieux.
Agnus Dei
13. Agnus Dei :
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,
dona eis requiem.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,
dona eis requiem sempiternam.
Agnus Dei
13. Agnus Dei :
Agneau de Dieu qui enlevez les péchés du monde,
donnez leur le repos.
Agneau de Dieu qui enlevez les péchés du monde,
donnez leur le repos éternel.
Communio
14. Lux aeterna :
(Soprano, puis le chœur)
Lux aeterna luceat eis, Domine,
cum sanctis tuis in aeternum,
quia pius es.
(Chœur)
Requiem aeternam dona eis, Domine,
et lux perpetua luceat eis,
cum sanctis tuis in aeternum,
quia pius es.
Communion
14. Lux Aeterna :
(Soprano, puis le chœur)
Que la lumière éternelle luise pour eux, Seigneur,
au milieu de vos Saints et à jamais,
car vous êtes miséricordieux.
(Chœur)
Seigneur, donnez-leur le repos éternel
faites luire pour eux la lumière sans déclin.
Au milieu de vos Saints et à jamais,
Seigneur, car vous êtes miséricordieux.

On trouve enfin les partitions libres au format PDF du Requiem ici sur le site de l’International Music Score Library Project ou encore ici sur le site de la Choral Public Domain Library (avec fichiers MIDI pour isoler les voix du choeur).


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Mardi 27 janvier 2009

Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov


Portrait de Sergueï Rachmaninov (source: Wikipedia)

Portrait de Sergueï Rachmaninov (source: Wikipedia)

Nous écouterons aujourd’hui le concerto pour piano n°2 de Sergueï Rachmaninov (1873 - 1943) ; œuvre maîtresse du répertoire symphonique pour piano largement jouée de nos jours, ce concerto est aussi à de nombreuses reprises apparu dans des films, preuve de sa grande popularité.

Sergueï Rachmaninov - qu’il écrivait Rachmaninoff afin que les américains le prononcent correctement - est un compositeur majeur et un grand pianiste du 20ème siècle. Né en Russie en 1873,  il étudie le piano dès son plus jeune âge et atteint un niveau tel qu’il croise rapidement le chemin de Tchaïkovski ou Rubinstein, et étudie aux côtés d’Alexandre Scriabine. Il commence alors à 20 ans une carrière de pianiste virtuose et commence à composer de nombreuses œuvres ; à la suite du cuisant échec de sa 1ère symphonie en 1897, il entre dans une profonde dépression dont il ne sortira que grâce aux soins d’un médecin neurologue. Le retour à la vie du jeune Rachmaninov se manifeste alors sous la forme de ce deuxième concerto pour piano (opus 18), promis à la Société Phiharmonique de Londres et dédié … à son médecin. Suite à son mariage et à des tournées triomphales, il connait alors plusieurs années de bonheur jusqu’au décès de son ami Scriabine en 1914 et la révolution russe en 1917. Il quitte alors la Russie pour les États-Unis et se consacre pleinement à sa carrière de concertiste virtuose ; las de voyager, Rachmaninov décide de revenir habiter avec sa famille en Suisse en 1930. Il retournera finalement s’installer en 1941 à Beverly Hills pour fuir la guerre en Europe, et y décédera en 1943 à l’âge de 69 ans.

Rachmaninov a laissé une œuvre pour piano très importante ; on la considère parfois comme l’une des dernières de la période romantique, tant elle reste ancrée dans la tradition. Pour l’anecdote, Rachmaninov est l’un des rares grands compositeurs dont on peut trouver de nos jours des interprétations enregistrées ; pour certains, seule son interprétation du 2ème concerto pour piano vaut d’ailleurs la peine d’être écoutée, la plupart des autres pianistes cherchant trop des sentiments inexistants dans une musique tourmentée. On pourra écouter également ses interprétations de pièces de Chopin, magnifiques malgré la piètre qualité sonore des enregistrements de l’époque.

