Chaconne de la partita n°2 pour violon solo BWV 1004, de Bach
Un grand classique de violon solo, mais qui reste indémodable : la chaconne de la partita n°2 pour violon solo BWV 1004, de Bach.
Composée entre 1717 et 1723, cette chaconne est reconnue comme un achèvement de l’art baroque pour violon solo, car elle fait appel à pratiquement toutes les techniques de l’époque. Elle est de nos jours exigée dans pratiquement tous les concours et auditions de violon.
À noter pour les grands amateurs de Bach, l’existence d’un CD admirable publié suite à la découverte d’un musicologue : l’enchaînement des tonalités dans la chaconne présente des analogies avec celui de chorals d’une cantate (BWV 4), au point que le violoniste Christoph Poppen et le Hilliard Ensemble ont superposé ces deux œuvres pour un résultat des plus intéressants.
Le résultat peut être écouté dans le CD “Morimur”, qui vaut certainement l’investissement :
Morimur, par Christoph Poppen et The Hilliard Ensemble
Brockes-Passion de Telemann, Harmonia Mundi / René Jacobs
Après plusieurs articles et une longue écoute de la Passion selon saint-Matthieu BWV 244 de Bach, nous vous proposons ici d’écouter une œuvre similaire, d’un autre grand compositeur baroque allemand : Georg Philipp Telemann. Contemporain de Bach et de Haendel (1681-1767 pour Telemann, 1685-1750 pour Bach, 1685-1759 pour Haendel), il jouissait d’une renommée plus importante de son vivant - ce qui peut nous surprendre tant la redécouverte baroque du XIXè siècle lui a préféré Bach ou Haendel. Telemann a d’ailleurs connu l’un et l’autre des deux grands compositeurs, et était même le parrain du compositeur Carl Philipp Emanuel Bach, fils de J.-S. Bach.
Compositeur parmi les plus productifs de l’Histoire de la musique, il aurait composé plus de 6000 œuvres (dont seulement 3600 seraient répertoriées dans le catalogue TWV), touchant à tous les styles et tous les instruments.
Telemann a en particulier écrit 46 passions, dont seulement 23 nous sont parvenues ; nous avons choisi de proposer l’une d’entre-elles à l’écoute car, au-delà de son esthétique, elle permet de percevoir d’autres aspects de ce type d’œuvres, relativement biaisé par la force des saint-Matthieu BWV 244 et saint-Jean BWV 245 de Bach, œuvres magistrales et archi-connues de la musique occidentale.
L’œuvre d’aujourd’hui est un oratorio de la Passion, c’est-à-dire qu’à la différence des passion-oratorio allemands destinés à la liturgie et s’appuyant essentiellement sur des extraits stricts des évangiles, elle devait être représentée dans une salle de concert, et son livret, entièrement versifié, n’est qu’inspiré des évangiles. Pour Johann Mattheson (autre compositeur contemporain de Bach, Telemann et Haendel, également auteur d’une Brockes-Passion), on peut parler d’« opéra sacrés ».
Par analogie aux traductions des Matthauspassion et Johannespassion en « Passion selon saint-Matthieu » et « Passion selon saint-Jean », les Brockes-Passion sont souvent appelées « Passion selon Brockes ». Barthold Heinrich Brockes (1680-1747) n’est cependant pas un évangéliste ; impliqué dans la vie politique et municipale de Hambourg, c’est en tant que poète qu’il écrivit en 1712 un livret en vers sur la Passion du Christ : Der für die Sünden der Welt gemarterte und sterbende Jesus (Jésus martyrisé et mourant pour le péché du monde). Ce texte eut un grand succès, puisque 11 compositeur allemands l’utilisèrent pour écrire une Brockes-Passion (parmi lesquels Telemann, Haendel, Mattheson, Keiser, etc.).
Telemann composa la sienne en 1716: le texte comme la musique nous font effectivement beaucoup plus penser à un opéra et une mise en scène que les passions de Bach.
(la vidéo intégrée ici n’est que la première partie de l’œuvre, sur 7).
Enfin, Harmonia Mundi et René Jacobs ont effectué en 2009 un très bel enregistrement de cette œuvre, avec comme toujours un livret particulièrement fourni (commentaires, traductions complètes, etc.) et soigneusement préparé.
Nous changeons d’époque pour écouter aujourd’hui une nouvelle œuvre sacrée, composée par le tchèque Antonin Dvorák (1841 - 1904) en 1887, suite à une commande privée.