“Quand j’entends le deuxième concerto de Rachmaninov, je ne suis plus moi” disait Marilyn Monroe en 1955 dans le film Sept Ans de réflexion. C’est un exemple parmi tant d’autres de la célébrité du concerto, composé en 1900. Souvent perçu comme une source de mélodies sentimentales, les spécialistes s’accordent plutôt pour le considérer comme l’expression d’une âme en grand émoi, l’image d’un compositeur tourmenté et angoissé. L’œuvre laisse au final une grande place à la virtuosité du soliste, sans que celui-ci prenne pour autant systématiquement le thème à l’orchestre.

La version proposée ici est celle de l’Orchestre Philharmonique de Varsovie dirigé par Serguey Vasil’yevich, avec Sviatoslav Richter au piano. Une écoute intégrale est conseillée tant chaque mouvement est intéressant et sublime à écouter.


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Lundi 26 janvier 2009

Concerto pour violon opus 77 de Brahms


Portrait de Johannes Brahms (source: Wikipedia)

Portrait de Johannes Brahms (source: Wikipedia)

Nous resterons aujourd’hui dans le grand répertoire de musique allemande pour écouter le concerto pour violon op.77 de Johannes Brahms (1833 - 1897), l’un des concertos pour violon les plus célèbres du répertoire de nos jours (avec le 2ème de Mendelssohn, celui de Beethoven ou encore celui de Tchaïkovski).

Johannes Brahms fait partie de cette génération de compositeurs romantiques vouant un culte sans limite à l’œuvre des maîtres allemands que sont Bach, Mozart et Beethoven. Formé dès son plus jeune âge au piano, il se révèle rapidement être un instrumentiste virtuose, si bien que son ami le violoniste Joseph Joachim l’introduit à l’âge de 20 ans auprès de Franz Liszt puis Robert Schumann. Celui-ci, de 23 ans son ainé, aide alors le jeune Johannes en faisant son éloge dans sa revue musicale et en demandant à un éditeur de publier certaines de ses compositions. Au fil des années, Brahms devient alors célèbre en Allemagne puis dans toute l’Europe. Pour l’anecdote, Brahms voue alors un grande admiration à Clara Schumann - célèbre pianiste épouse de Robert Schumann -, admiration qui devient une relation épistolaire puis s’intensifie en une passion peu après l’internement de son mari dans un hôpital psychiatrique en 1854.

Brahms est considéré par certains comme le successeur de Beethoven ; ainsi pour Hans von Bülow, grand chef d’orchestre allemand de la fin du 19ème siècle, sa 1ère symphonie est comme la 10ème de Beethoven. Son œuvre importante ne comporte pas d’opéras, mais est constituée aussi bien de musique vocale qu’orchestrale ou de chambre. On retiendra entre autres :

  • quatre symphonies
  • un concerto pour violon
  • deux concertos pour piano
  • un “double” concerto pour violon et violoncelle
  • les célèbres “danses hongroises” pour orchestre
  • de nombreuses pièces de musique de chambre : sonates en duos, trios, quatuors, quintettes, …
  • de nombreux lieder
  • des œuvres vocales sacrées dans tous les formats, parmi lesquelles le célèbre Requiem Allemand
  • de nombreuses pièces pour piano : sonates, variations, ballades, intermezzi, etc.

L’œuvre de Brahms est restée assez importante dans le répertoire de concert de nos jours ; on joue en particulier son concerto pour violon, son double concerto, ses concertos pour piano, ses symphonies (les 3ème et 4ème en particulier), ou encore le Requiem Allemand.

Le concerto pour violon op.77 a été composé au cours de l’été 1878 pour Joseph Joachim, qui l’a interprété pour la première fois sous la direction de son compositeur en 1879. Demandant une très grande virtuosité, il a été qualifié de “concerto contre le violon” par le chef Hans von Bülow, et la formation de pianiste de Brahms n’y est certainement pas étrangère. A titre informatif, on remarquera que ce concerto est écrit dans la tonalité de ré majeur, comme bon nombre de grands concertos pour violon de toutes les époques (Bach, Mozart, Beethoven, Tchaïkovski, Sibélius, etc.) ; ceci s’explique par le fait que les cordes “à vide” du violon sont les notes SOL - RE - LA -MI, qui trouvent une résonance intéressante en ré majeur ou ré mineur.