Antonín Dvořák (1841 - 1904) - Source : Wikipédia
Il s’agit de sa Messe en ré majeur opus 86, l’une de ses grandes œuvres sacrées avec le Stabat Mater op.58 et le Requiem op.89.
Cette œuvre possède une structure classique de messe et comporte 6 mouvements :
Kyrie
Gloria
Credo
Sanctus
Benedictus
Agnus Dei
Nous écoutons ici la version initiale pour orgue et chœur (par le Knabenchor Hannover - chœur de garçons de Hanovre) :
Messe en ré op. 86 de Dvorak, par le Knabenchor de Hanovre
Voici une courte présentation de l’œuvre, reprise du site http://www.psallette.ch/Oeuvres/dvorak.html :
Lorsqu’il se lance dans la composition de la Messe en ré majeur, Anton Dvorák répond à une commande privée du mécène Josef Hlávka, architecte, fondateur et président de l’Académie tchèque des sciences et des arts, pour la consécration de la chapelle de son château de Luzany, qui doit avoir lieu le 11 septembre 1887. À cette époque, l’œuvre de Dvorák comporte déjà plusieurs pièces sacrées (dont, notamment, le Stabat Mater et le Psaume 149), mais aucune autre messe ne parviendra jusqu’à nous. Dvorák réalise sa commande en trois semaines, entre mars et avril 1887, et, dans sa lettre de dédicace à Hlávka, la caractérise en ces termes : « Elle pourrait s’appeler Foi, Espérance et Amour du dieu tout-puissant, et action de grâces parce que j’ai pu achever cette œuvre à la gloire de l’Éternel et de l’Art. Ne soyez pas surpris de ma dévotion. Seul un artiste dévot peut engendrer une œuvre de cette sorte. Bach, Beethoven, Raphaël et beaucoup d’autres en sont la preuve. Mais c’est vous-même également que je dois remercier de m’avoir incité à écrire une œuvre de cette forme, car autrement je n’y aurais probablement jamais pensé. Jusqu’à maintenant en effet, toutes mes autres œuvres de ce genre avaient de grandes dimensions et utilisaient de grands moyens. Cette fois-ci, cependant, je me suis servi de moyens réduits, et pourtant j’ose dire que j’ai réussi ».
Si les moyens en sont réduits, c’est qu’à l’origine la Messe est conçue pour chœur mixte et orgue, n’introduisant que de rares moments solistes au fil des six sections qui la composent - Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Benedictus, Agnus dei. Elle illustre cependant parfaitement la synthèse que le compositeur a su opérer entre la musique sacrée et le sentiment populaire tchèque qui l’anime. Cinq ans après la création de la Messe sous la direction du compositeur lui-même, l’éditeur londonien de Dvorák décida d’en proposer la publication, dans une version orchestrale toutefois qui fut créée au Crystal Palace, à Londres, le 11 mars 1893, ouvrant la voie à la diffusion anglo-saxonne de l’œuvre qui s’étendit, en 1894 déjà, à New York, Minneapolis, et la Nouvelle-Orléans.
Chers amis mélomanes, chers visiteurs, L’équipe de MusiqueDuJour.com se joint à moi pour vous adresser ses meilleurs vœux pour l’année 2011. Voici quelques nouvelles de votre site favori, laissé à l’abandon depuis quelques mois :
Dietrich Buxtehude
une première bonne nouvelle : le site Jiwa.fr, utilisé par MusiqueDuJour.com pour le streaming légal des musiques proposées, a connu une mauvaise passe au cours de laquelle le composant d’écoute en ligne ne fonctionnait plus ; le site était en cours de rachat / reprise depuis quelques temps, et voici qu’il va progressivement reprendre son activité. Pour ce qui nous concerne, le composant d’écoute fonctionne de nouveau comme avant ! Souhaitons à l’équipe de Jiwa de réussir dans ce domaine désormais très concurrentiel !
une deuxième bonne nouvelle : MusiqueDuJour.com va progressivement reprendre son activité éditoriale, grâce à un format peut-être plus « allégé » qu’auparavant. On privilégiera désormais la régularité des articles à leur longueur. Le site se présentera donc plus comme une plate-forme d’échange et de discussion autour de musiques « classiques », avec des articles très réguliers accompagnés des musiques décrites en écoute intégrale, et de temps en temps des dossiers plus « fournis ». Enfin, le site conservera toujours l’esprit d’ouverture du genre musical « classique » au plus grand monde qui en a motivé la création.
et enfin un constat très positif : l’absence de mise à jour éditoriale n’a pas diminué la fréquentation du site !
Nous voudrions remercier les nombreuses personnes nous ayant envoyé des messages de soutien ou d’encouragement pour ce travail. Si vous aimez telle ou telle musique, n’hésitez pas à nous proposer (par email ou dans les commentaires des articles) des sujets d’articles que nous pourrions diffuser ! Et à l’occasion de cette « reprise » de l’activité de MusiqueDuJour.com, nous vous proposons une musique chorale d’un compositeur peu connu du grand public, relativement connu des amateurs de musique, et déjà rencontré sur MusiqueDuJour : Dietrich BUXDEHUDE (1637 - 1707), compositeur allemand de la période baroque. Nous avions présenté il y a plus d’un an en novembre 2009 les Membra Jesu Nostri de Buxtehude ; nous restons toujours dans le répertoire choral et religieux, avec une œuvre de circonstance, car relatant la naissance de Jésus (cantate de la Nativité). Voici donc la cantate sacrée Das neugeborne Kindelein (Le petit enfant nouveau-né), de Dietrich Buxtehude :
Le texte n’est pas de Buxtehude, mais du compositeur et auteur de textes religieux Cyriaque Schneegass (1546 - 1597). Notons que Bach l’utilise également dans la cantate pour la nativité BWV 122.
Outre l’aspect « de saison », pourquoi nous proposons-vous cette musique ? La réponse tient en quelques critères : peu connue du grand public, particulièrement belle, et assez caractéristique d’un genre et d’une époque.
Voici les paroles ici, ainsi qu’une traduction (compilation de différentes sources trouvées ici) :
Das neugeborne Kindelein,
Das herzeliebe Jesulein,
Bringt abermal ein neues Jahr
Der auserwählten Christenschar.
Des freuen sich die Engelein,
Die gerne um und bei uns sein,
[Sie] singen in den Lüften frei,
Daß Gott mit uns versöhnet sei.
Ist Gott versöhnt und unser Freund,
Was [mag] uns tun der arge Feind?
Trotz [Türken, Papst] und Höllen Pfort,
Das Jesulein ist unser Hort!
Es bringt das rechte Jubeljahr,
Was trauern wir dann immerdar?
Frisch auf, [es ist itzt] Singens Zeit!
Das Jesulein wendt alles Leid!
Le petit enfant nouveau-né,
Le petit Jésus cher et adoré,
Apporte encore une fois la nouvelle année
À la légion des chrétiens, ses élus.
Les petits anges se réjouissent de ceci,
Ils sont heureux avec nous et autour de nous,
Ils chantent librement dans les airs,
Puisque Dieu est réconcilié avec nous.
Puisque Dieu nous est réconcilié et qu’il est notre allié,
Que peut nous faire le malin ennemi ?
Bravant le diable et la porte des enfers,
Le petit Jésus est notre crèche.
Voici venir l’année jubilaire,
Que craignons-nous encore ?
Allons ! l’heure est venue de chanter :
Le petit Jésus détourne toutes les souffrances.
Le Chant des Parques, op. 89 de Brahms (Gesang der Parzen)
Johannes Brahms à 20 ans (source : Wikipédia)
Nous restons aujourd’hui dans les œuvres chorales pour écouter un puissant chœur de Brahms (1833 - 1897) : Le Chant des Parques, op.89 (Der Gesang der Parzen).
Composé en 1882, cette œuvre romantique met en musique un texte de Goethe, tiré de sa tragédie Iphigénie en Tauride (Iphigenie auf Tauris - 1779, réécriture par Goethe de la tragédie d’Euripide).
Dans la mythologie romaine, les Parques sont trois divinités représentées comme des fileuses, et symbolisant le Destin et la Nécessité. Elles vivent dans un palais où le sort des hommes est gravé dans le fer, immuable, et détiennent un fil symbole du cours de la vie qu’elles peuvent dérouler ou trancher. Le lied illustre la terrible opposition entre l’obscur chaos du monde des Hommes, qui attendent leur jugement, et le faste de la puissante Olympe où résident les dieux.
Brahms reprend à merveille la noirceur du texte en doublant les pupitres bas (altos et basses, choeur SAATBB à 6 voix) ; le choeur chante pour l’essentiel en harmonie, avec quelques passages sous la forme de contrepoints ou de réponses. Enfin l’orchestre particulièrement important pour une œuvre de cette durée (11 minutes) lui donne un très fort caractère de puissance, à la manière d’une symphonie chorale.