Le concerto est composé de trois mouvements selon le schéma classique vif - lent - vif :

  1. Allegro non troppo (avec cadence) : l’orchestre présente les thèmes de l’oeuvre dans une longue exposition, avant qu’intervienne le soliste pour orner ces thèmes de toute sa virtuosité. Notons que la cadence (c’est-à-dire un passage soliste dans lequel l’orchestre ne joue pas) n’est pas écrite pas Brahms, laissant aux interprètes le choix entre différentes versions (Joachim, Kreisler etc.)
  2. Adagio : très beau mouvement initié par le hautbois, puis suivi magnifiquement par le violon solo
  3. Allegro giocoso, ma non troppo vivace - Poco pin presto : mouvement très dynamique et rythmé, sorte de grande “danse hongroise” pour orchestre et violon solo.

Le lecteur ci-dessous présente une version du Philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan, avec Anne-Sophie Mutter au violon.


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Dimanche 25 janvier 2009

Symphonie n°3 de Beethoven (Héroïque)


Portrait de Ludwig van Beethoven (source: Wikipedia)

Portrait de Ludwig van Beethoven (source: Wikipedia)

La sélection de musiquedujour.com revient de sa pause hivernale avec l’une des œuvres les plus belles et les plus grandes de l’histoire de la musique : la 3ème symphonie de Ludwig van Beethoven (opus 55, en mi bémol majeur), dite Symphonie Héroïque ou encore Eroica.

Nous aurons l’occasion de revenir sur la vie de son compositeur, aussi n’évoquera-t-on que rapidement sa vie : Ludwig van Beethoven (Bonn 1770 - Vienne 1827) est l’un des compositeurs majeurs de l’Histoire ; on le considère souvent comme le dernier grand compositeur classique viennois (avec Gluck, Haydn et Mozart), mais son œuvre constitue une sorte de transition vers le romantisme musical. Son talent inégalé, son œuvre conséquente, sa volonté hors du commun et sa surdité tardive ont fait de lui un mythe universel célébré par le grand public et adulé par de nombreux de compositeurs romantiques (parmi lesquels Liszt, Berlioz ou encore Brahms). Il y a tant d’œuvres de Beethoven qui sont restées célèbres que nous aurons largement l’occasion de reparler de lui ; citons parmi celles-ci : 32 sonates pour piano, 9 symphonies, 5 concertos pour piano, un concerto pour violon, 16 quatuors à cordes, une grande messe, des opéras etc. Avec Bach et Mozart, Beethoven est probablement le compositeur ayant composé le plus de musiques connues et appréciées du public de nos jours.

La 3ème symphonie, composée entre 1802 et 1804, est une œuvre colossale durant environ 50 minutes (contre 30 minutes maximum pour les symphonies de l’époque). D’un caractère passionné et bercé par les idées d’héroïsme et de liberté, Ludwig van Beethoven voulait composer une musique qui soit le reflet de sentiments révolutionnaires ; avec ses dimensions imposantes, cette musique représenterait un peuple uni et mené par des héros vers le triomphe des nouvelles valeurs comme la liberté ou l’égalité. Beethoven aurait voulu dédier son œuvre à une légende naissante, un jeune général français victorieux en Italie puis en Égypte … s’appelant Napoléon Bonaparte. Ce n’est qu’en 1804, lorsque le 1er consul Bonaparte devient l’empereur des français sous le nom de Napoléon 1er, que Beethoven change le dédicataire de l’œuvre ainsi que son titre en Sinfonia eroica, composta per festeggiare il sovvenire d’un grand’uomo (Symphonie Héroïque, composée en mémoire d’un grand homme). L’Histoire garde que Beethoven aurait rayé d’un coup de plume le titre qu’il envisageait de Symphonie Bonaparte en apprenant le sacre de celui-ci - ce qui signifiait pour lui que Napoléon n’était finalement qu’un homme comme les autres, avide de pouvoir. La France fera la guerre à l’Autriche et occupera même Vienne en 1805 après la capitulation d’Ulm, donnant raison à Beethoven.

Sur le plan musical, cette symphonie transmet à la fois par sa longueur, sa force et son unité les idées d’héroïsme et de révolution recherchés par Beethoven. On retrouve la division en quatre mouvements de l’époque :

  • Allegro con brio : la symphonie commence sur deux célèbres accords, et maintien dans ce premier mouvement un climat assez tendu. A noter l’entrée étonnante du cor à 7 min 36, immédiatement coupée par l’orchestre, mais voulue par Beethoven pour surprendre et réveiller les auditeurs.
  • Marche Funèbre (Allegro assai) : cette “marche funèbre” (ainsi appelée en référence à un genre de musique connotant la Révolution et ses héros) est assez célèbre hors de la symphonie, parfois utilisée lors de cérémonies de commémoration. Le mouvement oppose une longue partie mineure à une partie majeure, et on pourra se concentrer dans la version proposée ci-dessous sur le sublime passage apparaissant vers 7 min 38, dans lequel on se sent comme un spectateur au milieu d’une bataille, retenant son souffle au milieu d’une tension initiée par les cordes et les cors, puis relayée par les flûtes, hautbois et percussions. Ce mouvement est le sommet émotionnel de la symphonie.
  • Scherzo (Allegro vivace) : pulsation rapide et une écriture assez joyeuse ; on remarquera le contraste avec le trio apaisant des cors vers la fin du mouvement
  • Finale (Allegro molto) : le mouvement final commence sur un trait impérieux des cordes, suivi par des pizzicati annonçant le thème ; ce thème est ensuite développé au cours de douze variations. On notera la présence de “danses” ainsi que de passages lents, qui amènent l’orchestre sur le génial presto final.

La version proposée à l’écoute est dirigée par Herbert von Karajan ; nous recommandons ici de prendre le temps d’écouter l’ensemble de l’oeuvre, tant chacun des mouvements parait indispensable à celle-ci :

Les lecteurs décidés à approfondir ce monument de la musique trouveront une mine d’informations en anglais ici.


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Samedi 17 janvier 2009

Concerto pour 2 violons BWV 1043 de Bach


Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Portrait de Jean-Sébastien Bach (source: Wikipedia)

Nous continuerons ce soir à la suite des articles des deux derniers jours, avec le Concerto pour deux violons BWV 1043 en ré mineur de Jean-Sébastien Bach, œuvre devenue assez célèbre et fréquemment reprise dans des films ou arrangée pour d’autres instruments.

Daté du séjour de Bach à Köthen (Saxe) de 1717 à 1723, ce “double concerto” est célèbre pour sa beauté et l’équilibre subtil entre les deux solistes et l’orchestre dans les différents mouvements. Dans le premier mouvement Vivace, on a l’impression d’entendre une fugue entre les deux solistes qui n’en est en réalité pas une ; dans le sublime second mouvement (Largo ma non tanto), les deux parties solistes tantôt s’emmêlent, tantôt alternent pour jouer le thème, comme si les violons discutaient tous les deux avec le reste de l’orchestre. Enfin l’Allegro du troisième mouvement pourrait constituer une belle illustration du contrepoint, tant les deux voix solistes jouent des mélodies et rythmes différents mais s’accordent pour rendre quelque chose de particulièrement harmonieux.

On pourra également écouter le concerto BWV 1062 pour 2 clavecins, arrangement écrit par Bach du concerto BWV 1043 ; dans celui-ci les clavecins solistes sont cependant un peu masqués par les interventions des violons de l’orchestre, et on n’y retrouve pas toute la beauté de la partition originale pour 2 violons.

Concerto pour 2 violons BWV 1043 Concerto pour 2 clavecins BWV 1062

PS: musiquedujour.com connaîtra une pause hivernale la semaine prochaine, pour revenir ensuite vers des œuvres plus récentes, et nous verrons en particulier plusieurs symphonies de Beethoven ! D’ici là, révisez les archives pour préparer les quizzs à venir !


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